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Photomontage, crachats, crèche de Noël... Robert Ménard, maire ès polémiques

DÉCRYPTAGE - Depuis son élection, Robert Ménard multiplie les provocations et les mesures polémiques dans sa ville de Béziers.

Robert Ménard, le maire de Béziers
Robert Ménard, le maire de Béziers
Aymeric Parthonnaud & Benjamin Hue

Depuis son élection à la mairie de Béziers, Robert Ménard ne s'embarrasse pas de précautions. Le fondateur de Reporter sans frontières a multiplié les coups médiatiques en forme de provocations. Soupçonné de fichage ethnique en mai 2015, il était pour la première fois dans le viseur de la justice dans le cadre de ses fonctions d'élu. Une enquête préliminaire a été ouverte par le parquet de Béziers après ses déclarations sur le nombre d'élèves présumés musulmans dans sa commune. L'interdiction de laisser pendre le linge au balcon - une tradition pour de nombreuses famille biterroises - reste l'une de ses décisions les plus mémorables. Plus récemment, c'est une affaire de photomontage sur la sensible question des réfugiés qui jette Béziers et son maire, proche de Marine Le Pen, dans la lumière.

Réfugiés : le photomontage du Journal de Béziers

Dernière polémique le 10 septembre 2015, lorsque Robert Ménard, directeur de la publication du bulletin de sa ville, Le Journal de Béziers, diffuse en une du dernier numéro un photomontage laissant penser que les réfugiés vont envahir sa ville. Le cliché, pris en juin en Macédoine par un photographe de l'Agence France Presse, montre des hommes, des femmes et des enfants s'apprêtant à monter dans un train. Mais sous le titre "Ils arrivent, le dossier des demandeurs d'asile à Béziers", le journal municipal a incrusté deux affichettes sur deux fenêtres du wagon où l'on peut lire "Béziers 3.865 km" et "Scolarité gratuite, hébergement et allocation pour tous !"

Les internautes, comme la classe politique et l'Agence France Presse, se sont rapidement emparé de la polémique. Le Parti socialiste a condamné "le nouveau dérapage de la mairie de Béziers". "Ce détournement d'image et les sous-entendus agitant le fantasme d'une 'invasion' de la part de ces demandeurs d'asile, déshonore ses auteurs qui, par cette manipulation grossière, tendent à remettre en cause le droit d'asile et la protection des réfugiés", a ajouté le PS dans un communiqué. "Une honte pour la République (...)", a réagi le député UDI Yves Jégo sur BFMTV, en évoquant sa "nausée". Pour le député écologiste Noël Mamère, M. Ménard est un responsable politique "indigne", "qui cherche des coups médiatiques(...). "Les électeurs et  les Français ont suffisamment de sens politique pour comprendre que cet homme est un pantin", a-t-il affirmé à Sud Radio.  La direction de l'AFP a déploré "un détournement et une falsification d'une de ses photos", et indiqué qu'elle entendait "porter l'affaire sur le plan judiciaire". 

"Si on avait utilisé cette photo pour une cause inverse, je ne pas sûr que l'AFP s'en serait émue", a rétorqué Robert Ménard à l'agence de presse. Pour l'ancien président de Reporters sans frontière (RSF), les photos sont régulièrement retravaillées. "La photo du petit Syrien qui a ému le monde entier a été recadrée. Il y a deux pêcheurs qui ont été enlevés. Comment s'appelle cette modification ? De la propagande", a-t-il dit.

Un couvre-feu pour les mineurs

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Élu à la mairie de Béziers avec le soutien du Front national le 4 avril 2014, Robert Ménard n'a pas tardé à concrétiser sur le terrain son coup de barre à droite politique. Moins d'un mois après avoir revêtu ses habits de maire, il signe un arrêté municipal maintenant un couvre-feu dans certains quartiers de sa ville pour les mineurs de moins de 13 ans non accompagnés, applicable du 15 juin au 15 septembre pour les nuits des vendredi, samedi et dimanche et l'ensemble des vacances scolaires. Après avoir menacé d'infliger des amendes en cas de manquements, il se résout finalement à simplement poursuivre les parents des contrevenants.

