8 min de lecture Élysée

SNCF, NDDL, #MeToo... Ce qu'il faut retenir de l'interview d'Emmanuel Macron

ÉCLAIRAGE - Emmanuel Macron a conclu sa semaine médiatique par un entretien bilan sur la première année de son quinquennat. Une nouvelle fois, le président de la République a tenu à mettre en avant son souci de pédagogie, tout en réaffirmant sa détermination.

Emmanuel Macron, le 15 avril 2018
Emmanuel Macron, le 15 avril 2018 Crédit : Blondet Eliot-POOL/SIPA
MariePierreHaddad75
Marie-Pierre Haddad
Journaliste RTL

Étape numéro 2. Trois jours après avoir été interrogé à la télévision, au Journal Télévisé de 13 heures, Emmanuel Macron a réitéré l'exercice, cette fois-ci sur BFMTV, à 20h35. Lors de la première phase de cette semaine médiatique, le président de la République a tenu à montrer sa détermination quant à la réforme de la SNCF. Le chef de l'État avait aussi remercié les retraités, très remontés depuis la hausse de la CSG.

Cet entretien est aussi celui du bilan. Il y a un an, Emmanuel Macron était élu à la tête du pays. Ainsi, le président de la République a balayé plusieurs sujets d'actualité : de Notre-Dame-des-Landes à la contestation sociale, en passant par la réforme de la SNCF et les frappes en Syrie. 

Comme à chaque fois, le chef de l'État a rappelé qu'il irait jusqu'au bout de ces réformes et qu'il ferait ce qu'il avait annoncé lors de son projet présidentiel pendant la campagne. Une position qui lui a valu plusieurs accrochages avec Edwy Plenel, le fondateur de Mediapart et Jean-Jacques Bourdin.

À lire aussi
Le président de la CPME, François Asselin, le 25 juillet 2017 social
François Asselin sur RTL : "Des échanges simples et directs" entre leaders syndicaux et patronaux

Les frappes en Syrie ne "sont pas un acte de guerre"

La France a frappé des sites de production d'armes chimiques en Syrie. "Nous avons réussi l'opération sur le plan militaire. L’intégralité des missiles tirés ont atteint leurs objectifs. Ses capacités de production d'armes chimiques ont été détruites (...) Cette frappe était indispensable pour pouvoir redonner de la crédibilité à notre communauté. Il nous faut parler avec l’Iran, la Russie et la Turquie", a expliqué Emmanuel Macron. 

Et d'ajouter : "La France comme ses alliés n’ont pas déclaré la guerre au régime de Bachar al-Assad. Nous avons œuvré pour que le droit international et les résolutions ne soient plus lettres mortes (...) Ce n'est pas un acte de guerre".

Le président de la République a insisté sur le fait que la France avait "la pleine légitimité internationale pour intervenir dans ce cadre. Vous avez trois membres permanents du Conseil de sécurité qui sont intervenus, dans un cadre très précis. Nous n’avons eu aucun dommages collatéraux vis-à-vis des Russes". Il souhaite convaincre les Russes et les Turcs de venir à la table des négociations

Ne pas céder à la "tyrannie des minorités"

Il n'y a "pas de coagulation dans les mécontentements" sociaux, a assuré Emmanuel Macron, qui précise cependant entendre les colères dans le pays. "Dès le jour de mon investiture, j’ai parlé de réconcilier le pays. Ça ne se fera pas du jour au lendemain. J’entends toutes les colères. Il y en a qui sont légitimes, elles correspondent à des réformes en cours", a-t-il indiqué. 

Le président de la République s'est accroché pendant plusieurs minutes avec Edwy Plenel, le fondateur de Mediapart. Ce dernier a interpellé le chef de l'État en lui suggérant de renommer son mouvement politique En Marche, En Force. Ce à quoi Emmanuel Macron a répondu : "Est-ce une question ou un plaidoyer ?". Quelques instants plus tard, il ajoute : "Je n’aime pas la malhonnêteté intellectuelle. Mon objectif reste de réconcilier et d’unir le pays. On ne le fera pas par l’inaction, en cédant par la tyrannie des minorités". 

Cette expression avait été employé auparavant par Nicolas Sarkozy à de multiples reprises. En juin 2016, l'ancien président de la République, en meeting dans le Nord, avait dénoncé "la tyrannie des minorités qui fait reculer chaque jour davantage la République". 

