1 min de lecture Nicolas Sarkozy

Nicolas Sarkozy : "La crise financière est passée, je persiste et signe !"

VIDEO - Avant son rival socialiste François Hollande, Nicolas Sarkozy, candidat UMP à l’élection présidentielle, répondait vendredi matin aux questions de Jean-Michel Aphatie et d'Alain Duhamel. le chef de l'Etat sortant a justifié sa stratégie de reconquête des électeurs du Front National en vue du second tour et ironisé, chiffres du premier tour à l'appui, sur le fait qu'il n'avait "pas vu venir" un "référendum pour Hollande".

Nicolas Sarkozy sur RTL le 20 avril 2012
Nicolas Sarkozy sur RTL le 20 avril 2012 Crédit : C.Doutre Abacapress / RTL
micro générique
La rédaction de RTL et Jean-Michel Aphatie

Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Nicolas Sarkozy.

Nicolas Sarkozy : Bonjour, merci de m'inviter une nouvelle fois...

Vous dites que le pire de la crise est passé. Pourtant, l'économie française détruit chaque mois des emplois. Onzième mois consécutif d'augmentation du chômage en mars, 116.600 demandeurs d'emplois supplémentaires, et destruction importante aussi, ce qui est inquiétant d'emplois en intérim au mois de mars. Donc le pire de la crise n'est pas passé, nous y sommes, Nicolas Sarkozy !

Sur des sujets aussi importants, il ne faut pas s'en tenir à des slogans. D'abord, vous dites l'économie française, c'est l'économie européenne qui, malheureusement, détruit des emplois. Premier point ! Deuxièmement, lorsque j'ai dit que le pire de la crise était passé, je persiste et je signe. Lorsqu'il s'est agi de savoir si l'euro allait imploser et si l'Europe allait exploser. Vous admettrez qu'on n'est plus dans cette situation-là. Et j'ai dit, à partir de ce moment-là, où la crise financière semble être dernière nous même si les pays européens sont convalescents, il faut s'attaquer à toute force maintenant aux conséquences de la crise financière et de la crise de confiance c'est-à-dire la crise économique nous y sommes.

Et l'économie française détruira-t-elle longtemps des emplois encore Nicolas Sarkozy ?

L'économie française est exposée à deux phénomènes, un premier phénomène, une Europe qui ne se protège pas assez, voilà une raison pour laquelle je propose que si d'ici un an nous n'avons pas obtenu en Europe la réciprocité avec nos grands partenaires, nous appliquions unilatéralement la règle suivante : réserver tous nos marchés publiques, communaux, départementaux, régionaux, nationaux aux seules entreprises qui produiront et créeront des emplois en Europe, premier élément.

Et ça changera des choses ?

Bien sûr cela changera des choses parce que ça évitera la concurrence déloyale et les délocalisations. Deuxièmement élément, nous sommes dans un nouveau monde, nous rentrons dans une nouvelle économie.  Il faut porter un nouveau modèle français de croissance sur la base de l'investissement, de l'innovation et de la formation.  Il faut donc modifier de fond en comble les règles de la formation professionnelle, pour donner une chance à nos compatriotes d'avoir les compétences qui permettront d'exercer les emplois de demain et non pas les emplois d'aujourd'hui qui disparaissent.

Depuis cinq ans, vous étiez toujours très en flèche sur les questions européennes, on a l'impression depuis le début de la campagne, ce sont les propositions d'initiative de croissance européenne de François Hollande qui ont occupé le terrain et qui ont un peu escamoté vos propres idées là-dessus. Qu'est-ce qui s'est passé ?

Franchement, je trouve que c'est particulièrement injuste si vous me permettez de dire cela.

C'est une question...

Voilà ma réponse : dès 2008, j'ai engagé le grand emprunt 36 milliards d'euros, j'ai été attaqué par tout le monde, y compris par les socialistes, parce que je faisais ce grand emprunt au service de la croissance, de la compétitivité et de l'innovation, ce n'est pas 2012 c'est 2008.

Deuxièmement, l'initiative de croissance de François Hollande, c'est une plaisanterie.  Il n'y a pas un pays dans le monde qui propose pour faire de la croissance d'embaucher 61.000 fonctionnaires de plus, pas une seule personne, pas un seul pays.

