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Primaire de la gauche : les 3 similitudes entre Manuel Valls et Nicolas Sarkozy

DÉCRYPTAGE - L'ancien premier ministre se pose en candidat de la société du travail. Un argument qui fait sensiblement écho à la stratégie utilisée par Nicolas Sarkozy

Nicolas Sarkozy et Manuel Valls, en meeting
Nicolas Sarkozy et Manuel Valls, en meeting Crédit : AFP
MariePierreHaddad75
Marie-Pierre Haddad
Journaliste RTL

Plus que quelques jours avant le dénouement. Dimanche 29 janvier, Benoît Hamon ou Manuel Valls sera élu pour représenter la gauche à l'élection présidentielle. La campagne pour la primaire de la Belle alliance populaire s'est construite autour de quatre débats au cours desquels l'ancien premier ministre a dû faire face aux attaques des anciens membres de son gouvernement. Afin de s'imposer rapidement dans la campagne (il s'est déclaré le 5 décembre dernier ndlr), Manuel Valls a misé sur un programme se concentrant sur le travail et la réconciliation de la gauche. 

Lors du débat de l'entre-deux tours, l'ancien premier ministre a assuré qu'il était le "candidat de la feuille de paie", contrairement à Benoît Hamon qu'il qualifie de candidat de la "feuille d'impôt". Candidat représentant le gouvernement sortant, Manuel Valls a-t-il fait du Nicolas Sarkozy ? 

1. La sécurité, un élément central du discours

La question peut surprendre mais tout au long de la campagne pour la primaire de la droite et du centre, et celle de la gauche, les deux candidats ont utilisé les mêmes arguments. Ce n'est pour une nouveauté. En 2014, Manuel Valls était décrit comme étant le "Sarkozy de la gauche" ou le "socialiste de la droite". "On retrouve dans les trajectoires de ces deux hommes politiques des similitudes. Ils ont tous les deux voulus briser les codes de leur camp respectif", note Bruno Cautrès, politologue au Cevipof joint par RTL.fr.

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En effet, Nicolas Sarkozy s'est démarqué en faisant "des sujets de l'autorité, l'identité nationale, la fierté d'être Français, le cœur de son discours". En janvier 2007, celui qui venait d'être investi par l'UMP pour être candidat à la présidentielle rendait hommage à ceux qui l'ont aidé à se construire : "Ils m'ont enseigné, à moi petit Français au sang mêlé, l'amour de la France et la fierté d'être français. Cet amour n'a jamais faibli et cette fierté ne m'a jamais quitté", déclarait-il lors d'un déplacement à Nîmes, comme le rappelle Le Figaro. Un an auparavant, il affirmait : "Nous n'avons pas à rougir de la France". 

Chez Manuel Valls, on retrouve l'envie de vouloir instaurer un élan de modernité dans sa famille politique. En août 2014 - il était alors premier ministre -, il déclarait haut et fort à l'université d'été du Medef : "Moi, j'aime l'entreprise". Il en avait également profité pour expliquer qu'"opposer la gauche et le monde de l'entreprise, c'est un vieux refrain (...) Notre pays a besoin de sortir des postures, des jeux de rôles auxquels nous sommes tellement habitués", rapporte Libération. Bruno Cautrès rappelle que le candidat à la primaire de la gauche était proche de l'idéologie de Michel Rocard. "C'était un rocardien à l'époque où le Parti socialiste était géré par des mitterrandiens. Il faisait partie d'une culture minoritaire". Et tout comme Nicolas Sarkozy, il multiplie les références à ses origines, espagnoles : "Moi, je veux une France fière, fière de ce qu’elle est, fière de sa diversité, fière aussi de son métissage, le métissage n’étant pas l’oubli des origines des uns et des autres. C’est ce que je veux porter et incarner : une France fière et heureuse", confiait-il dans un long entretien à Libération.

2. Une société du travail

Sur le travail aussi, Nicolas Sarkozy et Manuel Valls ont des arguments qui se recoupent. Nicolas Sarkozy expliquait en 2007 qu'il fallait "travailler plus pour gagner plus". 

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Plus récemment, lors de cette campagne présidentielle de 2017, l'ancien président de la République a remis au goût du jour son slogan. À l'antenne de RTL, il indiquait en août 2016 : "Naturellement, l'augmentation du temps de travail passera par 36 heures payées 36, 37 payées 37, 38 payées 38. C'est travailler plus pour gagner plus, pas pour gagner moins".

Manuel Valls vante quant à lui les mérites de la "société du travail". Lors du débat face à Benoît Hamon, le 25 janvier, il assurait que "la gauche, c'est le rapport au travail, à l'industrie et la création". Et de poursuivre : "Je tire aussi les leçons de ce que l'on me dit depuis cinq ans (...) La mesure de supprimer la défiscalisation des heures supplémentaires s'était traduite par la perte de pouvoir d'achat". "Parler du travail comme il le fait, c'est très 'Nicolas Sarkozy'. Manuel Valls est dans une posture qui rappelle celle de l'ordre, c'est-à-dire que le travail est vectur de dignité. Il est important de noter que, contrairement à Benoît Hamon, il n'aborde pas le sujet des conditions de travail", analyse Bruno Cautrès, qui souligne par ailleurs que l'ancien premier ministre veut remettre en place la défiscalisation des heures supplémentaires, mesure mise en place par Nicolas Sarkozy. 

3. Une expérience de l'État, un point central dans leur argumentaire

Les deux candidats ont mis en avant leur expérience à la tête de l'État et du gouvernement. "C'est une posture que l'on va retrouver facilement chez des candidats, sortants". Manuel Valls a insisté tout au long de la campagne pour mettre en avant son bilan à la tête du gouvernement de François Hollande. Après avoir été giflé par un jeune homme de 18 ans lors d'un déplacement en Bretagne, il expliquait : "Je suis celui qu'on vise dans cette campagne, bien évidemment, parce que j'ai été aux responsabilités, parce que j'ai dû prendre des décisions difficiles, comme ministre de l'Intérieur et comme premier ministre".

En novembre 2016, Nicolas Sarkozy estime, dans un entretien à 20 Minutes, que "les temps sont difficiles, les défis sont immenses. Il faut de l’expérience, de l’énergie. J’ai appris de mes échecs et de mes succès. Je veux être le candidat de la réalité. Je ne me résous pas à ce que le pays soit dans la situation actuelle. "Ils sont tous les deux dans l'idée de s'imposer et de bousculer. Mais ils ont évidemment des divergences. Manuel Valls n'a pas le même rapport à la puissance et l'argent que Nicolas Sarkozy. L'ancien premier ministre est plus austère, et il veut presque l'incarner physiquement. Lorsqu'il était à la tête du gouvernement, il est toujours habillé de la même façon avec ce long trench noir. Et enfin, il est important de rappeler qu'il n'a pas le côté extravertie de Nicolas Sarkozy", conclut Bruno Cautrès.

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2017-01-27 07:00:00
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