1 min de lecture Alain Duhamel

Nicolas Sarkozy face à la guigne

David Martinon, le porte parole de l'Elysée, a dû renoncer lundi à conduire la liste de l'UMP à Neuilly-sur-Seine. C'est un nouveau revers pour Nicolas Sarkozy ? La chronique d'Alain Duhamel.

La Semaine Politique - Duhamel
Alain Duhamel Journaliste RTL

C'est même un revers très symbolique. David Martinon, le porte-parole de l'Elysée, c'est un des collaborateurs les plus proches de Nicolas Sarkozy, un de ses collaborateurs favoris, c'est un des benjamins, il l'a accompagné pendant toute la campagne présidentielle, il a d'ailleurs été efficace, c'est Nicolas Sarkozy qui l'a choisi pour être le candidat à Neuilly, qui l'a accompagné à Neuilly, qui y est venu, qui s'est déplacé, qui l'a intronisé. Et Neuilly, ce n'est pas n'importe quelle ville, c'est à la fois une ville où toutes les strates de la bourgeoisie coexistent, c'est une ville qui est le bastion, la citadelle historique du sarkozysme. Nicolas Sarkozy en a été le maire pendant deux décennies, et c'est dans cette ville fétiche, avec ce collaborateur qui est un de ses plus proches, qu'il est obligé d'accepter un changement de candidat.

Alors bien entendu, Neuilly n'est pas toujours facile, Neuilly est une ville qui aime bien décider lentement, Neuilly est une ville où quelqu'un comme Charles Pasqua s'est cassé le nez, où quelqu'un comme Robert Hersant a échoué. Il n'empêche, c'est une grosse rebuffade.

- On a en ce moment, l'impression que tout se retourne contre le chef de l'Etat. Une sorte de mauvais sort ?

En politique, quand tout va mal, tout va mal. Et quand c'est la guigne, vous pouvez prendre une initiative, elle échoue ; tenter une réforme, elle est rejetée ; rectifier votre attitude, c'est un coup pour rien ; et c'est visiblement ce qui est en train de se produire dans cette phase là, pour Nicolas Sarkozy.

Je prends deux exemples. Nicolas Sarkozy est intervenu dimanche soir, à la télévision. Il parlait de la séquence européenne, il annonçait ce qu'allait être les nouvelles ambitions de la France, c'était son rôle, il l'a fait de façon très présidentielle, il s'est exprimé de façon tout à fait correcte. Résultat : ça n'a intéressé personne. Il y avait à peine une brève dans les journaux le lendemain. Personne n'en a parlé, comme si ce qu'il pouvait dire sur un sujet aussi important, dépendant si manifestement de lui, à un moment si décisif sur le plan européen, comme si c'était inaudible, parce que c'était lui qui le disait.

Autre exemple : les personnes âgées. On lui a reproché de ne pas avoir tenu parole, d'être indifférent, de ne pas avoir réagi assez vite, de ne pas avoir annoncé ses réformes. Il annonce ses réformes pour les personnes âgées. Il explique qu'effectivement le minimum vieillesse va augmenter de 25% en cinq ans, que ce sera 5% cette année, qu'il va déjà y avoir une avance de 200 euros. On aurait pu imaginer qu'on entende : "Il tient parole, il fait ce qu'il a dit, voilà une bonne chose, et puis pour le coup, sur le niveau de vie ça va avoir un effet"... Pas du tout. On dit uniquement : "Evidemment, ce sont les élections municipales, tout ça c'est de la tambouille électorale, ça n'a aucun sens".

La vérité, je crois, c'est que Nicolas Sarkozy a tellement voulu depuis qu'il est arrivé, changer, innover, modifier, inventer un ton, inventer un statut, inventer une autre méthode d'action, qu'il a créé autour de lui une sorte d'arc électrique passionnel, et que tout ce qu'il fait, est hystérisé, dans certains cas de façon positive, pendant quelques mois, et aujourd'hui, de façon négative.

- Peut-il inverser cette spirale négative ?

C'est une très mauvaise passe à un très mauvais moment, qu'il ne peut pas inverser en quatre semaines, c'est à dire avant les élections municipales, ni même vraisemblablement, en quatre mois. Mais il est là pour quatre ans. Et de même qu'il y a six mois, quand on disait : "C'est Bonaparte sur le pont d'Arcole", aujourd'hui on dit : "c'est Napoléon III à Sedan", disons que dans les deux cas, c'est quand même un peu caricaturale.

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Alain Duhamel Le fait politique Nicolas Sarkozy
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