Des figures de l'extrême-droite militante dans son cabinet

Élu avec le soutien de Marine Le Pen, Robert Ménard se considère toutefois comme un candidat libre. Signe de son indépendance, il refuse d'assister à un meeting donné par la présidente du FN dans sa ville le 9 mai. À peine élu, il a pourtant confié deux des plus hauts postes politiques de la ville à deux figures actives de l'extrême-droite militante. Ancien du groupuscule nationaliste Nouvelle Résistance, André-Yves Beck est devenu son directeur de cabinet tandis que Christophe Pacotte, ancien militant FN et membre du Bloc identitaire a été propulsé chef de cabinet. Critiqué par plusieurs cadres du FN, Robert Ménard assume ces recrutements et plaide sur RTL la prescription pour les actes de ses collaborateurs.

Pas de linge aux balcons

Désireux d'insuffler un vent de propreté sur Béziers, Robert Ménard instaure à la fin du mois d'avril 2014 un arrêté sanctionnant d'une amende de 35 euros les propriétaires de chiens dont les déjections souilleraient les trottoirs de la ville. En mai, il interdit également d'étendre le linge aux balcons et fenêtres donnant sur le centre-ville en journée. Il en va alors de "l'attractivité économique et touristique de la ville en matière d'ordre esthétique". Le texte prévoit également une interdiction de battre les tapis par les fenêtres après 10 heures du matin. Les Bitterois ont aussi droit à la chasse aux paraboles.

Des blouses grises pour les écoliers

Après le couvre-feu pour les mineurs, la chasse aux crottes de chien et l'interdiction d'étendre son linge aux balcons du centre-ville, l'édile refait parler de lui à la fin du mois de mai en proposant d'offrir une blouse à tous les écoliers de maternelle et de primaire de la commune. Frappées du blason de la ville, elles ne sont pas obligatoires mais seulement proposées aux familles qui le souhaitent. La mesure ne séduit pas et Le Midi Libre rapporte finalement que malgré 1.250 unités commandées, seuls les élèves d'une école privée s'affichaient au mois d'octobre avec le cadeau municipal.

Les crachats interdits

Toujours aussi intransigeant en matière de propreté, Robert Ménard annonce lors d'un conseil municipal du mois de septembre un "arrêté anti-crachat dans l'espace public" exposant les cracheurs pris sur le fait à une amende de 35 euros. L'édile invoque alors "la lutte contre les maladies transmissibles par la salive" et sa volonté de "rendre la ville plus attrayante". Cracher dans l'espace public tombe pourtant théoriquement sous le coup de la loi. Un décret modifié en 1942 pris par le gouvernement de Vichy, puis modifié en 1992, l'interdisant déjà.

Une crèche pour Noël à la mairie

À l'instar de plusieurs municipalités, Robert Ménard trouve un nouveau cheval de bataille dans l'installation d'une crèche, symbole du Noël chrétien, dans le hall de l'hôtel de ville pour les fêtes de fin d'année. Dénonçant une atteinte à la laïcité, les élus communistes et les associations de défense de la laïcité exigent son retrait. Au terme de plusieurs jours de polémiques, la justice rejette finalement la demande de la Ligue des droits de l'Homme d'enlever la crèche, arguant que cette initiative n'est pas "de nature à porter atteinte aux principes de laïcité et de neutralité".

Fier de l'armement de la police municipale

À la faveur d'un vote en conseil municipal au mois de novembre, des pistolets automatiques sont mis à disposition des agents municipaux à partir du 1er février. Robert Ménard défraie une nouvelle fois la chronique en faisant la promotion de ce nouvel armement au détour d'une campagne d'affichage placardée dans les rues de la ville. Les affiches montrent un revolver à la crosse portant les armoiries de la ville et déroulent un slogan : "Désormais, la police municipale a un nouvel ami". La gauche s'indigne et Bernard Cazeneuve regrette "la tonalité délibérément provocatrice de la campagne".

La guerre d'Algérie rejouée dans les rues et le journal de la ville

Quelques jours avant le premier anniversaire de son élection, Robert Ménard provoque une nouvelle levée de boucliers en cultivant la nostalgie de l'Algérie française. Soucieux de rendre hommage au commandant Hélie Denoix de Saint-Marc, un partisan de l'Algérie française, il propose au mois de décembre de débaptiser la rue du 19-mars-1962, date des accords d'Évian marquant le cessez-le-feu en Algérie. Le changement de nom devient effectif le 14 mars lors d'une cérémonie où l'édile, né à Oran en 1953, fait inscrire la mention "Héros français" sur la plaque en mémoire du putschiste. Robert Ménard cultive une nouvelle fois le souvenir de la domination française en Algérie en proposant dans l'édition d'avril du bulletin municipal de Béziers des mots-croisés spécial "Algérie française".

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