7 min de lecture Présidentielle 2017

Penelope Fillon, sarkozystes, programme santé… Les deux mois très compliqués de Fillon

ÉCLAIRAGE - Malgré sa victoire nette au soir du second tour de la primaire de la droite, le candidat à la présidentielle peine à susciter l'engouement. À cela viennent désormais s'ajouter les soupçons dont il fait l'objet.

François Fillon lors de son discours d'investiture par le parti Les Républicains, le 14 janvier à Paris
François Fillon lors de son discours d'investiture par le parti Les Républicains, le 14 janvier à Paris Crédit : Thomas SAMSON / AFP
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Ludovic Galtier
Journaliste RTL

Une élection imprévisible. Deux mois après sa désignation par les électeurs de droite et du centre comme candidat à la présidentielle, François Fillon dévisse. Le temps de l'euphorie suscitée par sa large victoire le 27 novembre dernier paraît bien loin. Les tensions internes des Républicains, réconciliés et rassemblés seulement en apparence, et l'affaire Penelope Fillon sont depuis passées par là. De quoi altérer les ambitions de l'homme fort de la droite. En quelques jours à peine, il décroche de quatre points dans les intentions de vote. Pis, il perd 16 points d'opinions favorables par rapport à début novembre, selon un sondage Odoxa réalisé pour BFMTV, après les révélations du Canard Enchaîné.

Malgré la zone de turbulence qu'il traverse, François Fillon n'a pas l'intention de mettre sa campagne entre parenthèses. Au contraire, il projette de la relancer devant plus de 10.000 personnes à la Villette ce dimanche 29 janvier. Calé à l'agenda du candidat bien avant les révélations du journal satirique, ce grand rendez-vous, organisé le même jour que le second tour de la primaire du Parti socialiste et ses alliés, était comparé au discours du Bourget de François Hollande par les observateurs. Impossible en revanche de comparer les contextes. Quand l'un montait en puissance, l'autre est empêtré dans les affaires. Se dirige-t-on alors vers un rendez-vous raté ?

Depuis sa désignation, les obstacles entre François Fillon et l'Élysée s'accumulent. Récit de deux mois de campagne tout sauf tranquilles pour celui qui arbore malgré tout le dossard du favori.

27 novembre 2016 : Fillon écrase Juppé

Dimanche 27 novembre 2016, soir de fête à la Maison de la Chimie, à Paris. Les fidèles de François Fillon sabrent le champagne et savourent. Le député de Paris vient d'être désigné, avec la manière, candidat des Républicains à la présidentielle. La victoire est aussi belle qu’inattendue. Longtemps écarté du duel annoncé entre Alain Juppé et Nicolas Sarkozy, François Fillon a bénéficié d'une excellente dynamique dans les derniers jours de la campagne et finalement écrasé ses deux adversaires, avec plus de 44% des voix au premier tour et plus de 66% des suffrages au second face au maire de Bordeaux.

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Une victoire dont la portée médiatique ne sera que de courte durée. C'est, en effet, au cours de cette soirée festive pour la droite que l'agenda s'accélère soudainement à gauche. Les rédactions se mettent en branle, elles apprennent que Manuel Valls est sur le point de quitter Matignon pour se lancer dans la course à la primaire, avant même que François Hollande n'annonce sa décision de renoncer ou non à l'Élysée. L'histoire dira qu'il s'agit là d'un ultime coup de pression de Manuel Valls à l'égard du chef de l'État, l'invitant à rendre sa décision au plus vite. Avec cette information qui fait l'effet d'une bombe dans le microcosme politique, la sensation François Fillon est reléguée au second plan à peine quelques heures après sa victoire. La première d'une série de déconvenues pour l'ancien premier ministre.

L'organigramme fatal aux sarkozystes lui est reproché

Après la consécration de sa ligne politique, mettre le parti en ordre de marche derrière sa candidature était l'ambition de François Fillon. Le candidat de la droite a ainsi constitué son équipe de campagne en tentant de rassembler son camp et mobiliser toutes les forces vives du parti. Et la première décision a coûté la tête des Républicains au sarkozyste Laurent Wauquiez. Bernard Accoyer a, en effet, été préféré à celui qui officiait comme président par intérim après la candidature de Nicolas Sarkozy à la primaire. Finalement nommé vice-président des Républicains, le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes est mécontent de l'organigramme de campagne de François Fillon, une équipe dite de "rassemblement".  Il note que les sarkozystes sont peu représentés et parle même d'une "purge méthodique".

Une réorganisation qui s'accompagne d'une série de petites humiliations, selon Pauline de Saint-Rémy, journaliste politique à RTL. "Frédéric Péchenard, par exemple, ancien directeur général de la Police nationale, un intime de Nicolas Sarkozy, n’a pas été prévenu en personne de son éviction de la direction générale du parti", raconte-t-elle. Une ambiance qui met bien sûr à mal l'unité supposée du parti. Les premières attaques internes aux Républicains ont fusé. Comme on peut le noter dans les propos de Laurent Wauquiez sur RTL : "Un projet présidentiel en 2017, ça ne peut pas être que du sang et des larmes (...) Ça ne peut pas être 39 heures payées 35".

