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Manuel Valls : premier ministre puis candidat, l'équation dangereuse pour 2017

INTERVIEWS - Manuel Valls est officiellement candidat à l'élection présidentielle. Une candidature risquée pour un premier ministre.

Manuel Valls, le 24 novembre 2016
Manuel Valls, le 24 novembre 2016
Crédit : JOEL SAGET / AFP
Marie-Pierre Haddad

On l'attendait pour 2022. Manuel Valls s'est lancé finalement dès ce lundi 5 décembre dans la course à l'élection présidentielle. Le Premier ministre a officialisé sa candidature à la primaire socialiste depuis son fief d'Évry. Cette annonce marque la fin d'une lutte contre François Hollande qui avait atteint son apogée au lendemain du deuxième tour de la primaire de la droite et du centre. Manuel Valls avait multiplié les attaques en annonçant qu'il pourrait se présenter à la primaire PS, même si le chef de l'État se portait candidat. Ce fut l'attaque de trop qui provoqua une succession de déclarations émanant de l'Élysée et Matignon pour tenter d'apaiser la situation. Selon les informations du Journal du Dimanche, la crispation entre les deux hommes à la tête de l'État est devenue telle que Manuel Valls aurait exercé une "pression psychologique" envers le président de la République en l'interrogeant "tous les jours" sur "sa décision".

Selon un sondage Harris Interactive, Manuel Valls bénéficie d'une remontée de sa cote de popularité, qui atteint 30%. Il progresse de 5 points chez les sympathisants socialistes. Cependant, 69% des personnes interrogées affirment ne pas faire confiance au Premier ministre. À noter que François Hollande connaît aussi une embellie dans les sondages, avec 22% d'opinions favorables. L'institut de sondage précise néanmoins que l'étude a été réalisée pour l'essentiel avant que le président de la République ne renonce à se représenter pour 2017.

Manuel Valls aura donc réussi son tour de force mais doit désormais affronter les autres candidats à gauche. Il devra d'abord faire face à ses rivaux "directs", candidats à la primaire socialiste, comme Arnaud Montebourg, Benoît Hamon, Marie-Noëlle Lienemann, Gérard Filoche, François de Rugy, Jean-Luc Bennahmias et Pierre Larrouturou. Hors primaire, il devra aussi répondre aux attaques de Jean-Luc Mélenchon, Emmanuel Macron, Sylvia Pinel, Nathalie Arthaud, Philippe Poutou et Yannick Jadot. Contrairement à ses concurrents, Manuel Valls s'engage dans la course avec un handicap particulier : il a été premier ministre.

Un poste "siège éjectable"

L'histoire de la Ve République semble jouer contre lui. Jacques Chirac tentera l'expérience en 1988 et sera battu par François Mitterrand, élu avec 54% des voix. Même échec en 1995 pour Edouard Balladur et en 2002 pour Lionel Jospin, tous deux éliminés au premier tour. Contrairement à ses prédécesseurs, Manuel Valls a clarifié sa situation. "Je quitterai mes fonctions dès demain car je veux en pleine liberté proposer un chemin aux Français", a-t-il annoncé lors de sa déclaration de candidature. Être candidat tout en restant à Matignon n'était pas envisageable étant donné la complexité de la tâche. Joint par RTL.fr, le politologue Olivier Rouquan explique qu'il aurait dû "faire face à beaucoup de reproches". 

Le rôle du premier ministre se qualifie par sa fidélité et sa loyauté au président de la République. C'est la principale qualité requise

Delphine Dulong, spécialiste en sciences politiques
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"Un premier ministre en campagne aurait été problématique car il aurait été à la tête de la majorité et donc relativement indisponible pour la campagne en elle-même. Cela aurait été aussi une situation très singulière vis-à-vis de François Hollande et aurait contribué à un abaissement de la fonction présidentielle. C'est justement l'acte à éviter lorsque l'on est dans la course pour la présidentielle", ajoute-t-il. Ce constat est partagé par la spécialiste en sciences politiques, Delphine Dulong. "Le rôle du premier ministre se qualifie par sa fidélité et sa loyauté au président de la République. C'est la principale qualité requise", indique-t-elle à RTL.fr

Pompidou, l'exception à la règle

Le premier ministre paie donc dans les urnes son implication directe dans la politique menée par l'exécutif. "Il est associé à une image de 'dominant-dominé' avec le président. Il est donc très compliqué pour un premier ministre d'endosser une image de chef de l’exécutif", note Delphine Dulong. Et pourtant, Georges Pompidou s'était imposé à la tête de l'État, après avoir été le premier ministre de Général de Gaulle. La raison ? "Il s'est dissocié du bilan du président en quittant assez tôt ses fonctions", rappelle Olivier Rouquan. Ce dernier avait toutefois démissionné en 1968 et présenté sa candidature l'année suivante, à la suite de la démission du général de Gaulle.

La première erreur de campagne que pourrait avoir commis Manuel Valls, serait d'avoir attendu trop longtemps pour faire part de ses intentions présidentielles et de ne pas avoir quitté son poste de premier ministre. "Il prend beaucoup de risques. Cependant, il jouit d'une popularité durable et forte mais tant qu'une campagne n'est pas commencé, il est difficile de se prononcer sur son résultat. Si Manuel Valls sort vainqueur de la primaire socialiste, il peut incarner le rassemblement à gauche. À condition, qu'il soit élu avec un score honorable", juge OIivier Rouquan.

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