5 min de lecture Affaire Sarkozy

Sarkozy mis en examen : les 5 points de sa ligne de défense

DÉCRYPTAGE - L'ancien chef de l'État, mis en examen pour trois chefs d'inculpation et placé sous contrôle judiciaire, a contre-attaqué au "20 Heures" de TF1, jeudi 22 mars.

Nicolas Sarkozy, le 22 novembre 2017
Nicolas Sarkozy, le 22 novembre 2017 Crédit : GUILLAUME SOUVANT / AFP
109127536140888961261
Ludovic Galtier
Journaliste RTL

"Corruption passive", "financement illégal de campagne électorale" et "recel de détournement de fonds publics libyens". Soupçonné d'avoir financé sa campagne de 2007 en partie avec l'argent du régime de Mouammar Kadhafi, Nicolas Sarkozy a été mis en examen et placé sous contrôle judiciaire, mercredi 21 mars, l'empêchant notamment de se rendre en Libye et de rencontrer Claude Guéant et Brice Hortefeux.

Le Figaro du jeudi 22 mars a dévoilé la stratégie de défense de Nicolas Sarkozy. Devant les enquêteurs, l'ancien chef de l'État continue à nier en bloc les accusations dont il fait l'objet. "Il n'y a pas un document, pas une photo, pas un compte, pas une preuve matérielle. Il n'y a que la haine, la médiocrité, la malveillance et la calomnie", a-t-il fustigé sur TF1 en récusant toute "preuve".

Selon Mediapart, le candidat de l'UMP de l'époque aurait reçu 50 millions d'euros en provenance de l'État libyen pour financer sa campagne qui l'a mené tout droit à l'Élysée. Récemment, plusieurs ex-dignitaires du régime Kadhafi auraient livré de nouveaux témoignages confirmant les soupçons de financement illégal, précise Le Monde. Point par point, l'ancien locataire de l'Élysée tente de démonter les éléments que lui soumettent les juges.

À lire aussi
Nicolas Sarkozy, le 1er septembre 2017 à Mexico justice
Les actualités de 18h - Affaire Bygmalion : Sarkozy pourrait être jugé à l'horizon 2020

1. Dénoncer "le mensonge de Ziad Takieddine"

Nicolas Sarkozy dénonce d'abord "une campagne de calomnies" qui a commencé le 11 mars 2011, au lendemain de la réception par l'Élysée de l'opposition à Kadhafi. Il cible particulièrement Ziad Takieddine. Ce Franco-Libanais, lui aussi mis en examen dans cette affaire, a assuré avoir transmis en 2006 et 2007 la somme totale de 5 millions d'euros à Nicolas Sarkozy et Claude Guéant au ministère de l'Intérieur.

"Je suis accusé sans aucune preuve matérielle par les déclarations de M. Takieddine dont il est avéré à de multiples reprises qu'il a touché de l'argent de l'État libyen", a-t-il attaqué auprès des enquêteurs. "Il ne justifie durant cette période 2005-2011 d'aucun rendez-vous avec moi. Durant ma garde à vue, j'ai démontré un mensonge de M. Takieddine." Invité de TF1 jeudi 22 mars, il précise qu'il a rencontré le "sinistre" intermédiaire franco-libanais à deux reprises : en 2002 et 2003. "Entre 2004 et aujourd'hui, je ne l'ai jamais reçu, ni revu".

À de multiples reprises, Nicolas Sarkozy dénonce les imprécisions et remet en cause le calendrier avancé par Ziad Takieddine. "M. Takieddine a toujours affirmé ne m'avoir jamais remis de liquide jusqu'au mois de novembre 2016. Très exactement trois jours avant le plus important débat qui opposait les candidats de la droite à la primaire", ajoute-t-il.

2. Discréditer les documents de "Mediapart"

Après Ziad Takieddine, Mediapart. Nicolas Sarkozy, qui n'a que peu de considération pour le média cofondé par Edwy Plenel, qualifie le document libyen accréditant un financement d'environ 50 millions d'euros, publié par le média en ligne dans l'entre-deux-tours de la présidentielle, de "comble de la manipulation".

En garde à vue, il dit citer un rapport des enquêteurs sur ce document : 'Il existe une forte probabilité pour que le document produit par Mediapart soit un faux', lit-il. "Ce n'est pas moi qui le dis, ce sont les enquêteurs dans le cadre d'une procédure parallèle à la vôtre."

Fabrice Arfi, journaliste à Mediapart, n'est pas du même avis. "Réussir à dire à plusieurs reprises que la justice a reconnu comme faux la note Koussa force l’admiration. La vérité, c’est juste l’inverse. Par deux fois, elle a débouté l’ancien président", écrit-il sur Twitter. Edwy Plenel, co-fondateur de Mediapart, a, qualifié Nicolas Sarkozy de "premier diffuseur de fake news".

En mai 2016, les juges prononçaient un non-lieu dans l'enquête pour faux au sujet de cette note après la plainte de Nicolas Sarkozy. La justice concluait que "l'instruction n'a pas permis d'établir que la note publiée est un faux matériel". L'expertise "ne révélait pas de trace d'altération voire de falsification volontaire".

