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Ségolène Royal : "Alimenter le feuilleton de la zizanie au PS, ce n'est pas correct"

La présidente socialiste de la région Poitou-Charentes répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie jeudi matin.

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et Jean-Michel Aphatie

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Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Ségolène Royal.


Ségolène Royal : Bonjour.

L'expulsion des Roms vers la Roumanie continue de susciter beaucoup de commentaires. Alain Duhamel vient d'y consacrer son éditorial. Le gouvernement organise, aujourd'hui même, deux vols pour ramener des Roms vers Bucarest. Ces personnes sont en situation irrégulière sur le territoire français et donc elles sont expulsées. En quoi cela vous paraît-il critiquable, Ségolène Royal ?

C'est la mise en scène qui est critiquable.

Uniquement ?

C'est-à-dire c'est ce qu'il y a de plus critiquable, c'est-à-dire l'exploitation des migrations de la misère au cœur de l'été, à un moment où par cette mise en scène détestable, Nicolas Sarkozy a cherché à occulter les vrais problèmes qui se posent en cette rentrée, et en particulier la mise en cause du droit à la retraite. Et ça, je crois que c'est très mauvais d'instrumentaliser des misères humaines pour des raisons bassement politiciennes. La meilleure preuve, c'est qu'il y a des solutions sérieuses pour régler ce problème...

... Des Roms ?

... Puisque ce n'est seulement que récemment, le gouvernement a pris contact avec ses homologues européens, et en particulier le gouvernement roumain qui réclame depuis des mois une solution européenne à ce problème. Laissez-moi vous dire, je crois qu'il y a trois choses à faire pour régler le problème des Roms et des gens du voyage parce qu'on fait souvent la confusion entre les deux, et il y a aussi des problèmes...

Parlons des Roms...

... Avec les gens du voyage, c'est que premièrement, il faut appliquer la loi. Il y a une loi qui impose à toutes les mairies de plus de 5.000 habitants de construire des aires pour les gens du voyage. Savez-vous quel est le pourcentage de ces aires qui sont aujourd'hui réalisées en France ?

Une commune sur deux ?

Un peu moins, c'est-à-dire 42% seulement des aires pour les gens du voyage sont installées dans les communes pour une loi qui date de plus de dix ans. J'ai vérifié immédiatement dans la région que je préside...

... Il doit y avoir des maires de Droite et de Gauche qui n'ont pas organisé des...

... Mais le problème n'est ni de Droite ni de Gauche. Il y a des solutions respectueuses et efficaces et des solutions violentes et inefficaces. Et la solution qu'a prise Nicolas Sarkozy, c'est uniquement pour un intérêt personnel.

La deuxième chose c'est d'apporter bien évidemment une réponse européenne puisqu'il y a des migrations de la misère au sein de l'Europe. Il faut vraiment régler ce problème en partenariat avec nos partenaires.

La troisième solution, c'est de mettre en place des projets de co-développement car enfin, l'Etat français est aujourd'hui tous les jours nargué par des personnes qui sont, en effet, reconduites à la frontière et qui déclarent : "mais nous prenons le chèque de 300 euros et nous revenons dans huit jours". Est-ce que c'est cela l'Etat de droit ? Non, ce n'est pas cela l'Etat de droit.

En revanche, des personnes qui ont eu suffisamment de moyens pour se réinstaller en étant accompagnées avec des moyens comme le disait Alain Duhamel, contrôlés, ils ont pu vivre de leur travail, dans leur pays, élever correctement leur famille et mettre fin aux migrations de la misère.

Voilà, ça c'était le sujet des Roms qui suscite beaucoup de commentaires en cette rentrée politique. Rentrée politique aussi pour le Parti socialiste : l'université d'été de La Rochelle se déroule ce week-end ; vous serez tout à l'heure à La Rochelle, Ségolène Royal. Beaucoup de sondages sont effectués à cette occasion, et il y a eu une constante dans ces sondages : Dominique Strauss-Kahn arrive partout en tête. Il paraît être aujourd'hui le dirigeant socialiste le mieux placé pour battre Nicolas Sarkozy. Sondage "Nouvel Obs" : 59% des intentions de vote pour Dominique Strauss-Kahn, 41% pour Nicolas Sarkozy. Ce désir de Dominique Strauss-Kahn de la part des Français suscite quel commentaire chez vous, Ségolène Royal ?

