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Primaire de la gauche : ce qu'il faut retenir du débat Hamon-Valls

ÉCLAIRAGE - Les deux finalistes de la primaire de la Belle alliance populaire se sont affrontés une dernière fois avant le deuxième tour, dimanche 29 janvier.

Benoît Hamon et Manuel Valls, lors du débat de l'entre-deux tours
Benoît Hamon et Manuel Valls, lors du débat de l'entre-deux tours
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Romain Renner
Journaliste RTL

Les dés sont très probablement jetés. Manuel Valls et Benoît Hamon ont débattu ensemble, ce mercredi 25 janvier, à quelques jours du second tour de la primaire de la gauche, dimanche 29 janvier. Les deux hommes, qui se sont affrontés par média interposé depuis l'annonce du résultat du premier tour, ont enfin eu l'occasion d'en découdre. Depuis dimanche dernier, Manuel Valls s'est montré très offensif, estimant notamment que la victoire de Benoît Hamon à la primaire ouvrirait la voie à une "défaite assurée". L'ancien premier ministre a également considéré que son concurrent formulait "des promesses irréalisables et infinançables".

"Est-ce que la gauche c'est plus d'impôts, plus de déficits, une gauche où l'on distribue la même allocation à tous ? Je ne veux pas enfermer la gauche dans l'irréalisme, l'illusion", avait ajouté celui qui est arrivé en deuxième position du premier tour (31,48%). Les deux hommes ont pu développer leurs idées concernant, entre autres, l'emploi, la société, la laïcité, l'environnement et la place de la France dans le monde.

Deux gauches très différentes sur le plan économique

Sur le fond, ce troisième débat n'a pas apporté d'éclairage nouveau sur les projets des candidats. L'opposition de deux hommes, au lieu de sept lors des trois dernières émissions consacrées à la primaire, a toutefois permis de mettre en lumière sans ambiguïté l'opposition entre deux gauches. Manuel Valls, qui a rapidement pris le rôle du défenseur du bilan du quinquennat Hollande, a une nouvelle fois mis l'accent sur "la société du travail" qu'il souhaite défendre, soulignant la nécessité d'aider les entreprises et de rendre du pouvoir d'achat aux Français. Deux de ses positions économiques ont particulièrement souligné cette différence : la défiscalisation des heures supplémentaires, mise en place par Nicolas Sarkozy mais annulée par François Hollande, et son opposition au revenu universel, proposé par Benoît Hamon. "Distribuer la même chose à tout le monde s'éloigne de l'idée que je me fais et que les Français se font du travail, a-t-il commenté (...) Au contraire, nous devons inciter au travail. Il fait passer un message terrible : on renonce à la société du travail et on accepte le chômage (...) Et le coût est exorbitant".

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L'ancien premier ministre a exprimé sa crainte de voir un revenu universel qui se traduirait par une hausse des impôts. Un avis exprimé par Arnaud Montebourg, qui a pourtant choisi de soutenir Benoît Hamon, lors d'un précédent débat. "Je suis le candidat de la feuille de paie (une formule utilisée par Arnaud Montebourg durant la campagne, ndlr). Je ne veux pas que Benoît Hamon soit celui de la feuille d'impôts", a ajouté Manuel Valls. Benoît Hamon a opposé à son contradicteur la nécessité d'aider "les agriculteurs" et "les startupers", deux catégories de travailleurs qui sont, selon lui, favorables à cette mesure pour leur permettre de s'assurer un revenu décent.

Interrogés sur le sujet de la dette et le poids qu'elle va peser sur les générations futures, les deux hommes ont à nouveau fait la démonstration de leur opposition idéologique. Lorsque Benoît Hamon a évoqué la nécessité d'une révolution écologique qui permettra de protéger la santé "de nos enfants", Manuel Valls s'est appliqué à démonter méthodiquement le projet de son concurrent (semaine de 32 heures, effacement de la dette, renoncement à la règle des 3%, etc) et taclé son absence de "crédibilité". Le nouveau favori de la primaire (36,03% au premier tour) a repris la parole pour souligner que la hausse de la dépense publique ne se ferait pas à perte mais constituerait "un investissement", sans augmentation des impôts.

Deux visions de la laïcité

Le débat qui s'est engagé sur la laïcité a mis en avant deux interprétations de loi de 1905. Benoît Hamon a dénoncé une "instrumentalisation de la laïcité" et de préciser : "Là où le voile est imposé à une femme, nous devons tout mobiliser pour que cette femme ne soit pas soustraite aux regards des hommes en raison d'un dogme. Mais là où une femme décide de porter un foulard islamique, peu importe ce que nous pensons. Elle est libre de le faire".

Manuel Valls a, lui, insisté sur la nécessité d'interdire le port du voile à l'université. "J’ai vu la montée des communautarismes, des fondamentalismes (..) J’ai voté la loi de 2010 contre la burqa, le voile intégral (...) il ne peut y avoir le moindre accommodement. Il faut être capable d’y répondre par un combat très déterminé", a-t-il expliqué.

Manuel Valls se présente en homme d'État

Manuel Valls a régulièrement vanté les mérites des décisions prises avec François Hollande - sans le nommer - et assumé le bilan du quinquennat. Une situation qui a permis à l'ancien premier ministre de cultiver la stature d'homme d'État vantée par ses soutiens. En citant à plusieurs reprises ses anciens ministres (Jean-Yves Le Drian, Bernard Cazeneuve...) et en rappelant plusieurs fois qu'il avait eu à faire des choix "en tant que premier ministre", Manuel Valls a également tenté de mettre en avant une expérience dont ne dispose pas son concurrent.

Le choix de sa carte blanche - une minute durant laquelle les deux débatteurs pouvait mettre en avant une proposition - est alors apparu comme particulièrement stratégique. Manuel Valls a choisi d'évoquer deux propositions pour l'Afrique, "notre grand défi de demain" : consacrer 0,7% du PIB à l'aide au développement du continent et la mise en place d'un "Erasmus, sous un autre nom, avec l'Afrique". Il est communément admis que la politique étrangère est la prérogative du chef de l'État.

De son côté, Benoît Hamon a évoqué "les politiques culturelles", et notamment la rémunération des auteurs par le biais de la mise en place d'un "statut des artistes". Une prise de position, là encore, très réfléchie. La culture est un domaine traditionnellement associé à la gauche et n'a jamais été abordé au cours des trois précédents débats. Cette proposition a permis à Benoît Hamon de renforcer son image de candidat le plus à gauche de cette primaire.

François Fillon, la cible commune

Sans surprise, et comme cela a déjà été le cas lors des précédents débats, Benoît Hamon et Manuel Valls ont plusieurs fois taclé la candidature de François Fillon. L'ancien ministre de l'Éducation nationale s'est posé en opposant à "la droite dure" incarnée par l'ancien premier ministre (2007-2012). Manuel Valls a utilisé sensiblement les mêmes mots, affirmant par deux fois que François Fillon voulait "supprimer 500.000 (postes de) fonctionnaires et détruire le modèle social".

Le député de Paris a été plus ciblé que Marine Le Pen, autre favorite des sondages pour le premier tour de la présidentielle. Benoît Hamon a toutefois lourdement attaqué la candidate du Front national, dont il a jugé le projet "xénophobe et nationaliste".

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La présentation de Manuel Valls et Benoît Hamon - Débat du second tour de la primaire de la gauche Crédit Image : Capture d'écran France 2 | Crédit Média : France 2 | Date :
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