3. S'appuyer sur le non-lieu de l'affaire Bettencourt

Pour ce qui est du chef de "financement illégal", la campagne de Nicolas Sarkozy avait déjà fait l'objet d'une enquête menée par les juge Jean-Michel Gentil et Valérie Noël.

"J'ai fourni aux policiers qui m'ont interrogé une décision de non-lieu définitive sur le chef du délit de financement illégal de parti politique comme de financement illégal de campagne électorale puisque votre collègue M. Gentil avait longuement enquêté sur la campagne 2007, non pas pour savoir si elle avait été financée par les Libyens, mais par Mme Bettencourt", dit-il dans Le Figaro.

L'enquête s'était conclue par un "non-lieu". Un "non-lieu à charge", nuançait Le Monde.

4. Défendre ses fidèles lieutenants

Placé en garde à vue plus de 24 heures la veille, l'ancien chef de l'État était entendu pour la première fois dans cette enquête lancée à la suite de révélations de Mediapart en 2011. Jusque-là, seul son entourage - Claude Guéant, son directeur de cabinet au ministère de l'Intérieur, en tête - avait été directement mis en cause. L'ex-secrétaire général de l'Élysée est également mis en examen dans cette enquête notamment pour "blanchiment de fraude fiscale en bande organisée".

"M. Guéant était un collaborateur qui a travaillé d'une manière infatigable à mes côtés", a défendu Nicolas Sarkozy, alors que son ex-ministre de l'Intérieur est lui-aussi mis en examen dans le dossier libyen. "S'il a des faits qui lui sont reprochés, et il a droit comme les autres à la présomption d'innocence, il s'en expliquera. Pas en tant qu'ancien collaborateur de Nicolas Sarkozy, mais en tant que Claude Guéant lui-même."
L'ancien président n'est pas avare de compliments à l'égard de Brice Hortefeux, qu'il ne peut d'ailleurs plus rencontrer depuis qu'il a été placé sous contrôle judiciaire. "C'est mon ami depuis tant d'années", a rappelé Nicolas Sarkozy. "Je l'aime tendrement. Brice Hortefeux, s'il a eu des rapports avec tel ou tel, il s'en expliquera, et je lui fais confiance", a-t-il ajouté, ému, alors que le député européen a été entendu sous le régime de l'audition libre, mardi, par les enquêteurs.

5. Contre-attaquer dans les médias pour convaincre l'opinion

Après avoir publié l'intégralité de sa défense devant les juges dans les colonnes du Figaro à l'aube du 22 mars, Nicolas Sarkozy a donc conclu sa journée sur le plateau de TF1, à 20 heures.

Sur le fond, rien de nouveau entre ses deux apparitions médiatiques. L'ancien chef de l'État a donc repris les éléments de langage développés le matin même. Sur la forme, il a souhaité marquer les esprits en utilisant le registre de l'émotion et un vocabulaire toujours plus offensif, pugnace et fort pour évoquer ses adversaires.

"Il n'y a que la haine, la médiocrité, la malveillance et la calomnie", a-t-il fustigé en qualifiant les allégations de "l'ignoble dictateur" Kadhafi de "monstruosités". Invité de RTL Grand Soir jeudi 22 mars, Guillaume Jubin, enseignant à Sciences-Po, estime que Nicolas Sarkozy "a fait un choix risqué de venir s'exprimer à 20 heures". "Il est venu dans un combat face à l'opinion", estime-t-il. "Il a envie de se défendre, de prendre les Français à partie. C'est dans ce registre qu'il réussit à convaincre."

>
"Nicolas Sarkozy est venu dans un combat face à l'opinion" Crédit Média : Christophe Pacaud,Agnès Bonfillon | Durée : | Date :

Nicolas Sarkozy avait déjà "fait le 20 Heures" de la Une après sa toute première mise en examen en juillet 2014. Il n'avait pas usé de la même stratégie, puisqu'il s'en était pris avec force à des institutions judiciaires aux ordres du pouvoir socialiste.

La rédaction vous recommande
Lire la suite
Affaire Sarkozy Nicolas Sarkozy Mise en examen
Restez informé
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants
article
7792736775
Sarkozy mis en examen : les 5 points de sa ligne de défense
Sarkozy mis en examen : les 5 points de sa ligne de défense
DÉCRYPTAGE - L'ancien chef de l'État, mis en examen pour trois chefs d'inculpation et placé sous contrôle judiciaire, a contre-attaqué au "20 Heures" de TF1, jeudi 22 mars.
https://www.rtl.fr/actu/politique/sarkozy-mis-en-examen-les-5-points-de-sa-ligne-de-defense-7792736775
2018-03-23 06:32:00
https://cdn-media.rtl.fr/cache/ZMh7IXVUWzG0LBRrLb49lQ/330v220-2/online/image/2018/0118/7791892753_nicolas-sarkozy-le-22-novembre-2017.jpg