11 min de lecture Présidentielle 2017

Récit de campagne : Hamon-Mélenchon, Macron-Bayrou... Le temps des stratégies

UNE CAMPAGNE INÉDITE (3/4) - Certaines ont été couronnées de succès, d'autres ont échoué. La présidentielle 2017 n'a pas échappé aux alliances.

François Bayrou et Emmanuel Macron le 23 février à Paris
François Bayrou et Emmanuel Macron le 23 février à Paris Crédit : SIPA
Ludovic Galtier
Ludovic Galtier
Journaliste RTL

Terminées les joutes internes des primaires. Une semaine après la portée aux nues de Benoît Hamon par l'électorat de gauche, l'heure de la vraie bataille commence fort. Les 4 et 5 février, pas moins de quatre candidats au fort potentiel font déjà l'actualité à Lyon. Emmanuel Macron, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon ont tous donné rendez-vous à leurs partisans dans la capitale des Gaules. Le leader du mouvement "En Marche !" dégaine ainsi son slogan tout trouvé - "La France en Marche !" - et appelle au dépassement des clivages. 

De son côté, Jean-Luc Mélenchon met en scène sa détestation pour le discours de Marine Le Pen et mise sur l'hologramme, une technologie inédite dans une présidentielle. Le cofondateur du Parti de gauche projette ainsi de dégonfler "la bulle" Marine Le Pen, quasi certaine, à en croire les sondages du moment, de parvenir au second tour de la présidentielle. Jean-Luc Mélenchon a choisi de s'inviter à Lyon et défier la présidente du Front national, qui se trouvait à quelques encablures de lui.

Le candidat de la France insoumise dit avoir ressenti un "renouveau d'horreur et de dégoût de l'idéologie de cette femme", après sa prise de position début décembre pour la fin de la scolarisation des enfants étrangers en situation irrégulière, a-t-il expliqué. Le tribun, prouve, s'il était encore nécessaire de le faire, son amour pour la bataille des mots et des discours, préfigurant d'un duel implacable de communication entre la France insoumise et le Front national. En meeting, Marine Le Pen répond à Jean-Luc Mélenchon avec une entrée en matière remarquée. Pour son premier meeting de campagne, elle place le curseur de son discours bien à droite en défendant la préférence nationale, le durcissement des règles contre les "fichés S" et l'identité nationale.

Jeu de dupes entre Hamon et Mélenchon

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Le même jour, le candidat du Parti socialiste est investi sans grande ferveur par les siens : une vingtaine de parlementaires PS, qui trouveront pour la plupart l'herbe plus verte auprès d'Emmanuel Macron, ont fait valoir "leur droit de retrait" dans la campagne de Benoît Hamon. Malgré les critiques, le député des Yvelines préfère regarder à sa gauche... en direction d'abord de Yannick Jadot, l'écologiste avec qui il scellera un accord le 23 février. Vers Jean-Luc Mélenchon ensuite, avec beaucoup moins de succès. Le socialiste avait promis au cours des différents débats de la primaire de discuter rassemblement avec Jean-Luc Mélenchon. "Je m'engage", disait-il, "si je suis choisi par les électeurs de gauche le 29 janvier, à faire en sorte que ce dialogue existe. S'il n'est pas conclusif, nous en prendrons acte, mais il doit exister."

Parti en campagne un an plus tôt, le tribun de la France insoumise n'avait aucunement l'intention de lui rendre la tâche facile. Pour ce pourfendeur de la politique de François Hollande, qui n'avait pas de mots assez durs pour qualifier la primaire de la BAP, il est inconcevable d'imaginer une future majorité de gauche avec ceux qui ont adoubé la loi Travail, à savoir Manuel Valls et Myriam El Khomri, deux personnages éminents du Parti socialiste étiquetés parti à la rose aux élections législatives de juin. Un rendez-vous téléphonique et un dîner plus tard, sans surprise, le rapprochement entre les deux candidats est mort-né.

