3 min de lecture Chômage

Pourquoi Muriel Pénicaud veut-elle s'affranchir des chiffres mensuels du chômage ?

ÉCLAIRAGE - La ministre du Travail souhaite s'appuyer sur des données jugées plus "fiables" pour évaluer l'évolution du chômage en France.

Muriel Pénicaud, ministre du Travail, le 28 juin 2017
Muriel Pénicaud, ministre du Travail, le 28 juin 2017 Crédit : GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP
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Camille Kaelblen
Journaliste

Limiter le bavardage au profit des analyses : voilà la volonté revendiquée par Muriel Pénicaud. Invitée de RTL le 28 juin, la nouvelle ministre du Travail a réaffirmé qu'elle ne souhaitait pas commenter les chiffres mensuels du chômage. Selon elle, ces données ne sont "pas vraiment pertinentes" et "ne représentent pas la réalité". 

La ministre souligne la fragilité de ces données publiées chaque mois. Dans un communiqué publié le 24 mai, Muriel Pénicaud précisait que "le nombre de personnes inscrites à Pôle emploi [...] peut être affecté, chaque mois, par différents événements de nature administrative, entraînant une fluctuation des inscriptions qui ne reflète pas bien l'évolution du marché du travail".

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Chômage : Muriel Pénicaud "refuse de commenter" les chiffres mensuels Crédit Image : Frédéric Bukajlo pour RTL / SIPA | Crédit Média : RTLnet | Date :

Quel problèmes posent les chiffres du chômage actuels ?

Dans ce communiqué, le ministère du Travail fait référence à un phénomène qui s'était notamment produit en septembre 2013, et qui avait eu des conséquences directes sur le calcul du taux de chômage. L'opérateur téléphonique SFR, victime d'un "bug", avait annulé l'envoi d'un SMS aux inscrits à Pôle Emploi qui leur demandait de mettre à jour leur situation. Cette erreur technique avait fait artificiellement chuter le nombre de chômeurs de 50.000 personnes par rapport au mois précédent.
Au-delà de ces dysfonctionnements ponctuels, la mesure du chômage se heurte à un autre problème : en France, il existe deux manières de définir et de calculer le taux de chômage. D'un côté, Pôle Emploi comptabilise le nombre de demandeurs d'emplois inscrits auprès de ses services selon une classification très précise mise à jour chaque mois : catégorie A (sans activité), B et C (demandeurs d'emploi exerçant une petite activité).

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De l'autre, l'Insee publie tous les trois mois son calcul du taux de chômage dans la population active, fruit d'une enquête auprès d'un panel représentatif d'environ 110.000 individus. L'institut des statistiques définit quant à lui un chômeur comme "une personne de 15 ans et plus n'ayant pas travaillé au cours de la semaine de référence, disponible pour travailler dans les deux semaines qui suivent et en recherche active de travail".

Quel intérêt y'a-t-il à changer la méthode d'évaluation du chômage ?

Chaque organisme disposant de sa propre définition du chômage, il arrive que certains individus comptabilisés comme chômeurs par l'un n'entrent pas dans les critères de l'autre. Résultat : alors que l'INSEE comptabilise 13.000 chômeurs supplémentaires par rapport à 2012, Pôle Emploi en recense 570.000 de plus

Ces divergences de méthodes et de résultats créent automatiquement un flou politique autour de l'évolution du chômage. En mars 2014, alors que les chiffres fournis par Pôle Emploi indiquaient une hausse de 31.500 demandeurs d'emploi, Michel Sapin, alors ministre du Travail, avait remis en question les méthodes de calcul de Pôle Emploi, d'ailleurs placé directement sous l'autorité du ministère, et avait préféré évoquer les chiffres fournis par l'Insee.

En se refusant à commenter chaque mois les chiffres du chômage, Muriel Pénicaud souhaite éviter de s'enfermer dans un tunnel de chiffres "volatils" et difficiles à interpréter. Cette stratégie de démarcation par rapport à ses prédécesseurs s'inscrit plus largement dans la volonté de l'exécutif de se montrer compétent et innovant.

Quelles données seront désormais scrutées ?

Dans le communiqué adressé par son ministère, la ministre a fait savoir qu'elle souhaitait "mieux éclairer le débat public à l'avenir". Lors de son interview au micro de RTL, elle a précisé que plusieurs "études approfondies" sur l'ensemble du marché du travail seraient publiées en août et donneraient lieu à un "grand rendez-vous" sur ce sujet. Elle a précisé avoir d'ores et déjà désigné un groupe d'experts qui lui feront des recommandations à chaque trimestre et promis "plus de chiffres beaucoup plus pertinents et intéressants à discuter".

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