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Primaire Les Républicains : récit d'une semaine cauchemardesque pour Nicolas Sarkozy

ÉCLAIRAGE - Les mauvais sondages, l'affaire Bygmalion, les révélations de Patrick Buisson... Autant d'obstacles à la candidature de Nicolas Sarkozy ?

Nicolas Sarkozy, en meeting à Marcq-en-Baroeul, le 21 septembre 2016
Nicolas Sarkozy, en meeting à Marcq-en-Baroeul, le 21 septembre 2016 Crédit : FRANCOIS LO PRESTI / AFP
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Ludovic Galtier
Journaliste RTL

Coup d'arrêt dans la campagne de Nicolas Sarkozy. Alors qu'il était plus que jamais lancé dans la course à la primaire, le candidat à un deuxième mandat présidentiel a connu une semaine cauchemardesque, un peu plus d'un mois après sa déclaration de candidature. Habitué à gérer à la perfection l'agenda politique - dès la fin du mois d'août, Nicolas Sarkozy avait pris la main sur des débats comme le port du burkini ou la lutte contre le terrorisme -  il a cette fois été dépassé par les événements.

Les affaires dans lequel le nom de l'ancien président de la République est cité le rattrapent. Révélations de Médiapart sur l'hypothétique financement libyen de sa campagne de 2007, retour sur le devant de la scène de l'affaire Bygmalion... Il pourrait aussi être renvoyé devant les juges dans l'affaire des sondages de l'Élysée. Le scandale repose sur des soupçons de favoritisme de la part de l'Élysée au profit des sociétés de Patrick Buisson et Pierre Giacometti, ex-conseillers du président. À chaque jour, sa nouvelle révélation. Retour sur la semaine noire du challenger de la primaire de la droite.

Lundi 26 septembre : Bernard Squarcini, un proche en garde à vue

L'ancien patron du renseignement intérieur Bernard Squarcini, proche de Nicolas Sarkozy, a été placé lundi 26 septembre en garde à vue dans le cadre d'une instruction parisienne pour trafic d'influence et violation du secret d'instruction. Faux en écriture publique et usage, recel de violation du secret de l'instruction et atteinte au secret des correspondances par personne dépositaire de l'autorité publique sont d'autres chefs qui ont motivé sa mise en examen.

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Bernard Squarcini est notamment soupçonné d'avoir demandé en 2013 à Christian Flaesch, ancien directeur de la police judiciaire parisienne également mis en examen, des éléments sur une enquête conduite par le parquet de Paris après une plainte d'Hermès accusant LVMH d'avoir manœuvré en secret pour monter à son capital. Selon Le Monde, ces gardes à vue ont été menés en lien avec un rapport de 2013, qui montre que "Bernard Squarcini a mis à contribution son réseau de contacts dans la police afin de servir ses intérêts, ceux des entreprises pour lesquelles il travaillait et ceux de l’entourage de Nicolas Sarkozy, notamment informé des développements de l’affaire Cahuzac."

Mardi 27 septembre : Alain Juppé garde Nicolas Sarkozy à bonne distance

Mardi 27 septembre, à deux mois de la primaire de la droite, RTL dévoile un sondage Kantar Sofres - OnePoint montrant que le maire de Bordeaux repasse en tête dans les intentions de vote pour le premier tour et prend ses distances au second tour. Il s'agit de la première enquête réalisée après l'annonce officielle des sept candidats par la haute autorité de la primaire et la mise à l'écart de Hervé Mariton.

Alain Juppé l'emporterait avec 59% des voix au second tour de la primaire. Nicolas Sarkozy ne rassemblerait derrière lui que 41% des suffrages. Le maire de Bordeaux gagne ainsi quatre points au second tour par rapport aux précédentes enquêtes d'opinion. Au premier tour, les deux favoris seraient séparés de six points : 39% pour Alain Juppé contre 33% pour l'ancien président de la République. Ultime mauvaise nouvelle pour Nicolas Sarkozy : le discours d'Alain Juppé séduit de plus en plus d'électeurs de droite. Il gagne 7 points (30%) en comparaison à la vague précédente. Nicolas Sarkozy demeure stable et en tête avec 45%.

