3 min de lecture La France insoumise

Mélenchon-Hamon : l'évolution de leurs rapports depuis la présidentielle

ÉCLAIRAGE - Les deux anciens candidats à la présidentielle semblent se rapprocher, après avoir été en mauvais termes durant la campagne.

Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon, le 21 janvier 2010
Crédit Image : CHAMUSSY/SIPA

Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon se rapprochent-ils ? Six mois après l'élection présidentielle, le leader de la France insoumise ne cache pas des contacts avec celui qui était le candidat du Parti socialiste. "Nous déjeunons, nous échangeons des analyses. Pour le moment, cela reste à un niveau individuel. Mais nous étions déjà ensemble le 23 septembre dans la rue, coude-à-coude, contre les ordonnances. Attendons que Benoît Hamon mette sur pied son mouvement. Mais cela avance", explique au Parisien le député insoumis, affirmant qu'il "réduit la fracture".

À l'heure où ces déclarations tombent, les cotes de popularité des deux hommes se sont rapprochées. Jean-Luc Mélenchon récolte 29% devant Benoît Hamon (26%), selon un baromètre de Viavoice-Libération diffusé mi-novembre (marge d'erreur à 2,5 points).

Depuis le début de la campagne présidentielle, les relations entre les deux hommes ont grandement évolué.

1. Un pacte de non-agression à défaut d'un rapprochement

Benoît Hamon, après sa victoire à la primaire de la gauche, surgit à la quatrième place dans les sondages et distance Jean-Luc Mélenchon. Fort de cette dynamique, il émet le souhait de regrouper la gauche autour d'une seule candidature. Après plusieurs appels du pied, qui n'ont abouti qu'au désistement de l'écologiste Yannick Jadot, le socialiste se résout à abandonner l'idée d'un rapprochement avec Jean-Luc Mélenchon.

Ils concluent cependant un accord lors d'un dîner, le 24 février 2017. "Je n’ai pas été surpris qu’il me confirme sa candidature et il ne l’a pas été que je lui confirme la mienne. Nous sommes convenus d’un code de respect mutuel dans la campagne", explique le député des Yvelines. Malgré des différences évidentes, notamment sur la "question essentielle de l'Europe" mise en exergue par Benoît Hamon, les deux hommes respectent pendant plusieurs semaines ce pacte, y compris lors du premier grand débat télévisé entre les cinq principaux candidats à la présidentielle. La stratégie suscite d'ailleurs des interrogations au sein du Parti socialiste.

2. La rupture

Fin mars, les courbes s'inversent. Benoît Hamon chute dans les sondages, pendant que Jean-Luc Mélenchon entreprend une progression fulgurante. Le socialiste fait alors voler en éclats le pacte dans une succession de piques rapprochées. Il fustige une "fascination" de son adversaire pour Vladimir Poutine puis, réagissant à un énième refus de Jean-Luc Mélenchon de retirer sa candidature, déplore qu'un "certain caractère l'empêche d'être plus utile à la gauche qu'il ne l'est en réalité".

Entre-temps, l'équipe de campagne de Jean-Luc Mélenchon voit le vent tourner et finit par riposter. Alexis Corbière, sur RTL, n'y va pas de main morte : "Je conseille à Benoît Hamon de continuer sa campagne plutôt que de polémiquer avec nous, surtout avec des arguments qui sont assez petits (...) J'ai envie de dire à Benoît : calme-toi, prends une bonne petite tisane. (...) Fais ta campagne et, de grâce, respecte l'accord que nous avions : pas de coups sous la ceinture".

Le glas est sonné lors du débat du 5 avril, qui réunit cette fois les onze candidats à la présidentielle. En pleine thématique européenne, durant laquelle le porte-voix de la France insoumise explique son intention de renégocier les traités de l'UE, Benoît Hamon lâche devant 6,3 millions de télespectateurs : "J'ai un désaccord avec vous, Jean-Luc Mélenchon. (...) Ça manque de solutions, votre programme sur l'Europe. (...) Le chemin que vous proposez, c'est la sortie de l'euro et de l'Europe".

3. L'amertume de Mélenchon

L'élimination des deux candidats ne met pas un terme à la querelle. Trois jours après le premier tour, Alexis Corbière fait porter à Benoît Hamon la qualification de Marine Le Pen pour le second tour : "À quoi a servi (...) le fait qu'il utilise ses dernières journées, notamment son meeting à la République, pour nous insulter et dire que nous avions un problème avec la démocratie ? Lui, il l'a fabriquée, Marine Le Pen au deuxième tour".

Jean-Luc Mélenchon tiendra des propos similaires, dans une interview publiée début septembre par La Provence : "S'il avait retiré sa candidature, il serait aujourd'hui premier ministre et moi président de la République. Les lois de l'Histoire n'annulent pas la responsabilité des décisions individuelles. Macron et Bayrou ont su saisir les occasions. Nous aussi. Pas lui".

4. La réconciliation ?

En dépit de ces propos, le mois de septembre semble aussi être celui d'un apaisement des relations. En pleine séquence politique des ordonnances de réforme du Code du travail, Benoît Hamon annonce son intention de se rendre à la manifestation de la France insoumise du 23 septembre : "Moi, je veux l'unité. Je trouve que c'est ridicule, quand les mots d'ordre sont les mêmes, de ne pas se retrouver sur les mêmes combats". Le jour J, ils s'affichent effectivement côte à côte. Quelques jours plus tôt, Jean-Luc Mélenchon avait dit sur son blog qu'il considérait ce rapprochement comme un "événement politique de première importance" et qu'il pouvait s'agir d'un "heureux commencement".

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