1 min de lecture Chroniques

Manuel Valls : "Le pays a besoin de réconciliation"

Au lendemain du second tour de la Présidentielle qui a vu la victoire du candidat socialiste, le directeur de la communication de François Hollande répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie et Yves Calvi lundi matin.

Manuel Valls lundi 7 mai dans les studios de RTL
Manuel Valls lundi 7 mai dans les studios de RTL Crédit : Abaca
Calvi-245x300
Yves Calvi Journaliste RTL

Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Manuel Valls.

Manuel Valls : Bonjour.

On ne doute pas que la victoire soit belle pour vous ce matin, Manuel Valls. Mais après cinq ans de pouvoir de Nicolas Sarkozy, ça n'est pas une victoire très large. Comment expliquez-vous ce résultat ?

Mais j'ai toujours considéré, et François Hollande le premier, que la victoire serait difficile. La gauche n'a gagné l'élection présidentielle que deux fois, avec François Mitterrand. Nous ne sommes pas au pouvoir depuis des années, c'est une élection difficile. Je veux rappeler que le soir du premier tour, le bloc de droite, faisait près de 48%.

Le pays est fatigué, divisé, ça n'était pas facile de convaincre, et c'est pour cela que je considère que le score de François Hollande est un très beau score. C'est une belle victoire, et sans doute qu'il n'y avait que lui par sa ténacité, sa cohérence, sa relation avec les Francais, qu'il pouvait gagner.

Yves Calvi : Outre la victoire de François Hollande, c'est le chiffre des bulletins blancs et nuls. Près de deux millions de bulletins, près de 6% de votants, c'est le double de l'avance de François Hollande sur Nicolas Sarkozy. Ca vous inquiète ?

Non, ça veut dire quelque chose. D'abord, il y avait eu déjà pour le premier tour beaucoup de bulletins blancs, et là je veux rappeler qu'il y a une formation politique, le Front National, qui a appelé à travers Marine Le Pen, à voter blanc. Ca veut dire bien, qu'en plus de la crise économique, il y a aussi une crise en partie, politique, même si elle est dépassée parce que les électeurs ce sont déplacés tout de même. Je veux retenir cela, beaucoup de pronostiqueurs, de commentateurs pronostiquaient une abstention beaucoup plus forte. Moi, je veux retenir à la fois la victoire de François Hollande, mais ce qui s'impose, l'obligation de rassemblement, de reconciliation des Français, c'est le projet de François Hollande.

Jean-François Copé, faisait remarquer il y a quelques instants, à Alain et Jean-Michel, que François Hollande serait le premier président élu, sans la majorité des exprimés.

Moi, ce que je veux retenir, ce sont les mots de Nicolas Sarkozy et de la plupart de l'UMP, hier soir, j'espère, que la nuit courte n'a pas porté mauvais conseil. On ne conteste pas une victoire dans notre république. Comportement républicain, hier soir du Président de la République, doit s'imposer.

Donc, la dualité des réactions à droite, en particulier celle du Président de la République, vous y êtes sensible ?

Oui, bien sûr, c'est normal dans une démocratie, la démocratie et la République, sont des biens précieux, et en même temps fragile, regardons ce qui se passe partout dans le monde. Donc ce qui s'impose, c'est le résultat de hier soir, la victoire nette de François Hollande, elle est incontestable. Elle n'est d'ailleurs pas très loin, en terme de comparaison, de celle de François Mitterrand en 1981.

La même ferveur ?

On est dans un autre moment, mais hier à la Bastille, et partout en France, il y avait de la ferveur, de l'enthousiasme, et quelle attente notamment de la part de la jeunesse. Je pense que François Hollande l'a vue, l'a entendue, l'a sentie hier soir, devant cette foule magnifique à la Bastille. Oui, il y a de la ferveur, dans un autre moment, une autre époque, une France, un monde qui ont changé, avec sans doute, un sentiment de responsabilités, mais il y  avait une attente, il y avait de la ferveur.

Manuel Valls, qu'avez-vous à dire ce matin aux Français qui ont voté Nicolas Sarkozy, et qui sont inquiets.

Mon plus profond respect, c'est la démocratie. Et donc il faut à la fois remercier et saluer tous ceux et toutes celles qui ont voté pour François Hollande, et respecter profondément ceux qui n'ont pas fait ce choix. Le pays a besoin de réconciliation, de rassemblement. La France doit être redressée dans la justice, dans l'écoute de tous ceux qui sont exprimés au premier comme au second tour. Il s'agit de ne rejeter personne, il s'agit maintenant de redresser le pays dans la justice.

