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Simone Veil : "La nomination de trois hommes au Conseil constitutionnel est une erreur" (vidéo)

L'ex-ministre de la Santé et future membre de l'Académie française répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie mardi matin. Simone Veil a déploré que le Conseil constitutionnel, où elle a elle-même siégé de 1998 à 2007, ne compte plus qu'une seule femme, affirmant ne pas comprendre cette "erreur". Elle a affirmé ne pas en avoir parlé à Nicolas Sarkozy, mais le président de la République "doit bien savoir ce qu'on pense, parce que je ne suis pas la seule à le dire, les femmes sont très étonnées, très déçues, et pas seulement les femmes", a-t-elle dit.

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La rédaction de RTL Journalistes RTL

Ecouter aussi :Nadine Morano : "Choquant et regrettable que trois hommes aient été nommés au Conseil constitutionnel" (vidéo)

Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Simone Veil.

Simone Veil : Bonjour.

Sur l'antenne de RTL hier, 8 mars, Journée de la femme, Nadine Morano, Secrétaire d'Etat à la famille, s'est dite choquée de voir que trois hommes venaient d'être nommés au Conseil Constitutionnel, trois hommes pas une femme et elle disait cela, en se reférant explicitement à ce que vous disiez vous-même dans le "Journal du Dimanche" sur le sujet "Je trouve honteux, avez-vous déclaré, qu'aucune femme n'ait été nommée au Conseil constitutionnel". "Honteux", c'est assez fort. Pourquoi est-ce honteux ?

Parce que je pense qu'une institution comme le Conseil constitutionnel doit être équilibré, et que mon expérience - puisque j'y suis restée pendant neuf ans - montre que nous n'avons pas nécessairement toujours la même vision ; et donc, d'une façon générale, d'ailleurs, je crois que c'est vrai de plus en plus dans notre société où on admet - pendant très longtemps les femmes, il n'en était même pas question -, mais maintenant qu'on a considéré que ça valait la peine, il faut dire qu'il y a cinquante ans, les femmes ne faisaient peut-être pas les mêmes études que les hommes, la situation a complètement changé. Mais aujourd'hui je pense que les Françaises et les Français n'ont pas forcément sur les mêmes sujets, exactement la même vision. Et donc, c'est tout à fait regrettable qu'on n'ait pas pu, cette fois, le faire.

Moi je suis restée longtemps au Conseil constitutionnel, nous avons été quelquefois trois, quelquefois deux, mais maintenant, il en reste une je crois.

Il en reste une seule, c'est ça ?

Il en reste une seule ; et je n'arrive pas à comprendre pourquoi on a agi de cette façon.

Pourtant, à votre initiative, et il y a deux ans quand la Constitution a été révisée, un membre de phrase a été introduit dans l'article 1er : la loi favorise l'égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux ainsi qu'aux responsabilités professionnelles et sociales  ; et dès qu'il s'agit de nommer - trois hommes nomment - (trois hommes),  ça vous déçoit ?

Oui c'est très décevant. Je dirais que si c'était  l'inverse que des femmes... je serais très choquée ; mais là, je trouve que c'est une erreur.

Avez-vous eu l'occasion de dire votre déception au Président de la République ?

Non, mais enfin, vous savez, il doit bien savoir ce qu'on pense parce que je ne suis pas la seule à le dire, vraiment. Les gens sont très étonnés et très déçus. Enfin, les femmes. Et pas seulement les femmes.

Sans doute pas. Il entendra votre déception, le cas échéant.

Oui.

Le 18 mars prochain, c'est-à-dire dans dix jours, vous serez officiellement reçue, Simone Veil, à l'Académie française où vous avez été élue, il y a déjà quelques mois. Que représente cette réception pour vous à l'Académie française ?

Vous savez, j'ai été tellement étonnée que j'ai beaucoup de mal à vous répondre parce que vraiment, je ne m'y attendais pas du tout. J'ai jamais été candidate pour y entrer et c'est un grand honneur qui m'a été fait. Et là, alors je peux dire que tous les gens que tous ceux qui y sont, hommes ou femmes, il n'y a pas encore beaucoup de femmes, enfin il y en a.

Quelques-unes.

Pendant très longtemps, il n'y en a pas eu du tout.

Mais il y en a quelques-unes.

Pendant longtemps, c'est un projet et qu'actuellement, madame Carrère d'Encausse fait beaucoup de choses pour qu'il y ait des femmes et elle rend très sympathique l'accès dans cette maison. Je ne sais pas du tout comment ça fonctionne mais la seule chose que je peux dire, c'est que tous les gens qui y sont, qui y travaillent sont enchantés, sont enchantés. Ils sont très intéressés, ils sont en général, me dit-on, très, très présents et avec une très bonne ambiance, très sympathique, chaleureuse. En tout cas, je crois que tous ceux qui y sont, y sont très heureux. Alors, je me réjouis par avance.

D'y être reçue. Donc, le 18 mars, les trois Présidents de la République seront présents lors de votre réception, a-t-on lu. Valéry Giscard d'Estaing, Jacques Chirac et l'actuel titulaire de la fonction, Nicolas Sarkozy.

De toute façon, Giscard en fait partie, déjà.

Oui absolument.

Chirac naturellement, est toujours sûrement le très bienvenu et je me réjouis qu'il y ait aussi le Président.
   
J'allais vous demander s'il y avait une préférence parmi les trois ?

Euh, je ne sais pas, j'ai des relations très, très différentes. La première fois où je suis entrée dans un gouvernement, c'est avec Valéry Giscard d'Estaing. Je suis restée longtemps. J'y ai travaillé dans des conditions très, très agréables. Je crois qu'il m'a fait toute confiance et que ça a été pour moi, quelque chose que je n'attendais pas du tout et qui a été pas seulement honorifique mais une capacité ensuite, au fond ça a changé ma vie puisque je n'avais jamais pensé faire de la politique, et en tout cas, être ministre et que je le suis devenue.

Pour ce qui concerne Jacques Chirac, les relations sont très faciles avec lui. Nous sommes très liés depuis longtemps. J'avais regretté d'ailleurs que peu de temps après que je sois entrée dans le gouvernement pour des raisons diverses, lui-même en était parti. Mais nous nous voyons souvent et il y a une grande camaraderie ...je ne veux pas dire une camaraderie, mais une grande amitié entre nous... Voilà.

Et le troisième ? Nicolas Sarkozy ?

Et Nicolas Sarkozy, je n'ai pas beaucoup l'occasion de le voir. Nous avions été ensemble, lui et moi, quand monsieur Balladur alors que Mitterrand était Président, je suis entrée en même temps que lui dans le gouvernement et nous nous sommes très bien entendus. J'ai un très bon souvenir de cette période. Maintenant, il est très occupé, évidemment les choses ne sont plus les mêmes.

Demain, mercredi, sortira en salle un film de Rose Bosch qui s'appelle "La rafle", qui raconte comment le 16 juillet 1942, la police française a conduit des hommes, des femmes et des enfants juifs au Véld'Hiv' avant leur déportation à Auschwitz. Avez-vous ce film, Simone Veil ?

Oui, je l'ai vu.

Qu'en pensez-vous ?

Je l'ai vu. Je crois que je vais retourner le voir - mon mari ne l'a pas vu -, je crois que je retournerai avec lui. C'est un film très... terrible, mais très bien fait. Très bien fait ; et je pense qu'il faut que beaucoup de gens aillent le voir pour se rendre compte de certaines choses parce que moi, je vois, par exemple, à ce moment-là, j'étais à Nice, je suis niçoise d'origine, j'étais à Nice, et même là, dans le milieu juif où on se demandait ce qui se passait à Paris (je n'ai pas découvert avec le film) mais je trouve que le film est très bien fait. C'est terrible !

Il a fallu attendre presque soixante-dix ans pour qu'un tel film voit le jour ?

Oui, parce que d'abord, ce n'était pas facile. Et je dirais que ce qui a de pire, c'est que c'est la première fois que des enfants sont déportés, que tous les enfants qui étaient là, ont été exterminés immédiatement et cette (silence)... Je ne sais pas comment dire... On a encore du mal à imaginer qu'on ait pu décider comme ça de tuer tous les enfants.

C'est un film utile pour notre Mémoire ?

Ah tout à fait. Mais très bien fait.

Merci d'être venue sur RTL ce matin, Simone Veil.

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2010-03-09 09:48:00