Je vais vous dire deux choses à ce sujet-là...

... Oui, mais en répondant à ma question !

Oui en répondant à votre question.

Très bien ! Formidable !

Il y a d'abord un profond désir d'alternances. C'est ce que je retiens, c'est-à-dire qu'au bout de trois ans, Nicolas Sarkozy a non seulement déçu la Gauche, ça ce n'est pas surprenant ; mais surtout profondément déçu une bonne partie de ceux qui ont voté pour lui, qui ont cru à ses promesses, qui ont cru au "travailler plus pour gagner plus" alors qu'il se prépare à faire le "travailler plus pour gagner moins" en remettant gravement en cause le système des retraites.

55% des Français, selon un sondage Via Voice "Libération", publié au début de la semaine, souhaitent l'alternance et visiblement, c'est Dominique Strauss-Kahn qui incarne le mieux, aujourd'hui, cette alternance. Pourquoi ?

Mais moi je me réjouis qu'un leader socialiste apparaisse comme pouvant battre à plat de couture Nicolas Sarkozy. Maintenant, vous connaissez les sondages. Tant mieux si les instituts de sondage font de bonnes affaires, en ce moment, même si ça va être fatigant, si pendant deux ans, nous sommes rythmés au rythme des sondages. Nous avons connu cela à chaque échéance électorale. On sait ce que valent les sondages. Si j'avais cru les sondages, y compris dans ma propre région où on me disait battue dans les premiers sondages, j'ai été élue à 61% des voix.

Les sondages en 2006 vous ont encouragée et aidée dans votre démarche.

Ah non ! Même Alain Duhamel, qui est là, avait fait un livre où je n'étais pas présente alors que c'est moi qui étais candidate. Il s'appuyait sur les sondages.

Et cette "pique" humoristique envers Alain n'est pas adaptée dans notre discussion. Nous parlons des sondages.

Si ! parce que ça fait vingt-cinq ans que je fais de la Politique, que je fais des combats électoraux et j'en ai beaucoup gagnés. J'en ai perdu aussi quelques-uns et rien ne vaut en Politique le vote des électeurs. Le respect du vote des électeurs et donc l'élite médiatique et politique ne va pas nous ballotter au gré des sondages parce que les gens ne veulent pas de ça.

Sans vouloir insister, quel est votre jugement aujourd'hui sur ce qui apparaît comme une évidence, c'est-à-dire la force de Dominique Strauss-Kahn ?

Mais encore faut-il qu'il soit candidat ! Et je vous dis : mais c'est une très bonne chose.

Souhaiteriez-vous qu'il le soit ?

Mais s'il le souhaite, moi je lui ai posé la question. Donc vous voyez ! J'ai même demandé à le voir.

Qu'est-ce qu'il vous a répondu ?

Eh bien pour l'instant, il ne répond pas. Il ne sait pas. Donc laissons-lui le temps de nous dire ce qu'il compte faire !

Et ça pourrait faire un bon candidat pour vous ?

Mais bien sûr... Il n'est pas le seul.

Non, il y en a d'autres ; peut-être vous ?!Dans un livre qui sort aujourd'hui ou demain. David Revault d'Allonnes, journaliste à "Libération", "Petits meurtres entre camarades" - c'est publié chez Robert Laffont -, il vous fait dire ceci (alors je ne sais pas si vous l'avez dit vraiment) : "Je pense que je gagne les Primaires face à tous les autres candidats". C'est vrai ? Vous le pensez, Ségolène Royal ?

D'abord, je conteste cette méthode éditoriale qui consiste...

