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Parti socialiste : François Hollande, Manuel Valls, Martine Aubry... Qui sont les responsables de son éclatement ?

INTERVIEWS - À un an de la présidentielle 2017, la rupture semble consommée entre le Parti socialiste et le gouvernement.

François Hollande, Martine Aubry et Manuel Valls, le 20 novembre 2011.
François Hollande, Martine Aubry et Manuel Valls, le 20 novembre 2011. Crédit : JOEL SAGET / AFP
Marie-Pierre Haddad
Marie-Pierre Haddad
Journaliste RTL

Rien ne va plus au sein du Parti socialiste. Martine Aubry, Arnaud Montebourg, Benoit Hamon, Christiane Taubira… Les dissensions sont nombreuses entre certains cadres de la majorité et l'exécutif dirigé par François Hollande et Manuel Valls. À un an l'élection présidentielle, le Parti socialiste qui peine à se positionner par rapport à une possible candidature de François Hollande et la tenue d'une primaire, semble de plus en plus fragilisé de l'intérieur. Qui en sont les responsables ?

Martine Aubry a pris une position ferme sur la politique menée par François Hollande et Manuel Valls. Dans une tribune publiée dans Le Monde, intitulée Trop, c'est trop !, l'ancienne ministre dénonce le risque d'"affaiblissement durable de la France", aux côtés de Daniel Cohn-Bendit et d'autres figures politiques. "Ce n'est plus simplement l'échec du quinquennat qui se profile mais un affaiblissement durable de la France qui se prépare, et bien évidemment, de la gauche, s'il n'est pas mis un coup d'arrêt à la chute dans laquelle nous sommes entraînés", peut-on lire.

Réactions immédiates du côté du gouvernement. Michel Sapin conseille d'"éviter les postures" et rappelle à Martine Aubry que "quand on est dans un camp, c'est la moindre des choses de combattre le camp d'en face et pas le sien". La maire de Lille n'en a cure. Elle explique, à l'antenne de RTL, que "si on ne redresse pas les choses sur la croissance, sur l'emploi, si on fait la réforme du Code du travail, la gauche va perdre. Il faut préparer l'avenir". Manuel Valls monte au créneau et adresse une réponse à la maire de Lille, dans une tribune elle aussi publiée dans Le Monde. "Il n'y a pas un début de proposition (…) Je suis chef du gouvernement, je n'écris pas des tribunes de proclamation", attaque-t-il.

Un parti à la traîne au niveau local et national

Ces joutes verbales ont amené Martine Aubry et son équipe à envisager de quitter la direction du Parti socialiste, selon une information du Journal du Dimanche du 28 février dernier. François Lamy, l'un des proches de la maire de Lille, ajoute que cette décision est "une conséquence politique logique d'un désaccord". Mais selon Laurent Bouvet, professeur de sciences politiques à l'université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, contacté par RTL.fr, "le parti est déjà bien divisé" et en "état de dégradation". "Depuis 2012, le Parti socialiste a subi plusieurs défaites électorales successives. Il a perdu des élus, des municipalités et des régions et donc le tissu qui fait la réalité d'un parti", explique-t-il. Au niveau national, il dresse un constat guère meilleur : "Le Parti socialiste ne produit plus rien. Mais être un parti au pouvoir n'est pas facile". Seules les dissensions se font entendre et le gouvernement a perdu ses soutiens.

Considérer que Martine Aubry sème la division, c'est prendre le problème à l'envers

Thomas Guénolé, politologue et enseignant à Sciences Po
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La tribune de Martine Aubry a-t-elle dynamité le Parti socialiste de l'intérieur ? Elle l'a certes fragilisé mais "il est important de se rappeler qu'elle a été cheffe du parti et ministre. Elle a un rôle particulier mais elle a toujours fait partie de la majorité du Parti socialiste, contrairement à Arnaud Montebourg et Benoit Hamon, tout en gardant sa liberté d'expression", indique Laurent Bouvet. Selon Thomas Guénolé, politologue et enseignant à Sciences Po, joint par RTL.fr, "considérer que Martine Aubry sème la division, c'est prendre le problème à l'envers. Martine Aubry est dans la réaction par rapport à Manuel Valls".

Cependant, il semblerait que la maire de Lille prenne de plus en plus ses distances. Selon nos informations, les aubrystes, qui ont fait échoué le dépôt de la motion de censure pour le passage en force de la loi Travail, comptent organiser leur propre université d'été. Elle pourrait se dérouler en juillet ou septembre prochain, avant celle du Parti socialiste, à Nantes.

Valls et Hollande responsables de l'éclatement du Parti socialiste ?

