5 min de lecture Terrorisme

"Taxe halal", Fondation pour l'islam, collectivités locales... Quelles solutions pour financer les mosquées ?

ÉCLAIRAGE - Les politiques multiplient les propositions pour réduire l'influence de l'islamisme radical dans les mosquées françaises.

mosquée. (illustration)
mosquée. (illustration) Crédit : OLI SCARFF / AFP
Ludovic Galtier
Ludovic Galtier
Journaliste RTL

Le gouvernement s'attaque à l'islamisme radical qui gangrène les mosquées. "J'ai pris la décision de fermer une vingtaine de mosquées et salles de prière considérées comme radicales et il y en aura d'autres". À l'issue de son entretien avec les représentants du Conseil français du culte musulman (CFCM), qui se sont engagés pour une "nouvelle formation des imams", lundi 1er août, Bernard Cazeneuve continue à faire preuve de détermination face à la montée de l'islamisme radical. Au total, 80 arrêtés d'expulsion "ont été pris" depuis 2012, d'après le ministre.

En parallèle, Manuel Valls a multiplié les déclarations la semaine dernière. Dans un grand entretien au Monde d'abord, dans une tribune dans le JDD ensuite, il a appelé à reconstruire l'islam de France, en relançant notamment la Fondation des œuvres pour l'islam de France (FOIF), qu'il a lui-même qualifié d'"échec total". Cette dernière permettrait de compenser le manque à gagner du à l'"interdiction temporaire" des fonds étrangers dans le financement des mosquées, souhaitée par le Premier ministre. Selon L'Express, Jean-Pierre Chevènement aurait les faveurs du chef de l'État pour piloter cette mission. Sur France Info le 3 août, Laurence Rossignol, secrétaire d'État à la Famille, a confié, pour sa part, qu'elle préférerait qu'une femme prenne la tête de la Fondation.

Après les attentats de Nice et de Saint-Étienne-du-Rouvray, les politiques multiplient les propositions pour freiner la progression de l'influence de l'État islamique dans les mosquées de l'Hexagone. Florilège.

Un financement public des mosquées ? Oui pour Valls, non pour Hollande

Le même Manuel Valls, qui enchaîne décidément les prises de parole sur le sujet dans les grands quotidiens nationaux, a évoqué, dans Libération, la possibilité de modifier la loi de 1905, loi de référence en matière de laïcité en France, qui prévoit une séparation claire entre l'Église et l'État. "Il faut admettre que l’État et la puissance publique ont un rôle essentiel à jouer. Trouver un biais, législatif ou réglementaire, pour interdire pendant un délai défini, une dizaine d’années peut-être, le financement des mosquées par des pays étrangers. Et faire que nos imams soient formés en France. Toucher à la loi de 1905 ouvrirait un débat très périlleux mais nous devons passer en revue toutes les solutions, sans nous interdire une forme de financement public, et assurer à travers la Fondation (pour l’islam de France, ndlr) une transparence totale des dons et financements privés." Devant l'association de la presse parlementaire mardi 2 août, François Hollande a écarté l'hypothèse avancée par son Premier ministre.

La "taxe halal" séduit à droite, au centre et à gauche

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Elle fait son grand retour ce lundi dans le débat public. Mettre en place une "taxe halal" est la "nouvelle" proposition de François Bayrou pour financer les mosquées. "On a une fondation (la Fondation des œuvres pour l'islam de France, ndlr) qui ne marche pas depuis dix ans (...), dont il faut revoir la légitimité des représentants et dont il faut revoir les sources de financement, a développé le maire de Pau. Par exemple avait été évoquée depuis longtemps (...) une contribution sur la certification halal qui était de ce point de vue là probablement une réponse."

Trois jours plus tôt, Benoît Hamon, ex-ministre de l'Éducation de François Hollande, s'est montré favorable au principe sur BFMTV. "La taxe sur le halal - dès lors qu'elle est contrôlée par un compte de la Caisse des dépôts, contrôlée dans son usage en lien avec ce que serait cette autorité du culte musulman - pourrait être un principe sur lequel on s'engage", a estimé le député socialiste des Yvelines.

Preuve que la classe politique peut s'entendre sur le dossier, l'idée avait été relancée par Nathalie Kosciusko-Morizet sur l'antenne de RTL le 4 décembre 2015. Celle qui occupait alors la fonction de vice-présidente du parti Les Républicains estime qu'avec une taxe à 1%, il serait ainsi possible de récupérer 60 millions d'euros. Une somme qu'il faudrait verser selon elle dans la Fondation des œuvres de l'islam de France, dont l'objectif est de "lever des financements alternatifs aux financements étrangers".

Comme le souligne Marianne, "un rapport d'information du Sénat sur l'organisation de l'islam en France, rendu début juillet, prévenait ainsi que cette mesure ne pouvait prendre la forme d'une taxe imposée par l'Etat, et n'était "envisageable que si elle est mise en place par les représentants du culte eux-mêmes, comme une redevance privée pour services rendus".

Rendre les collectivités locales propriétaires des lieux de cultes

Pour contrer la montée du salafisme, le vice-président de la région Hauts-de-France, invité du Grand Jury de RTL du 12 juin, préconise de remettre en cause les financements étrangers des mosquées et des imams. "Il faut que les imams soient Français, parlent français. Lorsque l'Arabie Saoudite finance des mosquées en France, on laisse ceux qui sont wahhabites, salafistes commander sur le sol français." Gérald Darmanin est contre le financement des lieux de culte par l'État. C'est pourquoi, il prône que "les collectivités locales deviennent propriétaires de ceux qui sont sur leur sol (...) Elles peuvent aider à l'indépendance de l'islam de France. Aujourd'hui, c'est l'islam des ambassades, ce n'est pas possible."


Dans la grande majorité des cas, les imams sont financés par les fidèles eux-mêmes. Selon un rapport sénatorial de 2016, cité par Le Monde, "on compte sur environ 2.500 lieux de culte musulman en France, 800 imams bénévoles (travaillant généralement par ailleurs) et 301 payés par des États étrangers. Les imams rémunérés le sont généralement faiblement, la moitié d’entre eux déclarant gagner moins de 1.000 euros par mois. Enfin, la venue d’imams étrangers se fait dans le cadre de conventions et d’échanges sous contrôle de l’État. Si on prend le chiffre de 301 imams étrangers, et qu’on le rapporte à 2.500 mosquées, le ratio est donc de 12 %."

Les fermetures de certains lieux de culte

Nicolas Sarkozy insiste sur la nécessité de raffermir les mesures à l'égard des lieux de culte à tendance salafiste. "Je souhaite que les préfets soient autorisés à fermer immédiatement tout lieu de culte qui aurait des rapports de près ou de loin avec des salafistes et à expulser immédiatement tout imam qui y prêcherait", a-t-il déclaré le 17 juillet. La loi permet déjà aux préfets d'expulser des imams, à condition qu'ils soient étrangers. La fermeture des lieux de culte est également permise. Depuis 2012, dix mosquées et lieux de prière ont été fermés.

En 2012, le ministère de l'Intérieur dénombrait près de 2.500 lieux de culte musulmans (mosquées et salles de prière). Soit le même nombre de lieux de culte que ceux de l'Église évangélique.

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