Mardi 27 septembre : un carnet de notes libyen capital

Mardi 27 septembre, un carnet de notes pourrait plonger Nicolas Sarkozy dans la tourmente. Le site d'investigation Médiapart  poursuit ses révélations sur le potentiel financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007. Et selon leurs informations, ce carnet, qui appartenait à l'ancien ministre du pétrole libyen de Mouammar Kadhafi, Choukri Ghanem, et authentifié par la police des Pays-Bas comme lui appartenant - révèle en langue arabe que le 29 avril 2007, soit une semaine avant l'élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République, trois versements d'un montant de 6,5 millions d'euros auraient été destinés à financer la campagne de Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur et président de l'UMP.

Choukri Ghanem
n'est aujourd'hui plus en mesure de s'expliquer. Il a été retrouvé mort noyé dans le Danube le 29 avril 2012, "soit le lendemain de la révélation de la note de Médiapart sur les 50 millions d'euros", précise, sur TMC, Fabrice Arfi, journaliste pour le site d'investigation. Médiapart avait révélé un "accord portant sur le soutien à la campagne électorale du candidat aux élections présidentielles, Monsieur Nicolas Sarkozy, pour un montant de 50 millions d’euros". La justice avait reconnu que la preuve apportée par le site d'investigation avait toutes les caractéristiques "d'un document officiel libyen".

Dans cette affaire, Claude Guéant, proche de Nicolas Sarkozy, avait été mis en examen pour "blanchiment de fraude fiscale", "faux" et "usage de faux". Les juges poursuivent leur enquête.

Mercredi 28 septembre : la revanche de Patrick Buisson ?

Mercredi 28 septembre, un livre est au centre des discussions dans le Paris politique : La Cause du peuple, l'histoire interdite de la présidence Sarkozy. Écrit par Patrick Buisson, le très discret et néanmoins influent ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, avec qui la guerre est déclarée depuis la révélation de l'affaire des enregistrements, l'ouvrage met en lumière les opinions tranchées, parfois tranchantes aussi, de l'ancien chef de l'État mais aussi les coulisses de ses décisions politiques.

Ainsi, l'ouvrage, basé sur des enregistrements dissimulés de Patrick Buisson, revient sur les violences constatées dans les manifestations anti-CPE en 2006. "Nous avions pris la décision de laisser les bandes de black et de beurs agresser les jeunes blancs aux Invalides, tout en informant les photographes de Paris Match, écrit Buisson. L'émotion fut en effet à son comble, après la publication de photos (...) dont l'opinion ne retiendrait qu'une chose : des hordes sauvages étaient entrées dans Paris". L'objectif d'après Patrick Buisson : décrédibiliser Dominique de Villepin, alors Premier ministre et ainsi reprendre la main en incarnant l'autorité. Nicolas Sarkozy était alors ministre de l'Intérieur.

Jacques ChiracFrançois FillonChristian Estrosi, tout le monde en prend pour son grade. Étonnamment, le parti avec lequel Nicolas Sarkozy est le plus conciliant est le Front national. "Les valeurs du Front national sont celles de tous les Français : c'est la manière dont le Front national les exprime qui est choquante. les Français n'aiment pas les plats trop pimentés qui emportent la gueule", cite Patrick Buisson. Rachida DatiBrice HortefeuxLaurent Wauquiez, et même Christian Estrosi se sont relayés dans les médias pour tenter d'éteindre l'incendie. Interrogé sur Europe 1 sur quelques extraits de ce livre, Nicolas Sarkozy a rétorqué que "cela ne l'intéressait pas".