La hache de guerre est déterrée avec Rachida Dati

Et puis le temps de penser aux législatives est venu. Nathalie Kosciusko-Morizet, ancienne candidate à la primaire ralliée à Alain Juppé dans la dernière ligne droite de la campagne, a décroché, à la surprise générale, la circonscription de François Fillon, député de Paris. Une circonscription "imperdable" par la droite, pourtant acquise quelques semaines plus tôt à la sarkozyste Rachida Dati. L'ancienne garde des Sceaux ne digère toujours pas cet affront. "Si Fillon donne sa circo à NKM, ce sera la guerre, et, faites gaffe, j'ai des munitions, je vais lui pourrir sa campagne", aurait ainsi déclaré Rachida Dati, selon Le Canard Enchaîné.

"La première décision de François Fillon n'est donc pas de revoir la réforme de la Sécurité sociale mais de nommer Nathalie Kosciuszko Morizet, s’est-elle indignée dans les colonnes du Parisien le 19 janvier. Voilà une drôle de personnalité qui va d'échec en échec, de parachutage en parachutage, de trahison en trahison, même vis-à-vis de François Fillon, qu'elle a traité de misogyne et de sexiste, et c'est cette personne qu'il récompense ! Quel signal !"

François Fillon a tout de même réussi à ne pas fâcher tout le monde. Contrairement aux soutiens de l'ancien président, les autres anciens candidats à la primaire sont plutôt bien pourvus. Bruno Le Maire, soutien de François Fillon dès lors qu'il a été éliminé le 20 novembre, a été récompensé. En rentrant dans le rang, l'ancien candidat à la primaire a obtenu le poste de représentant de François Fillon pour les Affaires européennes et internationales et peut donc espérer un portefeuille ministériel. Chez les juppéistes, Gilles Boyer et Benoist Apparu ont respectivement été nommés trésorier et porte-parole de François Fillon.

Un programme santé remis sur la table après les contestations

Outre les dissensions humaines, François Fillon a un boulet au pied : ses intentions pour la Sécurité sociale. "Pour assurer la pérennité de notre système de santé, je propose de (...) focaliser l'assurance publique universelle sur des affections graves ou de longue durée, et l'assurance privée sur le reste. Les moins favorisés ne pouvant accéder à l'assurance privée bénéficieront d'un régime spécial de couverture accrue". Cette proposition a agité la classe politique et déboussolé bon nombre de Français. Elle a été retirée du site internet du candidat le 13 décembre. Quinze jours après son élection, François Fillon, qui estimait pourtant défendre un programme solide et sérieux pendant la primaire de la droite, réalise là son premier rétropédalage.

Son conseiller spécial, Jérôme Chartier, le confirme à demi-mot le 18 décembre au micro du Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI : François Fillon remet à plat son programme santé, qui prévoyait notamment de réduire de 20 milliards d'euros sur la durée du quinquennat les dépenses de santé et de supprimer l'aide médicale d'État. Sur le fond en revanche, impossible de savoir ce qui change concrètement, si les distinguos "gros risque-petit risque" ou "maladie longue-maladie courte", sont conservés par le candidat. Dans la première version du programme de François Fillon, le risque était l'un des critères dans le remboursement par la Sécurité sociale.

Le coup de théâtre de l'affaire Penelope Fillon

Voilà que les affaires s'en mêlent. Son épouse, Penelope Fillon, aurait-elle touché des centaines de milliers d'euros pour des tâches minimes ou fictives ? C'est ce que laisse entendre le Canard enchaîné dans son édition du mercredi 25 janvier 2017. Depuis cette date, toute la campagne du candidat de droite, qui avait fait de la probité sa ligne de conduite, tourne autour de cette affaire.

Droit dans ses bottes, François Fillon nie les faits. Invité du 20 Heures de TF1 jeudi 26 janvier, l'ancien premier ministre a défendu son épouse. "Elle travaille pour moi depuis longtemps. (...) Son travail est réel. Il n'y a pas le moindre doute. Elle a travaillé comme assistante parlementaire pour moi pendant des années", a-t-il martelé. Sa défense n'a toutefois pas toujours été pertinente, puisque sur ce même plateau, il a révélé avoir employé deux de ses enfants alors qu'il était sénateur, pour des "missions précises" et "en raison de leurs compétences". Seul problème : ses enfants n'étaient pas encore avocats lorsque François Fillon siégeait sur les bancs du palais du Luxembourg.

Quel destin pour la candidature de François Fillon ?

S'il a mis en balance sa candidature au cas où il venait à être mis en examen dans cette affaire et que Mediapart l'accuse d'avoir bénéficié de fonds publics détournés au Sénat, François Fillon s'apprête à vivre un meeting sous tension ce dimanche 29 janvier. Devant une dizaine de milliers de militants acquis à sa cause et en présence de Penelope Fillon, il ne pourra pas ne pas évoquer les affaires qui le rattrapent.

Il s'attachera sans doute surtout à développer le fond, le programme, seul terrain sur lequel il peut convaincre. Et peut-être en dire davantage sur son projet pour la Sécurité sociale. Invité du Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI le 22 janvier, Bruno Retailleau, patron des sénateurs LR et proche du candidat, assurait que François Fillon indiquerait "très prochainement" pour quelles orientations précises il a opté pour son programme santé. En deux mois, l'ancien premier ministre est passé du statut de favori incontestable à la présidence de la République à celui de favori en sursis. L'enjeu pour lui maintenant est de réussir à inverser la tendance.

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