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Marine Le Pen : tout comprendre de l'affaire du Parlement européen

ÉCLAIRAGE - Comme François Fillon, Marine Le Pen fait face aux affaires pendant cette campagne présidentielle. Pas de quoi éteindre l'engouement qu'elle suscite dans les sondages.

Marine Le Pen, invitée de "l'Émission Politique", le 9 février 2017
Marine Le Pen, invitée de "l'Émission Politique", le 9 février 2017 Crédit : THOMAS SAMSON / AFP
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Ludovic Galtier
Journaliste RTL

C'est l'autre affaire de cette présidentielle. Elle concerne Marine Le Pen. La présidente du Front national est accusée par le Parlement européen d'avoir rémunéré plusieurs permanents du parti en qualité d'assistants d'eurodéputés. En clair, ces derniers auraient travaillé pour le Front national aux frais de l'institution européenne, dont les bureaux se situent entre Strasbourg et Bruxelles. Une nouvelle perquisition, réalisée par les enquêteurs, a eu lieu dans les bureaux du Front national le 20 février.

À l'image des 577 députés français, leurs 785 homologues européens, à qui il est interdit d'employer "un conjoint actuel ou passé" depuis 2009, bénéficient d'une enveloppe de 21.349 euros, le crédit parlementaire, pour rémunérer leurs collaborateurs, qu'ils soient accrédités ou locaux.

4.060 attachés parlementaires sont actuellement enregistrés au sein de l'institution. Et selon l'article 33 du code de bonne conduite du Parlement européen, "seules les dépenses nécessaires et directement liées à l'exercice du mandat parlementaire peuvent être défrayées." 7 questions pour tout comprendre de l'affaire.

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1. Comment et quand l'affaire a débuté ?

L'hebdomadaire Marianne assure qu'un signalement anonyme, émis le 20 janvier 2014, a mis la puce à l'oreille du Parlement européen. Selon cette source, Marine Le Pen "utiliserait l'enveloppe budgétaire destinée à rémunérer ses collaborateurs au Parlement européen pour payer des agents travaillant pour le Front national."

Martin Schulz, ancien président du Parlement européen qui s'apprête à défier Angela Merkel aux élections législatives de 2017 en Allemagne, a découvert le pot-aux-roses. Il relève des doublons dans l'organigramme du Front national : selon lui, des attachés parlementaires rémunérés par l'Europe auraient occupé des fonctions partisanes. "On ne peut pas être payé par le Parlement européen et travailler pour un parti", s'indignait Martin Schulz, s'appuyant sur l'article 43 du code de bonne conduite de l'institution.

2. Quelle somme l'Olaf réclame-t-il à la présidente du Front national ?

L'Office européen de la lutte antifraude (Olaf) avait alors été saisi par l'institution et une information judiciaire ouverte le 15 décembre 2016 pour "abus de confiance", "escroquerie en bande organisée", "faux" et "travail dissimulé."

En octobre 2016, ce dernier, qui a mis fin à son enquête, réclame 339.946 euros à Marine Le Pen en dédommagement de salaries versés à deux assistants parlementaires entre 2010 et 2016. Une somme qu'elle refuse de rembourser. En conséquence, depuis le 1er février, elle est privée de la moitié de sa rémunération de députée européen.

3. Quid de Thierry Légier, garde du corps du FN et attaché parlementaire ?

Qui sont les attachés parlementaires concernés ? Le premier d'entre eux s'appelle Thierry Légier. Garde du corps pour le Front national depuis 1992, il aurait bénéficié d'un de ces contrats d'attaché parlementaire entre octobre et décembre 2011 (7.237 euros net mensuel pour un trois quart temps). À son sujet, l'Olaf se montre catégorique. "Olaf considère que Mme Le Pen a produit au Parlement européen un contrat de travail apparemment faux pour l’emploi fictif de M. Légier, en qualité d’assistant local, pour la période d’octobre à décembre 2011."

Dans cette même synthèse de l'Olaf révélée par Marianne et Mediapart, il est indiqué que Marine Le Pen a reconnu avoir salarié fictivement son garde du corps comme assistant parlementaire. Marine Le Pen "a reconnu d'une part que les bulletins de salaire établis sur la période d'octobre à décembre 2011 pour un montant de 41.554 euros n'ont jamais été payés au bénéficiaire indiqué, Thierry Légier, et que d'autre part elle ne l'avait pas employé pendant ces trois mois".