Les dirigeants italiens ou espagnols sont attentifs à ce que dit le candidat socialiste en France...

Alain Duhamel : ... Qu'il est arrivé à faire passer une espèce de musique depuis le début de la campagne...

Monsieur Duhamel, vous suivez comme moi les questions européennes.  Dans le traité que nous avons signé au mois de mars, la question de la croissance est centrale, la question n'est pas de savoir est-ce qu'il faut de la croissance ou est-ce qu'il n'en faut pas, la question c'est comment on l'obtient. Monsieur François Hollande dit que pour obtenir de la croissance, il faut commencer par créer 60.000 emplois de fonctionnaires.

Et vous, qu'est-ce que vous dites ?

Il n'y a pas un pays, un pays qui pose cela.  Je dis un, la formation je viens d'en parler, deux le problème du coût du travail, si nous n'abaissons pas le coût du travail alors le travail se délocalisera.  C'est la raison pour laquelle j'ai fait voter ce texte, qui permet de baisser les cotisations familiales : 1.800 euros de moins par emploi en France en échange de l'augmentation de la TVA, c'est d'ailleurs la TVA anti-délocalisation.

Voilà comment, plus la question de la réciprocité en Europe et la réservation de nos marchés aux seules entreprises qui produiront en Europe avec cela nous pouvons développer un nouveau modèle de croissance.  Et permettez-moi de vous dire que s'exonérer de l'obligation de réduction des déficits alors que nous avons 1.700 milliards de dettes, considérer qu'il n'y a pas de problème du coût du travail, augmenter le nombre de fonctionnaires et revenir sur la réforme des retraites qui a été engagée dans tous les pays d'Europe va nous conduire à la catastrophe.

Vous venez de parler de l'Espagne, vous trouvez vraiment qu'après sept ans de politique socialiste, exactement la même que celle que propose monsieur Hollande pour la France, l'Espagne est dans une telle situation qu'il convient absolument de l'imiter, c'est ce que vous pensez ?  Vous pensez que l'Espagne a montré le chemin ? Quant à la Grèce, un chiffre vient de sortir, savez-vous de combien les salaires ont baissé en Grèce ? 22% grâce à monsieur Papandréou, qui vient d'annoncer son soutien vibrant à la candidature de François Hollande ?  C'est ça qu'on propose à la France ?  Je m'y opposerais de toute mes forces parce que ceux qui paieront ce sont les contribuables français.

Vous avez dit, Nicolas Sarkozy, que Marine Le Pen était compatible avec la République, puisqu'elle en respecte les lois...

... Si vous me permettez, la candidature de Marine Le Pen.

Vous faites un distinguo ?

Oui, je fais un distinguo.

Lequel ?
 
C'est simple, c'est que la République considère que Marine Le Pen est une candidate qui a le droit de se présenter.

Elle est républicaine Marine Le Pen ?

Elle a le droit de se présenter, il y a un distinguo entre la candidature et ce qu'elle dit.  Je peux dire que sa candidature n'est pas choquante dans l'histoire de la République et par rapport à la République sans être d'accord avec tout ce qu'elle dit, par exemple, la préférence nationale.

Alors, je vais aller au bout de ma question. Vous avez aussi déclaré à Longjumeau, lundi, que si vous vous étiez pour la préférence communautaire et pas pour la préférence nationale, vous avez déclaré : "Je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas être pour la préférence nationale" ; et la question est simple : est-ce que vous n'allez pas très loin dans la normalisation du Front National dans le débat publique français ?

Je suis un responsable politique depuis une trentaine d'années. A aucun moment, d'aucune façon je n'ai frayé avec les dirigeants du Front National.

Deuxièmement, s'agissant de toutes les thèses de madame Le Pen sur l'Europe, je les ai combattues du début de la campagne jusqu'à la fin de la campagne, notamment sur la sortie de l'euro. Troisièmement, je suis bien obligé de considérer que 6,5 millions de Français qui portent leur suffrage sur une candidate autorisée par la République à se présenter, c'est quand même normal qu'on leur parle.