Exit la théorie du ruissellement

"Je ne crois pas à la théorie du ruissellement, a affirmé Emmanuel Macron. Quand on empêche les gens de réussir, et bien ils vont réussir ailleurs. Nous sommes dans une économie mondialisée qui est un combat pour attirer les meilleurs (...) Je ne fais pas de cadeau. Les parlementaires ont voté un budget et j'avais pris des engagements devant les Français". 

Cette théorie part du principe que donner des réductions d'impôts aux individus les plus riches et aux plus grandes entreprises permettrait de laisser les bons effets ruisseler à travers l'économie pour atteindre tout le monde, comme le définit L'Obs. Même si ce concept a toujours été contesté par le président lui-même et le gouvernement, Emmanuel Macron, lui, prône la théorie du "premier de cordée"

Lors d'une interview donné en octobre 2017 sur TF1 et LCI, Emmanuel Macron indiquait qu'"il y a des hommes et des femmes qui réussissent parce qu'ils ont des talents, je veux qu'on les célèbre (...) si l'on commence à jeter des cailloux sur les premiers de cordée, c'est toute la cordée qui dégringole". 

"Pas contre" un deuxième jour de solidarité

Agnès Buzyn a laissé envisager une piste selon laquelle "on pourrait imaginer avoir deux lundis de Pentecôte travaillés". La ministre de la Santé a néanmoins précisé qu'elle n'avait "pas envie de donner (son) opinion" sur cette option. Qu'en pense Emmanuel Macron ? "Est-ce que ça a bien marché la dernière fois ? Je ne suis pas contre, je pense que c'est une piste intéressante, il faut le regarder", a-t-il répondu.

Sur la situation dans les hôpitaux, Emmanuel Macron a ajouté qu'il n'y aurait "pas d'économies sur l'hôpital dans ce quinquennat" alors que les hôpitaux français, particulièrement les services d'urgence, sont en crise. "Nous avons augmenté le budget de la santé, mais il n'a pas augmenté au même rythme que certains le voulaient, et je l'entends tout à fait. On va regarder au cas par cas (...) J'aurai à m'exprimer fin mai sur ce sujet et j'annoncerai des décisions précises", a-t-il promis.

Déjà lors de son entretien face à Jean-Pierre Pernaut, le président avait déjà annoncé "une transformation profonde" du système des Ehpad et "plus de moyens" pour "mieux organiser" les soins hospitaliers.

L'État "reprendra la dette" de la SNCF en 2020

"Tous les régimes spéciaux auront vocation à disparaître", a annoncé Emmanuel Macron. Il ne s'agit pas de stigmatiser les cheminots. On est face à des règles ou il n'y a pas de polyvalence. Les temps de travail ne sont pas cohérents avec le reste de la société. Il y a des règles de maintien dans la société, plus contraignante que dans la fonction publique".

Le président de la République a confirmé dimanche que l'État reprendrait progressivement une partie de la dette de la SNCF quand le groupe serait réformé, sans toutefois avancer de montant : "Oui, à partir du 1er janvier 2020, l'État reprendra progressivement de la dette" de SNCF Réseau, qui devrait alors atteindre une cinquantaine de milliards d'euros.

NDDL : la "colère" des opposants "n'est pas légitime"

Sur Notre-Dame-des-Landes, Emmanuel Macron assure que la "colère" des opposants "n'est pas légitime". Et d'ajouter qu'une "partie de ces gens ont un projet agricole, nous le respectons. Nous avons, après la période hivernale, rétabli l'ordre républicain. Nous avons dégagé la route départementale, et laissé une zone avec des agriculteurs historiques".

Ce à quoi a répondu Edwy Plenel : "Le débat n’est pas là. Comme au Larzac, des choses se sont créées. Il y a des groupes de jeunes qui inventent des alternatives, ils inventent d’autres solutions, écologiques notamment".

C'est alors que le chef de l'État a indiqué : "La personne qui paie ses impôts, qui paie pour avoir une maison et un agriculteur qui paie ses terres, vous pensez que je peux lui expliquer qu'il y a des personnes qui ne paient pas d'impôts, qui ont une idée fumeuse, qui ne respectent aucune règle (...), je peux les regarder en face et leur dire ça. Vous n'êtes pas sérieux Monsieur Plenel". Il a ensuite ajouté : "Je vais m'installer dans votre salon et dire que c'est un projet agricole alternatif ! (...) Occuper illégalement un domaine public sans raison, ce n’est pas l’état de droit (...) La République c’est de permettre des projets alternatifs, il y en a. L’égalité c’est aussi de correspondre aux règles".

