1 min de lecture Jean-Michel Aphatie

Mariage annulé : Christine Boutin évoque les "difficultés des relations entre notre société et l'Islam"

Invitée de RTL, Christine Boutin a réagi au jugement du tribunal de Lille qui a annulé un mariage car l'épouse n'était plus vierge. Pour la ministre du Logement et de la ville, la loi française a permis à cette femme de se protéger. Elle voit dans cette décision de justice le symbole des "difficultés des relations entre notre société et l'Islam". "Je partage l'émotion collective mais je pense qu'il est nécessaire de laisser au juge le choix de trancher" a-t-elle expliqué sur RTL.

Jean-Michel Aphatie
Jean-Michel Aphatie
et Georges Brenier



A écouter aussi :
- Tollé après l'annulation d'un mariage pour non-virginité
- Il obtient l'annulation de son mariage car sa femme n'était plus vierge

Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Christine Boutin.

Christine Boutin : Bonjour.

Un jugement du tribunal de Grande Instance de Lille suscite la polémique. Le mari a obtenu de la justice française l'annulation de son mariage, parce que contrairement à ce que lui avait assuré, son épouse n'était pas vierge. Qu'avez-vous pensé de ce jugement, Christine Boutin ?

Avant de vous dire ce que j'ai pensé sur cet événement, je voudrais - parce que je me sens très touchée par la mort d'Yves Saint Laurent - et je tiens à lui rendre hommage. Il a mené le combat de l'élégance et a permis à beaucoup de femmes, à toutes les femmes françaises je pense, d'être fières de notre féminité. Vraiment. Donc, je suis touchée par cela.

Vous teniez à le dire, c'est fait.

Voilà, merci. Alors, si vous voulez, je ne veux pas augmenter tout le psychodrame national qu'il y a par rapport à cette affaire. Je pense que les réactions qui sont vives, surtout dans toute la France, montrent les difficultés que nous avons dans nos relations entre nos sociétés et l'Islam. Alors, je suis comme tout le monde...

Vous placez ça sur le terrain de l'Islam, vous, carrément ?

Oui, je pense que la violence vis-à-vis de ce tribunal, de ce jugement, est pour moi un symptôme de la difficulté que nous avons à pacifier nos relations avec l'Islam.

Je vous fais juste remarquer, Mme Boutin, que le jugement ne mentionne pas la confession des plaignants.

Absolument. Oui. Mais oui, mais ce n'est pas grave cela. Ce qui est important, c'est de voir pourquoi y a-t-il - alors qu'il y a des jugements de nullité qui sont donnés fréquemment - pourquoi celui-là, justement, prend autant d'ampleur ?

Parce que jamais la virginité n'avait été une cause de nullité.

Non, non. Ah, je ne sais pas... Peut-être.

Voilà, c'est la première fois.

Mais peut-être. C'est peut-être cela.

C'est peut-être pour ça.

Mais ce que je pense, personnellement, c'est que la France n'a pas l'habitude de demander aux juges de regarder en-dessous le drap ce qui se passe.
Je pense également que nos pratiques juridiques et mes convictions personnelles découlent d'une vieille histoire qui refuse de juger une femme que certains voulaient lapider. Donc, je partage l'émotion collective que nous avons aujourd'hui. Mais je pense, d'un autre côté, qu'il est nécessaire de laisser aux juges le soin de trancher.

Vous savez, chaque affaire est un cas d'espèces, et moi je me pose vraiment la question de savoir si cet article 180 du Code civil n'est pas en train de protéger cette femme car, en réalité, elle savait très bien qu'elle n'était plus vierge. Elle a accepté de se marier et elle a surtout accepté de se pourvoir pour obtenir la nullité. Et je me demande si, en réalité, elle n'était pas dans une situation où elle était forcée culturellement, religieusement ou je ne sais, familialement, de se marier.

Et en fait, est-ce que l'article 180 du Code civil n'est pas en train de protéger le plus faible, comme c'est la tradition dans notre Droit. Personnellement, je m'interroge beaucoup et je pense même - c'est une litote de le dire - je pense même que cet article 180 va dans ce sens.

Donc, vous êtes opposée à la modification de l'article 180 comme certains députés peuvent le demander aujourd'hui  et opposée aussi à ce que le Procureur de la république fasse un pourvoi dans l'intérêt de la loi ?

Je pense qu'il faut réfléchir au fond dans cette affaire. Il y a l'émotion qui est due à l'environnement ; et je répète parce qu'aujourd'hui ; et nous avons ... quand le président de la République nous demande de lancer un véritable débat de civilisation, je crois que nous sommes au cœur par ce jugement du tribunal de Lille d'un problème de civilisation. Comment nous nous positionnons par rapport à tout cela ? Il faut que nous acceptions de nous ouvrir et d'accepter nos traditions. Et moi, je m'inscris, vous le savez fort bien dans cette tradition, avec le forum des républicains sociaux, nous voulons être les héritiers de la Démocratie Chrétienne, et nous portons cela ; mais au-delà de cela, il faut aller plus loin. Et je pense qu'au-delà de l'émotion, de la sensibilité, il faut se demander si vraiment cet article 180 ne protège pas contre les mariages forcés.