Les deux candidats ont en réalité offert un jeu de dupes à leurs électeurs, chacun avançant ses arguments et mettant en scène sa volonté de rapprochement, afin que l'autre se retire à son profit. En vain. Un mois après que le semblant de discussions se soit installé, les espoirs de candidature commune sont définitivement anéantis le 29 mars, tant leurs projets respectifs sur l'Europe semblent irréconciliables. "À cinquante jours du premier tour, il n’est pas possible de régler la différence qui par exemple nous sépare sur la question essentielle de l’Europe", avait détaillé Jean-Luc Mélenchon dans la foulée de son dîner parisien avec Benoît Hamon fin février.

Macron aspire les nouveaux soutiens

Le désaccord Hamon-Mélenchon enferme les deux candidats à gauche et les déconvenues avec la justice que rencontre François Fillon accentuent l'espace politique d'Emmanuel Macron. Le candidat "En Marche !", critiqué pour son absence d'idéologie identifiée, enregistre pourtant les soutiens et les ralliements. Certains ministres et anciens collègues de l'ex-locataire de Bercy, des députés socialistes mais aussi des juppéistes déçus de la campagne du candidat de droite, à l'image d'Aurore Bergé, se déclarent officiellement en faveur de l'ancien conseiller économique de François Hollande.

À la mi-février, plusieurs députés pro-gouvernement, pour la plupart d'anciens soutiens de Manuel Valls, sont tentés par la proposition d'Emmanuel Macron, s'interrogeant sur la manière dont ils pouvaient faire campagne pour Benoît Hamon. À la manœuvre : plusieurs députés "loyalistes". Parmi eux, Christophe Caresche, Jean-Yves Le Bouillonnec, Jean-Louis Gagnaire, l’ancien porte-parole de Manuel Valls David Habib, ou encore l’ancienne ministre Michèle Delaunay. Ségolène Royal, ministre de l'Environnement et ancienne candidate à la présidentielle, multiplie elle aussi les appels du pied, auxquels Emmanuel Macron a mis un coup d'arrêt dans les colonnes de Femmes actuelles. "Je vais être très direct avec vous. il y a une promesse de renouvellement et d'alternance dans l'offre politique que nous portons. J'ai beaucoup de respect pour elle mais elle n'a pas vocation à avoir des responsabilités dans un gouvernement qui serait le mien", réagissait-il en mars.

L'alliance Macron-Bayrou scellée le 22 février

Le même mois, un positionnement s'annonce crucial. Après avoir maintenu le suspense sur une éventuelle quatrième candidature à l'Élysée, François Bayrou clarifie ses intentions le 22 février. "À cette situation exceptionnelle, il faut une réponse exceptionnelle à la hauteur des périls qui menacent notre état. Parce que le risque est immense, que les Français sont désorientés, j'ai décidé de faire à Emmanuel Macron une offre d'alliance (...) Il faut changer les choses et le faire d'urgence. Unissons nos forces. C'est sans doute un geste d'abnégation et un geste d'espoir pour notre pays".

À peine une heure après, Emmanuel Macron accepte la main tendue du président du MoDem, lequel impose la moralisation de la vie politique comme une priorité. François Bayrou a-t-il oublié les tacles à répétition qu'il a formulés à l'encontre de l'ancien ministre de l'Économie, qu'il qualifiait de "candidat des grands intérêts financiers" ? Invité de RTL au lendemain de cette alliance, François Bayrou raconte qu'il redoutait "de voir des grands intérêts industriels et financiers prendre le contrôle ou jouer un rôle surestimé dans les choix politiques du pays. C'est un risque très important que j'ai conjuré, en indiquant qu'une des exigences de cette alliance était la rédaction et le vote d'une loi de moralisation de la vie publique".

Cette alliance avec celui qui appelait à dépasser les clivages partisans en 2007 est bénéfique à Emmanuel Macron, qui gagne ainsi en hauteur et en crédibilité. Dans les premiers sondages post-alliance, il transforme instantanément l'essai, progresse et parvient à devancer Marine Le Pen, attendue dans le champ des affaires.

