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Pesticides contre les abeilles : couac au gouvernement entre Hulot et Travert

L'ambiance au gouvernement a été polluée par une divergence autour des néonicotinoïdes, insecticide accusé de décimer les abeilles.

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Les insecticides de la famille des néonicotinoïdes provoquent un désaccord entre les ministres de l'Agriculture et de l'Environnement Crédit Image : VILLARD/SIPA | Crédit Média : Virginie Garin | Durée : | Date :
Julien Absalon
Julien Absalon
Journaliste RTL

Le premier "couac" du quinquennat d'Emmanuel Macron est sans doute là. Il pourrait même dissimuler un bras de fer qui oppose Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire, à Stéphane Travert qui n'est autre que le tout nouveau ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation. Au cœur de la discorde : la législation sur l'interdiction de la pulvérisation aérienne des pesticides et la prohibition à partir de septembre 2018 des néonicotinoïdes, insecticides réputés pour être des "tueurs d'abeilles". 

Ce débat intervient en pleine période d'alerte autour des abeilles, dont le taux de mortalité est grimpé en flèche ces dernières années en France, alors que leur survie est indispensable pour l'équilibre de l'écosystème. Les experts français de l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation et de l'environnement (Anses) ont d'ailleurs reconnu que ces pesticides détruisaient le système nerveux des abeilles et des recherches sont en cours sur les dangers pour la santé humaine.

Le premier acte se base sur une information indiquant que le gouvernement réfléchissait depuis peu à autoriser de nouveau l'épandage aérien et l'utilisation des néonicotinoïdes. Ces deux pratiques avaient été rendues interdites par l'Assemblée nationale en 2016. Mais selon un document de travail interministériel ressemblant à un avant-projet de loi, consulté par RMC, l'État comptait "abroger toutes ces dispositions nationales qui excèdent les normes européennes". En effet, sur ces deux problématiques, la France des précautions que Bruxelles n'impose pas.

Je veux travailler sur ce sujet avec mon collègue Nicolas Hulot

Stéphane Travert
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Au micro de BFMTV, lundi 26 juin, Stéphane Travert dément d'abord cette volonté de réécrire la législation sur l'épandage par voie aérienne. "Ce n'est pas vrai. Les arbitrages ont été pris", explique-t-il, précisant qu'une dérogation pourra tout de même être décidée seulement en cas de crise sanitaire grave et si cela ne cause aucun risque.

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Dans un second temps, le ministre est invité à s'expliquer sur les néonicotinoïdes. Sa réponse confirme la réflexion sur la "conformité avec le droit européen". Surtout, elle ouvre la porte à un usage de ces insecticides lorsqu'il y a une "impasse technique" et l'impossibilité de trouver des "produits de substitution". Dans son raisonnement, la raison économique l'emporte donc sur l'argument écologique : "Nous devons pouvoir autoriser des dérogations, afin que nos producteurs puissent continuer à travailler dans de bonnes conditions". Le ministre assure par ailleurs que "l'arbitrage n'est pas rendu" et ajoute : "Je veux travailler sur ce sujet avec mon collègue Nicolas Hulot pour que nous soyons en phase et puissions mettre sur la table une proposition". Au final, une minute après avoir assuré par un "Non" qu'il ne comptait pas revenir sur le texte de loi existant, Stéphane Travers finit par concéder : "Oui, mais parce qu'il n'est pas conforme au droit européen".

Nicolas Hulot fait barrage

Le deuxième acte ne tarde pas après ces propos. À 9h30, soit une demi-heure après la fin de l'interview de Stéphane Travert, Nicolas Hulot utilise Twitter pour exprimer sa position ferme. "Les interdictions de neonicotinoides & épandage aérien ne seront pas levées, les arbitrages ont été rendus en ce sens", écrit-il sur le réseau social. Le ministre écologiste ne semble alors pas laisser de place à une quelconque concertation et contredit son collègue sur les arbitrages.

En fin de matinée, Nicolas Hulot réaffirme sa position en marge d'un déplacement à Lyon : "Sur tout ce qui concerne la santé, ma ligne est très simple : il ne faut faire aucune concession. (...) On ne reviendra pas sur les acquis. Je veux déjà être le garant de ce que mes prédécesseurs ont acté. (...) Dès lors que la santé est mise en cause, je ne veux faire aucune concession. Pendant des années, on a laissé le doute profiter à tous les excès". Troisième au protocole du gouvernement, derrière Édouard Philippe et Gérard Collomb, le ministre d'État insiste ainsi sur le fait que les arbitrages "ont déjà été faits" et en profite pour rappeler "la responsabilité personnelle" et "juridique" des membres du gouvernement sur les sujets environnementaux.

Matignon tranche en faveur de Hulot

Troisième acte : Matignon enfonce le clou et donne raison à Nicolas Hulot. Dans un communiqué, les services du Premier ministre contredisent lui aussi Stéphane Travert : "Le gouvernement a décidé de ne pas revenir sur les dispositions de la loi de 2016. Cet arbitrage a été pris à l'occasion d'une réunion tenue à Matignon le 21 juin dernier". Cependant, le gouvernement prend soin de faire savoir qu'un "travail est en cours avec les autorités européennes". L'Anses doit remettre un rapport en septembre pour expliquer les solutions envisageables pour les agriculteurs. Mais s'il n'y en a pas, le dossier des dérogations pourrait bien être rouvert.

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