Ah ! la mienne ?

Non celle-ci, d'un livre comme ça là aussi...

Ah, celle de David Revault d'Allonnes, oui d'accord. J'ai eu peur.

... Pour sans doute vendre du papier qui consiste à reprendre des bribes de déclarations qui - il faut quand même le préciser - sont datées du mois de juin dernier. En Politique quand même les choses vont vite...

C'est pas vieux quand même, juin dernier, vous savez !

Oui mais, j'entendais ce matin là, j'écoutais ce matin à la radio en venant vous voir. On avait l'impression, les auditeurs, les téléspectateurs qui entendent ça, ont l'impression que je viens de faire des déclarations de ce type aujourd'hui à la veille de l'université d'été de La Rochelle. Ca n'est pas correcte cette façon de procéder ; et là aussi, on a besoin d'un peu de respect parce que la politique c'est quelque chose...

Mais si on rapporte vos propos du mois de juin, vous les avez tenus ou pas, ces propos au mois de juin ?

Je ne me souviens plus.

D'accord.

Mais je pense que je ne suis pas mauvaise dans une campagne électorale. Donc c'est possible que je les ai tenus. Mais je crois qu'aujourd'hui, vous savez c'est la rentrée là. Les Français attendent autre chose dans la dimension et dans l'épaisseur politique de ce que nous, responsables politiques,  nous avons à faire. Nous allons être là en travail collectif à La Rochelle. Il y a une rentrée sociale qui est extrêmement dure.

Qu'est-ce qui se passe aujourd'hui dans le pays qui est le nôtre ? C'est que les Français ont l'impression qu'il y a une petite caste de minorités, de milliardaires proches du Pouvoir, toujours plus riches, toujours mieux protégés. Des catégories moyennes qui se sentent désespérément tirées vers le bas qui, aujourd'hui, sont confrontées à tous les problèmes, y compris la question de la hausse des prix dont on ne parle pas mais les Français sont pris en otage aujourd'hui par la hausse des prix, de l'électricité, du gaz, du téléphone, du logement, de la rentrée scolaire. Et puis, enfin, la fragilisation du système de retraite et l'emploi qui ne s'améliore pas. Et puis les catégories populaires qui sont toujours plus fragilisées et qui subissent à la fois l'insécurité physique et la précarité sociale.

Une autre question - la dernière. Dans le même livre. Je suis désolé, Martine Aubry...

Oui, mais ce n'est pas bien ce livre qui attise les zizanies au sein d'un...

Pourquoi les zizanies ? C'est le débat politique. Martine Aubry dit...

Même le titre ! Qu'est-ce que ça veut dire le titre ?

Vous même, vous avez dit du Parti socialiste des choses très dures lors du congrès de Reims.

Mais je dis des choses très dures quand il faut les dire...

Et "petits meurtres entre camarades", c'était un peu le congrès de Reims.

Je dis des choses très dures quand il faut les dire ; mais en même temps, alimenter ce feuilleton de la zizanie. A un moment, nous avons tourné justement la page du congrès de Reims et les tricheries qui ont eu lieu. Aujourd'hui, moi j'ai eu la responsabilité politique. J'ai pris mes responsabilités en tournant cette page alors que j'ai été victime de ce qui s'est passé à Reims pour dire, aujourd'hui nous devons nous rassembler parce que la situation du pays est grave, parce que les socialistes gagneront 2012 s'ils sont unis.

D'accord.

Et nous devons absolument rester unis.   

Martine Aubry dira avant la fin de l'année si elle est candidate à l'élection présidentielle ?

C'est sa liberté...

D'accord. C'est sa liberté, voilà. Et c'est la liberté aussi de Robert Laffont de publier un livre "Petits meurtres entre camarades", parce que ça a existé les petits meurtres entre camarades.

Oui, mais ce n'est pas la liberté des uns et des autres de dégrader, de dénigrer les comportements politiques.

Ségolène Royal était l'invitée de RTL ce matin. Bonne journée.   
   

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