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Présidentielle 2017 : Fillon peut-il grignoter des voix au Front National ?

DÉCRYPTAGE - Conservateur sur les questions sociales et sociétales, le député de Paris pourrait séduire des électeurs partagés entre droite traditionnelle et Marine Le Pen.

Marine Le Pen et François Fillon
Marine Le Pen et François Fillon
Crédit : AFP
Ludovic Galtier
Ludovic Galtier

Il était qualifié d'éternel second par ses pairs. Au sein de la classe politique, peu sont ceux qui pronostiquaient la vague François Fillon qui a déferlé au soir du premier tour de la primaire. Dans le livre confession, Un président ne devrait pas dire ça..., François Hollande jugeait que l'ancien premier ministre n'avait "aucune chance"Nicolas Sarkozy, éliminé dès le premier tour du scrutin, n'était pas plus optimiste à propos des chances de victoire de son ancien "collaborateur".

Si rien n'est joué pour François Fillon, - il doit remporter le second tour du scrutin, le 27 novembre prochain - la dynamique est dans son camp. Et à quatre jours de l'échéance, le député de Paris, dont les soutiens de l'extrême droite sont brocardés par Alain Juppé, a un avantage certain pour le second tour. Une victoire de François Fillon peut-elle changer la donne à droite et perturber les plans de Marine Le Pen pour la présidentielle ? Son discours et sa stratégie empiètent-ils sur le terrain du Front national ?

"Je prie le ciel pour que l'on dise beaucoup de mal de nous"

48 heures après la percée inattendue de François Fillon, Gilbert Collard n'a pas paru étonné de l'ordre du trio de tête. "Je pensais que François Fillon serait en tête, affirme-t-il à RTL.fr. Mais pas avec un tel avantage. Je pensais que la propagande juppéiste allait avoir un effet contraire : les médias produisent un contre-effet. C'est pourquoi je prie le ciel pour que l'on dise beaucoup de mal de nous, c'est du pain bénit".

Les proximités de François Fillon avec Sens commun, l'émanation politique de la Manif pour tous, inquiètent-t-elles l'avocat ? "François Fillon n'était pas là" lors du dernier défilé de la Manif pour tous à Paris le 16 octobre, riposte instantanément Gilbert Collard. "Les seuls à vouloir abroger la loi Taubira, c'est nous." Ce que propose François Fillon constitue, selon lui, un "artifice" (le candidat Les Républicains prévoit d'interdire l'adoption plénière pour les couples homosexuels, ndlr). "Il veut donner l'impression qu'il fait quelque chose, il faut être juriste pour comprendre la différence entre adoption simple et adoption plénière (contrairement à l'adoption simple, l’adoption plénière est une forme d'adoption qui, à l'opposé de l'adoption simple, rompt tout lien de filiation entre l'enfant et ses parents biologiques, ndlr), répète le collègue de Marion Maréchal-Le Pen.

Le danger avec Fillon, c'est l'escroquerie électorale

Marion Maréchal-Le Pen
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La députée du Vaucluse partage l'analyse de son homologue à l'Assemblée nationale. "Fillon ne souhaite pas remettre en cause le mariage homosexuel et l'adoption alors que le FN veut l'abrogation de la loi sur le mariage homosexuel et un Pacs amélioré. La loi Leonetti a été votée par Fillon. Le FN s'y est opposé. Il dit qu'il est favorable à une alliance avec la Russie alors qu'il a dit qu'il était plus proche d'Hillary Clinton que de Trump. Il faut parler des projets et ne pas être dans une contre-campagne", déclare-t-elle devant l'Association des journalistes parlementaires mercredi 23 novembre.

La nièce de Marine Le Pen passe à l'offensive contre le député de Paris et dénonce ses "mensonges" : "Le danger avec Fillon, c'est l'escroquerie électorale. Qu'après celle de 2007, il y ait celle de 2017. Qu'il ne soit pas souverainiste, réformateur, identitaire et libéral. Il y aurait beaucoup à dire et à contredire. Avec Juppé, on était face à un adversaire clair. Ça aurait été un avantage. Là, Fillon va surfer sur ces sujets-là. Il va falloir déconstruire cette manœuvre politique. Cela ajoute une complexité supplémentaire pour nous."

L'électorat frontiste ne trouvera pas son compte dans le programme ultralibéral de Fillon

Jean-Yves Camus, politologue spécialiste de l'extrême droite, à RTL.fr

Si Marion Maréchal-Le Pen entend démonter la tactique de François Fillon, un "programme ultralibéral" les sépare, selon le politologue associé à l'Iris, Jean-Yves Camus. "Certes, on a un candidat qui va sur les terrains des valeurs, de la famille, qui se sert de son expression publique pour faire part de ces convictions religieuses. Mais en même temps, l'électorat frontiste ne trouvera pas son compte dans le programme ultralibéral de François Fillon, explique-t-il à RTL.fr. Le Front national a percé auprès des agents du service public et Fillon veut en supprimer, et pas qu'un peu. L'électorat du FN est composé d'ouvriers, de précaires, mis à mal par la globalisation. Fillon veut bouleverser le modèle social, qui leur permet de sortir la tête de l'eau. Ils ne s'y retrouveront pas".

Lors du discours de François Fillon à Chassieu, près de Lyon (Rhône), le 22 novembre, Jean-Yves Camus a noté que "François Fillon s'est réclamé de Raymond Barre : une référence à droite très 'plan plan'. François Fillon représente la droite très pépère, ça ne renverse pas la table, estime le politologue. Les électeurs du FN partagent l'argument de Marine Le Pen, visant à dire que l'ensemble des candidats à la primaire de la droite avaient déjà servi. Voter Fillon, ça ne colle pas avec le changement de système politique qu'ils appellent de leurs vœux."

Nouvelle illustration avec un tweet de Gilbert Collard le 22 novembre. "Fillon, Juppé : les vieux de la vieille", écrit-il. "François Fillon a été cinq fois ministre, premier ministre de Nicolas Sarkozy pendant cinq ans. Comme à Nicolas Sarkozy ou Alain Juppé, l'état de la France lui est imputable", enchaîne le député du Gard auprès de RTL.fr.

8% des électeurs du premier tour de la primaire se revendiquaient du Front national. Pour Jean-Yves Camus, c'est "marginal". "Une vraie compétition pour le pouvoir, un vrai duel des droites est en marche, explique-t-il. La primaire de la droite n'est définitivement pas la primaire des électeurs du Front national".

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