Beaucoup de personnes et notamment de femmes qui ont condamné ce jugement du tribunal de Grande Instance de Lille, l'ont fait pour des raisons d'égalité entre hommes et femmes. Vous, vous avez souhaité placer cela sur le terrain de l'Islam. Pourquoi ?

Oui, mais parce que je crois que c'est le véritable enjeu. Vous savez... La question aurait été différente si cette femme avait refusé de demander la nullité. Si la femme avait refusé, pardon, la nullité, je pense que la situation aurait été différente et qu'effectivement, ça se serait posé sur uniquement la différence entre homme et femme. Comment se fait-il que cette femme - alors que nous savons très bien : celle-ci a eu le courage de ne pas faire de l'hymnéoplastie pour masquer qu'elle n'était plus vierge. Donc elle a eu un combat et le combat c'est le combat de la liberté. Moi, je trouve que justement le droit français protège le plus fragile ; et cette femme a pu exercer sa liberté alors que peut-être, avant, eh bien elle n'a pas pu dire qu'elle ne voulait pas se marier avec cet homme, elle n'a pas pu faire compte contenu des contraintes familiales, sociales, culturelles et peut-être religieuses de son milieu, elle n'a pas pu dire NON, mais elle a utilisé le droit français pour sauver sa liberté. Donc, calmons-nous par rapport à cela ! Calmons-nous !

Logement... Immobilier... Les transactions au premier trimestre 2008 sont inférieures de 28% pour le logement neuf par rapport au premier trimestre 2007. Sommes-nous en face d'une crise du Logement, Christine Boutin ?

Alors, vous savez comme dans toutes les statistiques, il faut les regarder avec finesse. Effectivement, il y a un léger tassement mais la situation est très inégale sur le territoire français et aussi bien dans les ventes que dans les mises en chantier, il y a une progression, au contraire, de la construction.

Moins 28 % de transactions au premier trimestre 2008.

Non, mais c'est dans toute la France.

Donc, il n'y a pas une progression ?

Si, sur la région Ile-de-France, sur la région Rhône-Alpes et sur la région Nord qui sont les trois régions tendues au niveau du logement. Il y a une progression aussi bien dans la vente que dans la mise en chantier.

Alors, où se constatent les pertes ?

Elles se constatent, par exemple, dans le Limousin, effectivement dans certains régions où il y a eu trop de constructions ; et là, effectivement il y a un problème parce qu'il y a une offre qui est supérieure à la demande ; mais heureusement, dans les zones tendues, ça continue et je dois dire, j'ai toute confiance dans les professionnels qui investissent et qui continuent d'investir dans les espaces où on a besoin de construire. Vous savez, c'est très, très important ça. Aujourd'hui la France n'arrive pas à loger tous ses enfants, en particulier dans les zones tendues. Moi je suis heureuse de voir que dans ces différentes régions, on continue à construire et à vendre.

Les professionnels notent que le crédit est de plus en plus cher : 4,80% en moyenne aujourd'hui. Donc, ils disent : ça risque quand même de pénaliser beaucoup le marché dans les mois à venir.

Oui, bien sûr, il est certain que les banquiers avec lesquels j'ai l'habitude de travailler comme avec tous les professionnels du Bâtiment, et je tiens à remercier tous les partenaires pour leur énergie, effectivement si vous voulez, les banquiers sont plus exigeants dans les conditions à respecter pour l'octroi d'un Prêt.

A tort ?

Et on n'est absolument pas dans la logique anglaise, américaine ou espagnole. La France n'est pas du tout dans cette situation. Elle est dans une situation de léger tassement mais nous sommes très supérieurs à tout ce qui avait été fait depuis trente ans. Aujourd'hui, on est à peu près au niveau de 2004 dans les transpositions, à la fois des mises en construction et des ventes. Dans l'ancien, ça se maintient tout à fait et vous le savez bien. Donc, il n'y pas de crise dans l'immobilier en France aujourd'hui.

Vous n'êtes pas inquiète, ce matin, Christine Boutin ?

Non.

Christine Boutin qui est optimiste sur RTL. Bonne journée.

Lire la suite
Jean-Michel Aphatie L'invité de RTL Chroniques
Restez informé
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants
article
130885
Mariage annulé : Christine Boutin évoque les "difficultés des relations entre notre société et l'Islam"
Mariage annulé : Christine Boutin évoque les "difficultés des relations entre notre société et l'Islam"
Invitée de RTL, Christine Boutin a réagi au jugement du tribunal de Lille qui a annulé un mariage car l'épouse n'était plus vierge. Pour la ministre du Logement et de la ville, la loi française a permis à cette femme de se protéger. Elle voit dans cette décision de justice le symbole des "difficultés des relations entre notre société et l'Islam". "Je partage l'émotion collective mais je pense qu'il est nécessaire de laisser au juge le choix de trancher" a-t-elle expliqué sur RTL.
https://www.rtl.fr/actu/politique/mariage-annule-christine-boutin-evoque-les-difficultes-des-relations-entre-notre-societe-et-l-islam-130885
2008-06-02 07:50:00