Le politologue ajoute que le projet du Premier ministre est de couper les ponts avec les différents courants du Parti socialiste, à savoir le marxisme et la social-démocratie : "Manuel Valls veut réussir un rassemblement social-démocrate qui aboutirait à une migration avec le centre dans l'objectif de réunir les progressistes". Le Premier ministre envisagerait même "un parti démocrate à l'américaine". Autre argument avancé par Thomas Guénolé dans la destruction du Parti socialiste par Manuel Valls : sa méthode. Le chef du gouvernement a mis en place un sentiment de "conflit" et de "brutalisation politique", estime-t-il en rappelant le passage en force de la loi Macron avec le 49-3 ainsi que les départs de certains membres du gouvernement. Selon le politologue, "il gère les conflits par l'amputation".

L'enjeu est de taille pour Manuel Valls. "Sa force est sa cote de popularité dans l'opinion publique. En restant aux côtés de François Hollande, elle est en train de couler. S'il part avant la fin du quinquennat, cela peut poser un problème d'image avec celle d'un premier ministre démissionnaire. Mais s'il reste avec le Président, il s'associe à son bilan", détaille le professeur à Sciences Po. 

Les déclarations de Hollande vont à l'encontre des convictions fondamentales du PS

Laurent Bouvet, professeur de sciences politiques
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Selon les deux experts, le président de la République a aussi sa part de responsabilité. "François Hollande a brouillé les cartes en n'appliquant pas une politique conforme aux dogmes du Parti socialiste et à ce qu'il avait annoncé lors de la campagne présidentielle. Ces déclarations vont à l'encontre des convictions fondamentales du parti", analyse Laurent Bouvet. Même conclusion pour Thomas Guénolé, qui rappelle que depuis septembre, tous les sondages annoncent qu'il ne sera pas réélu en 2017 : "C'est une tendance de fond avec une baisse constante depuis le lendemain des attentats du 13 novembre 2015".

Quid d'Arnaud Montebourg et de Benoit Hamon ? Les deux anciens ministres avaient décidé de quitter le gouvernement parce qu'ils n'étaient pas en accord avec sa ligne politique. "Ce sont des gens qui ont essayé de peser de l'intérieur, plutôt que de semer la zizanie dans le parti. On ne peut donc pas les tenir responsables de l'éclatement du Parti socialiste", note Thomas Guénolé.

Vers une refonte totale du Parti socialiste ?

La virulente confrontation sur la déchéance de nationalité a marqué une distance entre le Président et son parti. De même pour la réforme du Code du travail qui fait débat au cœur de la gauche et des syndicats. Martine Aubry a d'ailleurs affiché son désaccord avec la loi Travail. Une attaque à laquelle Myriam El Khomri a répondu à l'antenne de RTL : "J'irai jusqu'au bout pour porter la réforme".
Quelles solutions restent-ils alors pour le Parti socialiste ? Pas de doute pour Laurent Bouvet : "Il y a une refondation complète à faire, en intégrant les autres forces politiques. Actuellement, deux courants font le socle du Parti socialiste avec d'un côté, la ligne prônée par Manuel Valls qui est plus sécuritaire et plus libérale sur le plan économique. De l'autre, il y a la ligne de Martine Aubry qui est plus libérale sur les libertés et plus dirigiste économiquement avec la politique de la demande". 

À l'issue d'une primaire, on connait le rapport de force au sein du parti

Thomas Guénolé, politologue et enseignant à Sciences Po
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Afin de retrouver l'unité au sein du parti, Jean-Christophe Cambadélis lance l'appel des 40. Il s'agit d'une quarantaine de parlementaires et dirigeants socialistes qui cherchent à rassembler le parti. Le premier secrétaire du Parti socialiste cherche ainsi à lancé un appel "à l'unité dans la clarté et la discussion dans le respect". La feuille de route est limpide : apaisement à l'intérieur du Parti socialiste et dépassement du Parti socialiste à l'extérieur. L'objectif des socialistes doit être de retrouver une offre politique convaincante. L'une des solutions évoquée par Thomas Guénolé est la mise en place d'une primaire afin de "rebattre les cartes". 

"Les conflits d'ambition et les divergences idéologiques sont tranchés par le processus du vote. À l'issue, on connait le rapport de force au sein du parti. Autre possibilité, reproduire la situation de 2007 entre Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy. "Il faut que le candidat soit dans la critique du président sortant. Il a alors toutes ses chances, parce qu'il n'est pas comptable de son bilan". Dernier scénario : "Après la présidentielle de 2017, reconstruire une maison commune de toutes les gauches". Reste à savoir si les écologistes ou le Front de gauche accepteront d'en faire partie.

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