3 min de lecture Extrême droite

Ultra-droite : 4 questions pour comprendre de quoi il s'agit

INTERVIEWS - Jean-Yves Camus, politologue spécialiste de l'extrême droite, et Anaïs Voy-Gillis, spécialiste de l'extrême droite européenne, font le point sur la question.

Logan N, cerveau présumé de l'attentat déjoué contre des mosquées et des politiques, a passé un temps dans les rangs de l'Action française.
Logan N, cerveau présumé de l'attentat déjoué contre des mosquées et des politiques, a passé un temps dans les rangs de l'Action française. Crédit : BERTRAND GUAY / AFP
Ludovic Galtier
Ludovic Galtier
Journaliste RTL

Avec l'interpellation mardi 17 octobre de neuf hommes et une femme qui projetaient de commettre un attentat contre des mosquées et des personnalités politiques, telles que le député France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, et le porte-parole du gouvernement, Christophe Castaner, les projecteurs sont braqués sur l'ultra droite française. Selon les premiers éléments de l'enquête, les suspects, placés en garde à vue pour association de malfaiteurs terroriste, auraient ciblé ces deux personnalités pour ce qu'ils estiment être leur "complaisance" avec l'immigration et l'islam.

L'enquête essaie de déterminer quels sont réellement les rôles de chaque individu autour de Logan N, considéré comme le "cerveau de l'opération". Ce jeune homme de 21 ans, admiratif du terroriste norvégien d'extrême droite Anders Behring Breivik, avait été arrêté une première fois le 28 juin dernier dans les Bouches-du-Rhône. Une affichette - avec le slogan "Rebeus, blacks, dealers, migrants, racailles, jihadistes, si toi aussi tu rêves de tous les tuer, nous en avons fait le vœu, rejoins-nous !" - avait été retrouvée à son domicile.

1. Qu'est-ce que l'ultra-droite ?

"L'ultra droite est une nébuleuse composée de diverses sensibilités", analysait le politologue spécialiste de l'extrême droite, Jean-Yves Camus, en 2013, lorsqu'elle combattait en ordre dispersé le Mariage pour tous.

Quatre ans plus tard, dire que l'ultra droite est une nébuleuse a toujours du sens. Joint par RTL.fr, il détaille sa pensée. "Certains parlent d'extrême droite, d'autres de l'ultra droite. Il s'agit d'individus qui n'agissent pas au sein de structures démocratiques ou d'organisations centralisées. Ils s'opposent le plus souvent à ce qu'ils appellent le système ou à la démocratie."

À lire aussi
Erik Tegnér Les Républicains
Les Républicains : Erik Tegnér, partisan de l'union des droites, exclu du parti

"Ils veulent préserver la nation européenne et la chrétienté", complète Anaïs Voy-Gillis pour RTL.fr. Selon cette spécialiste de l'extrême droite européenne, ces groupes ont prospéré ces dernières années grâce aux changements du Front national : "En poliçant son image et en déployant une stratégie de conquête du pouvoir (présentée par le qualificatif de dédiabolisation, ndlr), le Front national a laissé le champ libre à sa droite. Pour ces groupuscules, Marine Le Pen a trahi leur idéologie."

2. Des groupuscules violents ?

Fascistes ou néofascistes pour les uns, identitaires pour les autres, les groupuscules se retrouvent notamment dans le rejet de l'immigration et de l'islam. En 2016, Patrick Calvar, le directeur général de la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) s'inquiétait devant les députés d'une réplique violente de l'ultra droite aux attentats islamistes. Jean-Yves Camus en doute : "Bien sûr, on n'est pas à l'abri du passage à l'acte d'un individu isolé (...) La violence, on la retrouve surtout dans leur slogan, leur discours tenu sur Internet contre les immigrés, contre l'immigration. Ça leur sert d’exutoire." Dans les colonnes de 20 Minutes, le politologue Stéphane François confirme. "Moins de 10% des membres de l'ultra droite seraient prêts à passer à l'action", estime-t-il.

Dans son parcours, Logan N., cerveau présumé de l'attentat déjoué le 17 octobre, a intégré les rangs de l'Action française (AF). "Elle est à 10.000 kilomètres du fait de prôner l'usage de la violence, elle en appelle au retour du roi, rappelle Jean-Yves Camus. Ce n'est pas parce que Logan N. a fréquenté l'AF, qu'il a préparé un attentat. Il a quitté l'AF, précisément parce qu'il n'a pas trouvé ce qu'il cherchait."

3. Quel est le profil d'un militant de l'ultra droite ?

Y a-t-il un profil du militant d'ultra droite ? Anaïs Voy-Gillis le décrit comme étant "jeune, masculin, pas éduqué, en rejet et en colère contre la société, avec le sentiment qu'il n'y a pas de perspectives."

Sur RTL, Élise Vincent, auteur d'une enquête sur l'ultra droite pour le quotidien Le Monde, explique, de son côté, avoir constaté "le même phénomène" chez ces individus et chez les jihadistes, "avec un peu les mêmes étapes". Au départ, "cela commence souvent avec des fragilités sociales". Elle rappelle que Logan N. vient d'un environnement "plutôt modeste", que ses parents sont divorcés. "Il va dans une école où il a le sentiment qu'il y a beaucoup d'enfants issus de l'immigration (...). Il nourrit un sentiment victimaire et de discrimination, de son point de vue", poursuit-elle.

Élise Vincent fait aussi référence à "un phénomène de radicalisation sur Internet", notant que Logan s'est "beaucoup alimenté des sites d'extrême droite". Elle met également l'accent sur une "quête religieuse catholique". La journaliste rappelle que l'individu s'était fait baptiser dans une église d'Aix-en-Provence trois mois avant son interpellation.

4. Combien sont-ils ?

Difficile de connaître précisément leur nombre. "Entre 5.000 et 10.000 en France", estime Anaïs Voy-Gillis. "Entre 2.000 et 3.000", selon les sources de Jean-Yves Camus.

La rédaction vous recommande
Lire la suite
Extrême droite Droite Terrorisme
Restez informé
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants