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Serge July : "Ébullition chinoise"

Du lundi au vendredi à 18h25, le fondateur de "Libération" et grand observateur de la vie politique depuis trente ans, propose un billet d'humeur. L'occasion de livrer son regard sur une actualité qui l'a marqué.

Serge July
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Serge July et La rédaction numérique de RTL

L'inflation en hausse, l'augmentation des coûts de production, et le ralentissement de la croissance sur fond de corruption provoquent des émeutes en Chine. Le printemps arabe est-il en train d'atteindre l'Empire du milieu?

Le printemps arabe fait rêver partout dans le monde, sauf les régimes autoritaires. Et spécialement le gouvernement chinois qui a le trouillomètre au zéro. Le mot jasmin par exemple a été supprimé de tous les moteurs de recherche. Les dirigeants de Pékin ont raison d'avoir peur: leur équation ressemble à bien des égards à celle de certains pays arabes qui vivaient sous des régimes dictatoriaux. Le cocktail du printemps arabe, c'est un ralentissement de la croissance, un fort taux de chômage parmi les jeunes diplômés et au sein de cette armée issue des campagnes et qui campe dans les villes, enfin des prix alimentaires qui s'envolent. +11,7% en Chine pour le seul mois de mai. Vous y ajoutez un Etat parti pas spécialement rompu à la liberté d'expression, un océan d'injustices et de corruption et le centre de recherche pour le développement, qui est un organisme officiel chinois, se met à parler je cite" de risque majeur de déstabilisation". Emeutes, grèves et suicides en effet se multiplient dans des régions très différentes: gros malaise social en cours.

Il y un risque révolutionnaire en Chine?

Le gouvernement de Pékin a une formule pour qualifier ces mouvements, il parle "d'incidents de masse". Il n'y a pas que les prix qui augmentent en Chine, les incidents de masse aussi. Normal, ils sont de plus en plus indexés sur les prix. La répression qui s'abat a un nom, on appelle çà en Chine "le maintien de la stabilité". Pourtant Pékin ne lésine pas sur les moyens, puisque le budget alloué à la sécurité intérieure serait supérieur à celui de la défense nationale. Au départ des émeutes de ce week-end, dans le sud de la Chine, un épisode assez  proche de celui qui a enflammé la Tunisie et qui a entrainé la chute de Ben Ali: une altercation entre un couple de vendeurs à la sauvette originaires de la campagne et la police municipale, qui les aurait brutalisés. Bilan: trois jours d'émeutes, le siège du gouvernement local attaqué, des voitures brûlées. Alors révolution ou pas? Ces choses là on ne le sait qu'après, jamais avant.

Est-ce que cette ébullition sociale c'est une bonne ou une mauvaise chose pour les pays développés?

Que les Chinois revendiquent des droits, qu'ils se libèrent de la férule du parti communiste, que le capitalisme sauvage se civilise, que les réformateurs du parti l'emportent sur les conservateurs, ce  seraient évidemment d'excellentes nouvelles pour tout le monde, de manière générale, pour les Chinois et pour nous. Le développement du syndicalisme par exemple, qui est interdit, devrait être une revendication non seulement des Chinois mais de tous les gouvernements occidentaux à l'égard de la Chine. Que le coût du travail augmente en Chine ne fera pas que des malheureux. Encore faudrait-il, et çà c'est nouveau, que le moteur de la croissance mondiale ne tombe pas en panne, car çà finirait, pour le coup,  par faire beaucoup de malheureux!

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Politique Chroniques L'édito de Serge July
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