1 min de lecture Le fait politique

Une campagne présidentielle nauséabonde

Après le drame DSK et l'affaire Georges Tron, l'ancien ministre Luc Ferry créé à son tour la polémique en lançant une accusation très grave contre un autre ancien ministre dont il se refuse à donner le nom. Cette campagne présidentielle commence mal ? La chronique d'Alain Duhamel.

Alain Duhamel
Alain Duhamel
La Semaine Politique - Duhamel
Alain Duhamel Journaliste RTL

Écoutez, à l'instant même où l'on a appris la terrible affaire DSK et où la société politique tout entière a subi un choc moral qui est sans précédent, il est évident qu'on allait malheureusement changer d'univers. Qu'on allait entre dans un climat qui serait nauséabond, délétère, poisseux, que des tombereaux de calomnies, d'imputations ou d'accusations, allaient surgir, qu'on entrait dans une société de défiance, de suspicion, de délation et que toute la campagne présidentielle en serait malheureusement coloriée et abaissée. C'est ce qui s'est produit tout de suite après avec l'affaire Tron. C'est ce qui se produit maintenant avec l'affaire Luc Ferry. L'ancien ministre de l'éducation nationale a lancé une accusation gravissime contre un ancien collègue soigneusement anonyme. Une silhouette qu'il a accusée de pédérastie en groupe. Je m'exprime de façon plus châtiée que lui à Marrakech. Bon, d'une part c'est quand même d'une tartuferie intellectuelle absolue. De mettre quelqu'un en cause, et en même temps de dire, mais bien entendu je n'ai pas le droit de dire son nom. Bon, d'une part.

D'autre part, c'est trop ou c'est trop peu. C'est trop s'il n'a pas de preuves. Et c'est trop peu s'il en a, parce qu'à ce moment là, il fallait que ce soit lui qui saisisse la justice. C'est aussi ce que prévoit la loi dans ces cas là. Comment est-ce que quelqu'un d'aussi brillant que Luc Ferry, d'aussi cultivé, qui a été toute sa vie de succès en succès, qui multiplie des prouesses intellectuelles, a pu avoir un comportement de ce genre ? On peut se dire que c'est parce qu'il avait un objectif politique, qu'il cherchait à abattre quelqu'un. Honnêtement, je n'y crois pas. Je ne pense pas qu'il ait l'âme noire à ce point pour utiliser de tels procédés. Moi, j'ai deux explications puisqu'il se trouve que j'étais dans le studio et que j'ai pu l'observer d'assez près. J'ai 2 explications plus prosaïques que ça. La première, c'est que comme il a une vanité de paon, il voulait à tout prix trouver un moyen de se faire remarquer. D'ailleurs, avant, on s'apercevait qu'effectivement, dès que quelqu'un d'autre que lui parlait, il levait les bras au ciel, il se retournait vers le public. Visiblement les autres ne devaient pas parler. Et puis l'autre chose, c'est que tout le monde sait que c'est un mondain frivole, et que dans les dîners mondains frivoles, on se raconte des histoires de ce genre, vraies ou fausses. La seule bonne nouvelle, c'est que le procureur de Paris ait ouvert une enquête préliminaire. Disons qu'on peut espérer qu'elle sera dissuasive mais qu'il faut pas le croire.


Est-ce que vous pensez Alain que désormais la vie politique française va être envahie par des affaires de moeurs et par des polémiques autour de la vie privée des dirigeants politiques, comme c'est déjà le cas par exemple en Grande Bretagne ?

Mais c'est fait. On est en Grande-Bretagne maintenant. On est entrés dans la logique anglaise. Jusqu'à présent, si on avait un reproche à faire, c'est qu'on était trop tolérant, trop mesuré, qu'on respectait trop la vie privée des hommes politiques. C'était ça qui était reproché aux Français. Et c'est vrai qu'il y avait des zones grises de ce qui relevait de la sphère privée, mais qui pouvait avoir des conséquences publiques. Maintenant, on bascule de l'autre côté. L'autre côté, c'est ce qui se passe avec la presse britannique. C'est à dire vous avez un ministre et une maîtresse, démission, un ministre est homosexuel, démission, le fils d'un ministre fait de mauvaises affaires et est en faillite, démission, un ministre qui conserve ses facultés intellectuelles mais a une maladie, démission. C'est à dire une société perpétuelle de suspicion, de délation, de dénonciation. On va y aller. Et on va y aller pourquoi ? Parce que comme il y a internet et qu'on peut dire n'importe quoi de façon anonyme sur internet, de toute façon il va y avoir un flux ininterrompue de vraies accusations et de vraies calomnies.

Et on aura pas de répit pendant cette campagne présidentielle ?

Si on a énormément de chance, peut-être qu'au moment où les deux principaux candidats se déclareront, il y aura un petit intérêt sur les problèmes de fond. A condition qu'il n'y ait pas un scorpion qui sorte à ce moment là de sous une pierre ou une vipère qui sorte d'un taillis. C'est à dire que brusquement, on leur découvre je ne sais quelle horreur parce qu'un ancien ministre a fait l'imbécile.

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