Marine Le Pen plus forte que ses affaires

Si François Fillon est miné par l'affaire d'emplois présumés fictifs de son épouse, Penelope Fillon, Marine Le Pen, elle, parvient à minimiser l’incidence de celle qui la vise au Parlement européen. L'eurodéputée est accusée par l'institution d'avoir rémunéré plusieurs permanents du parti en qualité d'assistants d'eurodéputés. En clair, ces derniers auraient travaillé pour le Front national aux frais de l'institution européenne, dont les bureaux se situent entre Strasbourg et Bruxelles. Au total, 17 parlementaires européens du Front National sont épinglés sur le listing qui a été remis aux juges chargés de l'enquête sur de possibles détournements de fonds européens au profit du Front national. Le montant du préjudice s'élève à 5 millions d'euros.

Peu ébranlée par cette affaire dans les sondages, qui la placent toujours parmi les qualifiables, Marine Le Pen tire à boulets rouges sur un système judiciaire soit disant aux ordres et les médias en guise de défense. Le 10 mars, elle refuse de se rendre à une convocation des juges en vue d'une mise en examen. Dans un courrier de justification, Marine Le Pen dénonce des violations du secret de l'enquête, une instrumentalisation de l'affaire et estime que les conditions de "légalité", de "sérénité" et de "confiance" ne sont pas réunies pour qu'elle soit entendue. La candidate à la présidentielle avait déjà refusé de se rendre à la convocation des policiers de l'Office anticorruption de la police judiciaire (Oclciff) le 22 février, alors que deux de ses anciens assistants parlementaires, son garde du corps Thierry Légier et sa cheffe de cabinet, Catherine Griset, étaient placés en garde à vue le même jour.

Dans le cas où elle échouerait à la présidentielle, Marine Le Pen précise toutefois sur RTL qu'elle se rendrait devant les juges. "Comme je l'ai fait après les élections régionales", tient-elle à rappeler. "J'y suis allée après la campagne et j'ai été mise hors de cause", dit-elle, faisant référence à une enquête visant le FN sur des soupçons d'escroqueries au préjudice de l'Etat lors de la campagne des législatives 2012. 

Des débats inédits et polémiques

Inédite, cette élection présidentielle l'est aussi sur la forme. Pour la première fois avant le second tour, les médias se mobilisent pour organiser des débats, garanties de fortes audiences. TF1 dégaine son dispositif la première, avec une émission réunissant les cinq favoris du premier tour le 20 mars : François Fillon, Benoît Hamon, Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen et Emmanuel Macron. L'exercice jamais vu dans une campagne présidentielle n'est pas exsangue de critiques. Nicolas Dupont-Aignan s'est immédiatement offusqué : “Ce n’est pas à TF1 de présélectionner les candidats”, assure-t-il.

À quarante-huit heures de l'émission, le candidat Debout la France est invité sur le plateau du 20 Heures pour équilibrer son temps de parole. Sidéré, il refuse de répondre aux questions d'Audrey Crespo-Mara et claque la porte du JT en guise de protestation. La vidéo a été visionnée plus de 12 millions de fois.

Le 4 avril, BFMTV et CNews ont fait le pari de réunir les 11 candidats dont la candidature a été validée par le Conseil constitutionnel - Nathalie ArthaudFrançois AsselineauJacques CheminadeNicolas Dupont-AignanFrançois FillonBenoît HamonMarine Le PenEmmanuel MacronJean-Luc Mélenchon et Philippe Poutou - sur le même plateau pendant près de... quatre heures. France 2, qui envisageait de proposer la même formule, a été contrainte de revoir sa copie seize jours plus tard. La chaîne du service public a convoqué les 11 prétendants à l'Élysée pour un entretien de quinze minutes chacun le 20 avril. L'émission est largement consacrée à la lutte contre le terrorisme. Au même moment, un attentat terroriste coûte la vie à un policier sur les Champs-Élysées.

Mélenchon monte en puissance, Hamon dégringole

Ces débats ont pour principale conséquence l'inversion des courbes dans les sondages entre les candidatures de Benoît Hamon, lâché par nombre de ténors du Parti socialiste dont son adversaire à la primaire, Manuel Valls, et Jean-Luc Mélenchon. Deux jours seulement après le débat du 20 mars de TF1, le leader de la France insoumise, dont les qualités de tribun sont unanimement saluées, inverse le rapport de force à gauche en sa faveur.