Jeudi 29 septembre : diffusion du témoignage de Franck Attal dans Envoyé Spécial

Jeudi 29 septembre, Envoyé Spécial, le magazine de reportages de France 2, faisait sa rentrée avec Élise Lucet. Pour ce premier numéro, la journaliste a choisi de diffuser l'interview de Franck Attal, ancien directeur d'Event, la filiale événementielle de Bygmalion. La société de communication était chargée d'organiser les meetings de Nicolas Sarkozy pendant la campagne présidentielle de 2012. Des meetings responsables du dépassement phénoménal du budget de campagne autorisé par la loi.

Selon le témoignage de Franck Attal, Jérôme Lavrilleux, directeur de campagne adjoint de Nicolas Sarkozy en 2012, s'inquiétait d'un éventuel dépassement des frais de campagne (24 millions d'euros) à tel point qu'il lui aurait demandé de "déplacer la facturation" du compte de campagne de Nicolas Sarkozy vers l'UMP (18 millions d'euros de fausses factures). Ce qui est interdit par la loi. "Je réalise que la demande est folle et grave. J'ai une sensation qui me dit : "tu es piégé". Je sens qu'il y a un problème grave qui va commencer." Une version des faits que Nicolas Sarkozy conteste jusque-là.

Vendredi 30 septembre : révélation de l'emplacement des bureaux pour la primaire

La Haute autorité de la primaire des Républicains a dévoilé ce vendredi 30 septembre l'emplacement des 10.228 bureaux de vote (803 bureaux de plus qu'en 2011 pour la primaire socialiste), qui seront ouverts les 20 et 27 novembre, jours de scrutin.

Pour désigner l'emplacement de ces bureaux, l'organisation a pris appui sur les résultats de Nicolas SarkozyFrançois Bayrou et Nicolas Dupont-Aignan au premier tour de l'élection présidentielle de 2012. Un vrai jeu d'équilibriste que remportent les départements du Nord (364 bureaux), Paris (313) et les Bouches-du-Rhône. D'après Le Monde, "l’équipe de M. Sarkozy avait tenté de faire plutôt prendre en compte sa performance au second tour, ce qui aurait permis de minorer l’influence des voix centristes. Mais les autres candidats n’ont pas accepté." Une désillusion de plus cette semaine.

Une entrée en campagne tonitruante le 24 août

Après la publication de son livre Tout pour la France le 24 août, et sa participation au 20 Heures de TF1 dans la foulée, l'ancien chef de l'État a mouillé la chemise au sens propre (au Touquet le 28 août) comme au sens figuré. Sept jours entier durant lesquels il a occupé l'espace médiatique - il était le premier invité politique de RTL de la saison le 29 août - a dégainé ses propositions et évoqué ses adversaires (sans trop les nommer). 

L'agitation et l'engouement des militants autour de cette candidature attendue mais événement - un Président battu ne s'étant jamais représenté après une défaite depuis Charles de Gaulle - peuvent-ils s'inscrire dans la durée ? Nicolas Sarkozy, fin tacticien et communicant hors-pair, en a-t-il encore sous la pédale ? Chez les adversaires comme chez les proches, on commence à en douter.

Malgré les doutes, Nicolas Sarkozy reste à l'offensive

Visiblement, l'heure est à la remise en question. D'après Pauline de Saint-Rémy, journaliste à RTL, "le doute est en train de s'immiscer chez les soutiens de Nicolas Sarkozy. Il y a peu encore, ils se voyaient comme le coq gaulois qui fait chuter les All Blacks au rugby. Il en est au moins un - un membre du tout premier cercle de l'ancien président de la République - qui est désormais gagné par l’inquiétude." Les meetings seront-ils suffisants pour galvaniser l'ensemble des électeurs ?

Dans les colonnes du MondeJean-François Copé, candidat à la primaire, n'y croit pas. "Copé mise sur l'effondrement de Sarkozy", décrypte Alba Ventura, éditorialiste à RTL. Bien sûr, l'ancien chef de l'État va mettre toute son énergie à prouver le contraire. À commencer par défier Alain Juppé à Marseille le 27 octobre. En effet, selon La Provence, ce jour-là, les deux candidats prendront la parole à cinq kilomètres d'écart. Nicolas Sarkozy jouera donc la carte offensive jusqu'au 27 novembre.

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