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Élections régionales 2015 : le Front national, habitué aux coups de tonnerre sans lendemain

Les coups de force électoraux du Front national ne lui ont pas toujours permis d'accéder à de nouveaux échelons de responsabilité.

Des militants du Front national célèbrent la victoire de Marion-Maréchal Le Pen en PACA dimanche 6 décembre
Des militants du Front national célèbrent la victoire de Marion-Maréchal Le Pen en PACA dimanche 6 décembre
Crédit : AFP
Benjamin Hue
Benjamin Hue

Sous le choc et abasourdis, les quotidiens régionaux et nationaux n'avaient pas de mots assez forts pour décrire la marée noire qui a déferlé sur la France dimanche 6 décembre. Le Front national a réalisé une percée historique lors du premier tour des élections régionales en récoltant les voix de plus de 6 millions d'électeurs, soit 27,73% des suffrages exprimés, largement devant les listes de l'Union de la droite et du Centre (26,65%) et l'Union de la gauche (23,12%). Le parti dirigé par Marine Le Pen progresse de 16 points par rapport au même scrutin de 2010, où il avait recueilli 11,42% des voix, et se paie même le luxe de dépasser les 40% en Nord-Pas de Calais-Picardie et en PACA.

>> La carte des résultats du premier tour, région par région

En tête dans la moitié des nouveaux ensembles régionaux (six sur treize), le Front national est aux portes du pouvoir. Pour la première fois de son histoire, il est en mesure de prendre les commandes d'une ou de plusieurs régions. Il deviendrait alors la première formation d'extrême-droite à gouverner une région en Europe. Dès l'annonce des résultats dimanche soir, plusieurs cadres du Front national n'ont pas manqué de lire dans ce succès le signe d'une dynamique inéluctable qui doit conduire Marine Le Pen jusqu'à la présidence de la République en 2017 et contraindre les autres partis politiques à cesser de diaboliser le FN. 

Une posture peu porteuse au second tour

En position de force après le premier tour, le Front national est encore loin de pouvoir crier victoire. Le plus dur reste à faire, à même assuré dimanche Jean-Marie Le Pen en appelant ses troupes à la prudence, arguant que "tout reste possible" au second tour. Le fondateur du parti sait mieux que personne que le Front national est déjà tombé de haut au second tour dans un passé récent. La faute à un mode de scrutin souvent défavorable, d'abord, et à un discours anti-système qui lui permet de capter le vote de rejet au premier tour, mais lui interdit toute alliance au second. Faute de report de voix, il se retrouve en difficulté en cas de duel, notamment face à la droite, les électeurs de la gauche éliminée étant souvent prompts à lui faire barrage. Une configuration tripartite pourrait également permettre au PS de sauver plusieurs régions sur le fil en récupérant des voix sur sa gauche. 

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Une seule certitude avant le 13 décembre. Depuis son irruption dans le paysage politique dans les années 70, le Front national est coutumier des tremblements de terre. Mais ils sont souvent restés lettre morte et n'ont que très rarement débouché sur une progression dans l'exercice du pouvoir. Le 11 septembre 1983, la conquête de la mairie de Dreux a retenti au moins aussi fort que la percée de dimanche soir. Alors qu'il n'était pas capable de présenter un candidat à la présidentielle jusque là, le Front national a surgi au centre du débat politique en obtenant plusieurs élus municipaux dans une ville française importante à la faveur d'une fusion avec le RPR. Mais une décennie s'est écoulée après cette conquête électorale avant que le Front national ne réussisse à prendre les mairies de plusieurs grandes villes en PACA. 

Une lente accession aux responsabilités

Les années 80 et 90 ont confirmé la montée en puissance du parti, avec des succès symboliques aux européennes de juin 1984 - où il place dix députés - et aux législatives de mars 1986 - où le recours à la proportionnelle lui permet de faire entrer 35 parlementaires à l'Assemblée nationale. Mais elles n'ont pas mis le Front national à l'épreuve de l'exercice du pouvoir. Les scores à deux chiffres réalisés par Jean-Marie Le Pen aux présidentielles de 1988 (14,38%) et 1995 (15%) ont bien accouché du "séisme" du 21 avril 2002, où le candidat du Front national a accédé au second tour de l'élection suprême pour la première fois de l'histoire du parti, mais ils ont été suivi par une décennie de vaches maigres, marquée par une importante érosion électorale et de grandes difficultés financières.

Ce n'est qu'à l'arrivée de Marine Le Pen à la tête du parti que le Front national a repris sa progression électorale et accédé à de nouveaux échelons de responsabilité. Sous la direction de la fille de Jean-Marie Le Pen, le Front national a densifié son réseau d'élus et de cadres, même s'il reste encore largement inférieur à ceux de ses rivaux socialistes et républicains. Mais à l'exception des municipales de mars 2014 - où il a fait tomber 12 communes dans son escarcelle, dont 11 à l'issue du second tour - le Front national peine toujours à concrétiser ses coups de force du premier tour. 

Arrivé en tête d'un scrutin national pour la première fois de son histoire lors des élections européennes de mai 2014, le FN a mis un an avant de réussir à former un groupe eurosceptique au Parlement européen. Une avancée financière incontestable qui met cependant en lumière le déficit d'influence et la marge de manœuvre minime du parti au sein de l'institution continentale. En mars dernier enfin, les élections départementales ont également offert un succès paradoxal au le Front national, arrivé en tête dans 43 départements au premier tour mais incapable de faire élire des binômes au deuxième tour, alors qu'il avait de bonnes chances de l'emporter dans l'Aisne ou le Vaucluse.

>> L'évolution des scores du Front national depuis 2004

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