Je vous pose la question en disant notamment que oui vous n'êtes pas d'accord mais on peut défendre la préférence nationale, vous l'avez dit à Longjumeau.

A partir du moment où elle se présente, qu'elle défende ses idées, ses idées sur la préférence nationale je pense que ne sont pas les miennes pourquoi parce que je considère que ce n'est pas possible de mettre en œuvre ce qu'elle propose mais je ne vais pas me rouler par terre parce que madame Le Pen dit quelque chose dans le même temps où monsieur Mélenchon sous le regard ébahi d'une partie de vos confrères, multipliait les monstruosités, les caricatures, expliquer que monsieur Castro était un grand démocrate et que Cuba était une grande démocratie.

J'estime qu'il y a deux poids et deux mesures monsieur Apathie dans un système médiatique où vous étudiez tous ébahis par le talent de ce monsieur Mélenchon qui a multiplié les outrances et où dès que quelqu'un, Marine Le Pen ou d'autre, disait quelque chose au prétexte qu'il n'était pas de gauche c'était choquant.  Il y a deux poids et deux mesures tout le monde le sait.  Et on ne combat pas le Front National en insultant les électeurs, en leur reprochant de faire ce vote et en leur disant qu'ils se trompent.

Justement, vous lancez des perches en direction de l'électorat du Front National...

... En direction du peuple français...

... Dont les 6,4 millions qui ont voté pour Marine Le Pen...

Ce n'est pas que j'ai le droit de leur parler, c'est mon devoir...

Je ne vous le reproche pas. C'est un constat que je fais. Vous vous adressez à eux, vous essayez de les convaincre...

C'est sûr que ce n'est pas moi qui mettrais au gouvernement les communistes ou monsieur Mélenchon.

Alors je poursuis ma question. Est-ce qu'en vous adressant avec insistance à eux en mettant l'accent sur les questions ou des réponses que vous leur donnez, est-ce que vous ne prenez pas le risque d'inquiéter les électeurs centristes ou modérés sans forcément regagner ou convaincre les électeurs du Front National, est-ce qu'il n'y a pas ce risque-là ?

Quand on parle à 40 millions d'électeurs, à 65 millions de Français, il y a toujours un risque. Mais le pire risque, c'est celui de ne pas leur parler. Et je conteste l'idée qu'entre les uns et les autres, il y aurait une barrière infranchissable. Je conteste l'idée qu'on puisse parler aux centristes, puis à la droite puis à la gauche, c'est le peuple de France. Si vous voulez me dire qu'une campagne électorale présidentielle, c'est quelque chose de difficile. Je le sais puisque j'en ai gagné une en 2007. Ce n'est pas rien. 

Mais j'observe quoi, notamment sur le premier tour : c'est que dans la campagne que j'ai menée depuis le début, en pourcentage, j'ai rassemblé autant de gens entre le début de la campagne et la fin de la campagne, on a détaché autant de gens du Front National que des centristes, pour reprendre l'expression d'Alain Duhamel, sans qu'il y ait la moindre contradiction.

Est-ce que vous croyez que ceux qui croient à l'Europe comme moi veulent d'une Europe passoire ?  Est-ce que vous pensez que ceux que vous dites centristes considèrent comme parfaitement normal que tout le monde peut rentrer en France, qu'il n'y a pas un problème migratoire, que le système d'intégration ça marche ?  Est-ce que vous pensez que le droit de vote aux immigrés c'est quelque chose qui ne choque que les électeurs de madame Le Pen ?

On a l'impression quand même que parmi vos propres lieutenants, Alain Juppé ou Jean-Pierre Raffarin, la question que je vous pose, ils vous la posent aussi d'une certaine manière...

Ecoutez, les chiffres sont violents. Au premier tour des élections présidentielles en 2002, Le Pen + Maigret ça fait 19%, Jacques Chirac 19%.  En 2012, Madame Le Pen fait 18, je fais 27%, y a-t-il une erreur de stratégie ?