"Être intraitable" avec l'islamisme radical

"Il faut être intraitable" avec l'islamisme radical, a déclaré Emmanuel Macron. Le chef de l'État veut entamer un "travail de reconquête qui est l'un des plus grands défis de notre nation. Nous avons aujourd'hui des femmes et hommes qui, au nom de la religion qu'est l'islam, proposent à nos jeunes de sortir de la République". 

Selon le président de la République, "la seule manière, c'est d'interdire leur activité et de remettre la République. Pour y parvenir, il faut mettre en place un meilleur contrôle des écoles. Dans l'école de France, il ne doit pas y avoir des propos comme cela".

Le président estime que l'islam radical "est une lèpre dans la société" et que la République a "échoué dans les quartiers les plus difficiles, c'est là que l'école a démissionné (...) Il faut aider ces jeunes à l'école, au collège, au lycée. Il faut les aider dans l'accès à l'université".

Et après #MeToo ?

"Qu’allez-vous dire, qu’allez-vous faire ?" sur la question des violences et du harcèlement sexuels dont sont victimes les femmes, a demandé Edwy Plenel à Emmanuel Macron. "Je n’ai pas attendu #MeToo pour m’en rendre compte. Quand j’ai lancé En Marche !, il y a eu une grande consultation citoyenne dans laquelle est ressortie la problématique des inégalités et des violences faites aux femmes", a rappelé le président de la République. 

Il a assuré avoir "fait en sorte que mon mouvement investisse autant de femmes que d’hommes. Si vous regardez notre Assemblée nationale, nous avons fait élire autant de femmes que d’hommes, ce qui n’était jamais arrivé dans la République". Et d'ajouter : "Nous avons ensuite fait un gouvernement paritaire, comme mon prédécesseur. Nous avons ensuite fait un stratégie nationale portée par Marlène Schiappa. Je l’ai fait pour le personnel politique, les ministres, les députés, je vais continuer à le faire pour les hauts fonctionnaires. Cela va se poursuivre à l’école, à la maison afin que ces femmes comprennent, la honte elle n’est pas de votre côté".

Bonus (en latin)

C'est devenu une habitude désormais. Lors de ses interviews, Emmanuel Macron emploie certains mots qui ne figurent plus dans le langage courant. "Croquignolesque", "carabistouille"... et maintenant "captatio benevolentiae". Face à Edwy Plenel, le président de la République a déclaré : "Je suis attaché comme vous à la cohésion et aux services publics". Interrompu par le journaliste, il a ajouté : "Votre question a "une Captatio benevolentiae très précise". 

Que signifie cette expression ? "Il s'agit d'un procédé rhétorique cher aux orateurs latins qui sert à nouer un lien direct avec l’auditeur, par l’établissement d’un rapport de sympathie avec lui en vue d’obtenir son adhésion au discours prononcé. Littéralement, c’est la 'séduction des esprits'", explique le Département Fonds ancien de la Bibliothèque municipale de Lyon, cité par LCI.

La rédaction vous recommande
Lire la suite
Élysée Emmanuel Macron Gouvernement
Restez informé
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants
article
7793029562
SNCF, NDDL, #MeToo... Ce qu'il faut retenir de l'interview d'Emmanuel Macron
SNCF, NDDL, #MeToo... Ce qu'il faut retenir de l'interview d'Emmanuel Macron
ÉCLAIRAGE - Emmanuel Macron a conclu sa semaine médiatique par un entretien bilan sur la première année de son quinquennat. Une nouvelle fois, le président de la République a tenu à mettre en avant son souci de pédagogie, tout en réaffirmant sa détermination.
https://www.rtl.fr/actu/politique/sncf-nddl-metoo-ce-qu-il-faut-retenir-de-l-interview-d-emmanuel-macron-7793029562
2018-04-15 23:29:00
https://cdn-media.rtl.fr/cache/Va8arAwnMCrGpWjz_Be7wQ/330v220-2/online/image/2018/0415/7793030132_emmanuel-macron-le-15-avril-2018.jpg