Totalement faux, rétorque la présidente du FN. Au micro de France Bleu vendredi 17 février, la candidate, qui a porté plainte contre l'Olaf en Belgique, a nié en bloc. Elle assure qu'elle n'a "jamais reconnu quoi que ce soit devant des enquêteurs (de l'Olaf, ndlr) que je n'ai jamais vu." L’eurodéputée frontiste, qui promet d'apporter les preuves "en temps nécessaire" à l'Olaf, a continué à clamer son innocence. Elle s'est défendu en évoquant "une régularisation comptable entre le Parlement européen et le tiers payant."

De son côté, le Parlement européen, cité par Marianne, a démenti les affirmations de Marine Le Pen : "Le (Parlement européen) ne demande jamais à un député de produire des faux documents ou des fausses attestations pour couvrir des opérations. Dans son rapport, l’Olaf signale de plus "que les déclarations de Mme Le Pen sur l’acceptation par le Parlement européen de la régularisation évoquée sont démenties par les services concernés et qu’en outre, aucun document comptable n’appuie les affirmations de Mme Le Pen".

4. Pourquoi une amie de Marine Le Pen se retrouve dans cette affaire ?

Catherine Griset est, elle aussi, l'une des protagonistes de cette affaire. Assistante accréditée de Marine Le Pen au Parlement européen entre décembre 2010 et février 2016, elle avait signé un "contrat à temps plein équivalent". En parallèle, elle a été nommée en février 2015 chef de cabinet de la présidente du Front national. Un cumul de fonctions impossible.

Sa défense n'aurait pas été jugée convaincante. Selon le Parlement européen, elle "n’a pas été en mesure de démontrer qu’elle résidait de façon continue ou avec un caractère permanent en Belgique, ni qu’elle se rendait régulièrement à son lieu de travail", a indiqué dans un courrier à Marine Le Pen, Klaus Welle, le plus haut fonctionnaire du Parlement européen.

En effet, aucun bail, aucun contrat d'électricité et d'eau n'a été trouvé au nom de Catherine Griset à Bruxelles. "J'ai été logée par des amis qui avaient une grande maison", assure cette amie de longue date de Marine Le Pen à l'Olaf. Elle aurait été contrainte de dormir sur "un canapé-lit" pour cause de travaux, selon des propos rapportés par L'Obs.

L'hebdomadaire révèle par ailleurs une petite phrase étonnante de Catherine Griset. Pour justifier l'absence de trace des passages de Catherine Griset au Parlement européen, elle assure avec aplomb : "Je rentrais par le parking, dans la même voiture que madame Le Pen." Pourtant, les assistants sont censés emprunter un portique spécifique.

5. Pourquoi le Front national doit-il rembourser plus d'un million d'euros ?

Selon L'Obs, qui consacrait un dossier à l'affaire début février, "cinq autres députés FN sont visés par des mesures de recouvrement de la part du Parlement européen". Il s'agit de Jean-Marie Le Pen, Bruno Gollnisch, Mylène Troszczynski, Sophie Montel et Dominique Bilde. Une vingtaine de contrats d'assistants parlementaires sont supposés litigieux.

6. Pourquoi l'Olaf est-il la cible des attaques du Front national ?

Invitée de L'Émission politique sur France 2 le 9 février, la candidate estimait que le Parlement européen "combat au quotidien" le Front national, comme le Ukip, parti britannique qui avait fait campagne pour le Brexit en 2016. "Il se sert de ces affaires pour nous gêner dans notre mandat, parce que nous combattons l'Union européenne".

Sur RTL vendredi 17 février, Florian Philippot, avait adopté la même stratégie. Il compare l'Olaf au "bras armé de la Commission de Bruxelles". Le vice-président du parti ajoute que "l'Union européenne, via l'Olaf, veut notre peau (...) "Comme par hasard ! C'est extraordinaire, les gentils européistes, les gentils fédéralistes, eux, ils ne sont jamais inquiétés."

7. Qu'est-ce que l'Olaf qui enquête sur ces emplois présumés fictifs ?

Comme le rappelle Le Figaro, l'Office européen de lutte antifraude a pour objectif de "protéger les intérêts financiers de l'Union européenne en enquêtant sur les cas de fraude et de corruption" commis par le personnel des institutions de l'UE. Sur le papier, l'organisme se veut indépendant. Une définition à laquelle n'adhèrent pas Marine Le Pen et ses lieutenants. 

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