Nicolas Sarkozy sur RTL (C.DOUTRE / ABACAPRESS-RTL)
Nicolas Sarkozy sur RTL le 27 avril 2012
Vous vous êtes dit favorable à la présomption de légitime défense pour les policiers à la suite du drame  de Saint-Denis.  C'est une revendication ancienne de syndicat de police, pourquoi ne pas l'avoir appliquée avant, vous avez été 5 ans ministre de l'intérieur, vous êtes président de la république depuis cinq ans, pourquoi ne pas l'avoir mis en œuvre avant ?

Voilà qu'après m'avoir reproché d'avoir fait trop de choses, d'être un président qui s'occupait de tout, voilà qu'on pointe tout ce que je n'ai pas fait. Nous avons eu tant d'autres choses à faire, j'avais considéré par exemple que les peines planchées étaient plus importantes, par exemple que l'instauration d'un fichier sur les empreintes génétiques était plus importante, par exemple que la création de places de prison était plus importante, je dois le dire je comprends l'émotion des policiers.

L'individu qui a été l'objet et la victime de cette tragédie a eu un record extraordinaire, c'était le plus jeune incarcéré de France.  Il était en prison, une permission de sortie, il en profite pour faire un nouveau vol à main armée, il pointe un calibre 38 sur un policier et on met en examen ce policier, tenez-vous bien, pour homicide volontaire.

Si vous êtes élu, vous ferez cette réforme ?

Oui. Fallait-il attendre que ce policier prenne une balle pour qu'il puisse se défendre ? C'est la question que je pose. Qu'il y ait une enquête, c'est normal. Qu'il y ait une mise en examen, c'est normal. Mais je pose la question : un policier ou un gendarme face à quelqu'un qui avait une grenade dans la main et une arme de fort calibre, doit-il attendre de prendre une balle pour pouvoir riposter, est-ce que c'est ça le thème ? Je ne suis pas d'accord.

Hier, au début de l'émission "Des paroles et des actes", vous avez regretté de ne pas avoir eu plusieurs occasions de débattre directement avec François Hollande. Est-ce que dans les circonstances difficiles électorales dans lesquelles vous êtes aujourd'hui, vous considérez que le duel télévisé de mercredi prochain, c'est votre ultimatum, votre arme de réserve...

Bien sûr, circonstances électorales difficiles, je sais qu'on a beaucoup parlé d'un référendum anti-Sarkozy, à plus de 27, alors comme François Hollande a fait à peine plus de 28, un référendum pour Hollande, je ne l'ai pas vu venir.  Deuxièmement un débat, personne ne sait s'il l'a gagné ou s'il l'a perdu avant de l'avoir fait.  Il faut toujours y aller avec beaucoup d'humilité. Troisièmement, vous RTL, avec vos confrères des autres radios, vous nous avez invité à débattre, ce n'était pas pour moi que j'étais d'accord avec ce débat, c'était pour les Français, pour les auditeurs de RTL.

Regardez, le système un peu ridicule. Je viens ici. Dans cinq minutes, monsieur Hollande sera là. Est-ce que vous ne croyez pas qu'on aurait pu en profiter pour échanger et que ça aurait peut-être intéressé les auditeurs de RTL ? Les auditeurs de RTL doivent savoir que moi je l'avais accepté, en ne posant aucune condition.  Pas parce que je pensais que ça serait facile, simplement parce que je pense que le devoir d'un candidat à la présidentielle c'est de s'expliquer et de se confronter.

Une dernière question très rapide. Vous serez au Stade de France samedi soir.  Vous serez Lyon ou Quevilly ?

D'abord, j'espère y être. Je trouve que Quevilly a fait un match absolument extraordinaire contre Rennes ; et en même j'aime beaucoup Lyon depuis longtemps, parce que je vais à Gerland, que monsieur Aulas a fait un travail absolument remarquable. Pour moi, l'OL c'était l'OL de Bernard Lacombe, de Fleury di Nallo - je parle aux auditeurs les plus âgés, naturellement -, et de Chiesa. Peut-être ça vous rappelle des souvenirs ? Et ce que j'espère surtout c'est que ça sera un autre spectacle que la finale de la Coupe de la Ligue, entre l'OM et l'OL où c'était un petit peu la finale quand même... de la peur.
2012 et vous OK

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