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Olivier Besancenot chez Drucker : étonnant ?

Olivier Besancenot était hier l'invité de Michel Drucker à Vivement Dimanche. Un trotskiste chez Drucker, est-ce vraiment étonnant? Quelle sont ses aspirations avec son projet de "Parti anti-capitaliste" ? Quelle conséquence pour la Gauche ? La chronique d'Alain Duhamel.

Alain Duhamel
Alain Duhamel Journaliste RTL

Pas vraiment. Michel Drucker adore avoir des invités politiques, et il goûte particulièrement, particulièrement avec sobriété quand même, d'avoir de temps en temps un représentant de l'extrême gauche, effet de surprise, curiosité garantie, lui-même a assez de professionnalisme pour avoir la petite distance qui convient, et en même temps son affabilité habituelle. L'audience est toujours bonne. Donc il gagne sur tous les terrains.

En ce qui concerne Olivier Besancenot, depuis Georges Marchais l'extrême gauche a très bien compris qu'une bonne émission, et notamment une émission qui n'ait pas l'air trop politique, c'est encore le meilleur moyen de faire passer un message, et que ça remplace une bonne année de meetings en tous genres.

Par dessus le marché, on sait très bien qu'Olivier Besancenot avec son petit air de renard sympathique, les gens le trouvent gentil, que c'est un révolutionnaire qui ne fait pas peur, qui est toujours du bon côté, et puis il y a cette passion française du petit contre les gros, etc... Donc, pour lui c'est très bien.

Mais alors sa chance hier, c'était d'abord le portrait dont il a bénéficié, qui ressemblait à peu près à ce que fait l'Osservatore Romano pour annoncer la canonisation d'un saint. Et puis la manière dont il a été interrogé par Claude Sérillon, qui le regardait avec une ferveur, un sourire extatique, on aurait dit l'évêque de Lourdes regardant la statue de Bernadette Soubirous.

Evidemment, dans ces conditions, ça ne pouvait être que positif.

Olivier Besancenot veux créer, à la place de la Ligue Communiste Révolutionnaire, une nouvelle formation qui s'appellerait le "Parti anticapitaliste". Cela peut-il marcher?

D'abord le fait d'appeler ça, Parti anticapitaliste, et pas Parti pro quelque chose, pro socialiste, pro communiste,  pro révolutionnaire, pro trotskiste, c'est déjà une avancée à reculons si j'ose dire.

Ensuite, pour que ça marche, il y a un certain nombre de préalables à lever.

Le premier préalable, c'est qu'il faut qu'Olivier Besancenot accepte de l'incarner. Or, Olivier Besancenot ne dédaigne pas la personnalisation quand elle est utile à son parti, mais en même temps, il a l'air sincère, en tout cas quand il le dit, ça n'est pas quelqu'un qui est un obsédé du Star System. Donc il a dit à plusieurs reprises, qu'il n'est pas sûr d'être le candidat de sa formation, la prochaine fois, à l'élection présidentielle. S'il ne l'est pas, s'il n'est pas celui qui cristallise déjà le Parti anticapitaliste, ça n'a aucune chance de toute façon, de fonctionner.

Ensuite, ça ne peut marcher évidemment, qu'à condition que les petites querelles picrocholines entre les différentes chapelles du trotskisme, acceptent de s'apaiser. Or ça n'a pas l'air d'être le cas. Arlette Laguiller hier, a bien dit qu'il fallait que Lutte Ouvrière continue à sa façon, dans son coin, et puis qu'Olivier Besancenot ferait ce qu'il voudrait dans le sien.

Et puis il y a la question de savoir : on accepte de gouverner un jour avec la gauche ou on n'accepte pas? Déjà, ça coupe en deux l'extrême gauche.
Si vous prenez tout cet ensemble là, et sachant que ça ne peut fonctionner qu'à condition d'arriver à joindre ce qu'on appelle les mouvementistes, c'est à dire les animateurs des mouvements sociaux protestataires, pour que ça fasse masse, c'est exagéré, mais un point de départ suffisant. S'il n'y a pas tous ces préalables levés, ce sera la poursuite de la Ligue sous un autre nom.

Et pour la gauche classique, la création de ce parti anticapitaliste aura quelles conséquences?

Si ça réussissait, si ça devenait le parti dominant de l'extrême gauche, par exemple, ce serait une épine dans le pied de la gauche de gouvernement, ce serait toute proportion gardée, ce que le Front national a constitué pour la droite. Encore faudrait-il que ça marche. Et honnêtement, on n'en est pas là.

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Olivier Besancenot chez Drucker : étonnant ?
Olivier Besancenot était hier l'invité de Michel Drucker à Vivement Dimanche. Un trotskiste chez Drucker, est-ce vraiment étonnant? Quelle sont ses aspirations avec son projet de "Parti anti-capitaliste" ? Quelle conséquence pour la Gauche ? La chronique d'Alain Duhamel.
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2008-05-12 07:45:00