Le 31 mars, le baromètre Kantar Sofrès-One Point, publié dans Le Figaro Magazine, le place en tête des personnalités disposant de la meilleure cote d'avenir. Ce terme faisant référence à l'importance du rôle que les Français aimeraient voir jouer par untel ou un autre dans les mois ou années à venir. Le candidat bondit de 19 points en un mois à peine, pour atteindre 47 points (+ 19 points). Emmanuel Macron et Benoît Hamon sont en embuscade respectivement avec 41 (+1 point) et 36 points (+6 points), quand François Fillon est à la peine avec 18 points (-8 points en un mois, -23 points en quatre mois).

Le lendemain, Alain Duhamel estime qu'il s'était montré sous son meilleur jour : celui qui est souvent "acariâtre, désagréable, cassant, coupant, méprisant" a été "le plus pugnace, le plus drôle, le plus naturel. "Il a su prendre la lumière, avec son côté candidat poète", ajoute Alba Ventura. Interrogé sur RTL le 30 mars, Emmanuel Rivière, directeur de Kantar Public, commente ce qui se joue au micro de Dominique Tenza : "Je crois que Jean-Luc Mélenchon a réussi une correction d'image (lors du débat). On voyait sans doute en Jean-Luc Mélenchon quelqu'un qui était plus dans l'invective, plus dans la contestation, il a (finalement) distribué les bons et les mauvais points, il a pris un petit peu de hauteur aussi."

Les sondages confirmés

Le 23 avril 2017, jour de premier tour. 47 millions d'électeurs sont appelés aux urnes pour désigner les deux candidats qualifiés pour le second tour. Impossible de prédire quels visages apparaîtront sur les écrans de télévision à 20 heures. Et le duel final est des plus difficiles à prédire, tant les Français sont divisés entre Emmanuel Macron, Marine Le Pen, François Fillon et Jean-Luc Mélenchon.

Avec les marges d'erreur, les instituts de sondage expliquent que toutes les combinaisons sont envisagées, et qu'en cas de doute, ils ne prendraient aucun risque, d'autant plus que pour la première fois les premiers bureaux de vote ferment leurs portes à 19 heures, au lieu de 18 heures. En clair, l'hypothèse, selon laquelle trois visages apparaissent sur les écrans à 20 heures n'est pas écartée. Peu avare en rebondissements, cette campagne de premier tour se termine comme elle a commencé. Comme l'avaient prédit les sondages, Emmanuel Macron et Marine Le Pen sont en tête avec respectivement 24,01% et 21,30% des voix. Suivent François Fillon (20,01%) et Jean-Luc Mélenchon (19,58%).

Les premières analyses

Contre toute attente, Emmanuel Macron réussit son pari, un an à peine après avoir lancé son mouvement "En Marche !". Quinze ans après son père, Marine Le Pen permet au Front national d'accéder au second tour. La droite et la gauche traditionnelle, le Parti socialiste et Les Républicains, sont éliminés de la course à l'Élysée avant même la dernière ligne droite. Avec 6,35% des voix, Benoît Hamon, qui appelle à une refonte de la gauche, réalise le pire score d'un candidat socialiste, quand Jean-Luc Mélenchon obtient le meilleur résultat pour un quatrième.

Au soir du premier tour, une nouvelle campagne commence. Si François Fillon et Benoît Hamon appellent clairement à voter Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon préfère se fier à sa base avant de se prononcer personnellement sur la question. Les 450.000 soutiens du début de La France insoumise sont invités à voter par voie électronique pour Emmanuel Macron, le vote blanc ou l'abstention. Le vote Marine Le Pen n'est pas proposé aux adhérents.

Nicolas Dupont-Aignan, lui, fait patienter ses deux millions d'électeurs quelques jours, avant de se positionner. "Le résultat m'oblige à continuer le combat pour un patriotisme républicain", a poursuivi le souverainiste qui se dit "conforté" par les "deux millions de voix" qu'il a obtenues. "En homme libre, le moment venu, je ne me déroberai pas et je ferai part de mon choix", laissant entendre que rien n'est impossible...

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2017-05-09 16:22:00
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