Hier, à la Bastille d'ailleurs, je n'ai pas ressenti, un esprit de revanche. C'est ça qui m'a frappé, moi, j'ai ressenti au fond, la victoire et le plaisir et le bonheur de la victoire, pas au moment de l'annonce des résultats, comme nous les avons connus, ou hier sur les plateaux de télévisions. Mais à la Bastille, quelques heures après, il y avait une volonté de vivre, un enthousiasme, une volonté de croire en l'avenir. Notre pays a besoin de sortir de la crise et de la morosité, même s'il faudra beaucoup d'efforts, notamment, parce que le chômage, la précarité, les exclusions, les injustices sont là.

François Hollande est donc élu Président de la République, savez-vous quand aura lieu la passation des pouvoirs, Manuel Valls ?

Non, mais dans le respect de nos traditions républicaines et surtout de la Constitution. Je crois que le terme du mandat du président de la République actuel, c'est en début de semaine prochaine, il n'y aucune raison que cela change, en tous cas, il n'y a aucune demande de la part de François Hollande qui est très attaché à nos institutions.

La situation politique dessine quel profil pour un prochain Premier ministre, selon vous ?

Ça, je viens vous dire que j'étais très respectueux des institutions de la Vème République, c'est à François Hollande de faire ce choix...

... Il l'a fait ?

Je ne crois pas, en tous cas il n'en n'a pas parlé.

On peut dire que lundi matin, il l'a fait ?

C'est à lui en tous cas de le faire, il n'y a que lui qui puisse le faire, un gouvernement de combat, un combat pour redresser le pays dans la justice, pour l'emploi, pour la jeunesse qui est la grande cause de François Hollande et de ce quinquennat, c'est ça le profil d'une équipe gouvernementale. Mais c'est à lui de dresser ce profil.

Vous êtes régulièrement cité par les Français dans les enquêtes d'opinions, comme un possible chef de gouvernement. Est-ce que vous êtes candidat ?

Non, d'abord on n'est jamais candidat à ce type de fonction. J'y suis très sensible, comme vous pouvez le penser. Vous savez, j'ai été candidat à la primaire citoyenne il y a quelques mois, mais je me suis refusé, mais c'était le cas de toute l'équipe,  je pense à ceux qui ont contribué à cette victoire, il y en a évidemment beaucoup, je pense notamment à Pierre Moscovici, Stéphane Le Foll, et Aquilino Morelle, parce qu'on s'est beaucoup engagé dans cette campagne, notre horizon, notre but, notre tâche, c'était hier soir. Après pour le reste, ça appartient, il y a une étape qui est maintenant franchie, une nouvelle page qui s'écrit. C'est à François Hollande de décider les responsabilités qu'il doit donner à chacun.

La victoire intervient dans un contexte particulier, très troublé sur le plan économique notamment, probablement une crise politique en Grèce, des incertitudes en Espagne, la Bourse de Tokyo qui baisse ce matin, l'Euro qui est attaqué sur ce marché. Ceci est un motif d'inquiétude, et peut peser la mise en place de votre projet Manuel Valls ?

Cela veut dire que l'Europe aussi, a besoin d'être dotée d'un véritable projet pour plus de croissance et d'emploi et de stabilité. Ça sera évidemment le cœur de la discussion entre François Hollande, Angela Merkel, et l'ensemble des dirigeants européens, dans les heures et dans les jours qui viennent, et c'est un message de confiance et de stabilité que souhaite faire passer François Hollande.

Mais aurez des marges de manœuvres, quand on voit les attaques sur l'Euro par exemple. Vous pensez que vous aurez des marges de manœuvres pour renégocier un traité ?

Mais il faudra évidemment trouver ces marges de manœuvres. Pourquoi y a-t-il aujourd'hui aussi une inquiétude par rapport à la Zone euro ? C'est parce qu'il n'y a pas de croissance. Parce que la compétitivité de nos économies est atteinte, et sans compétitivité, et sans croissance, on ne peut pas créer les conditions de l'emploi et de redressement pour l'Union Européenne.

Il y a une heure, sur cette antenne, Christian Menenteau, expliquait sur cette antenne que François Hollande serait confronté à deux types de risques : les marchés financiers, on peut dire que vous n'y pouvez rien, et ses rapports avec Angela Merkel. Qu'avons-nous à dire, qu'avez-vous à dire ce matin à l'Allemagne d'Angela Merkel ?

Mais que la relation franco-allemande est tout à fait fondamentale. Nous le savons depuis toujours, et au-delà des engagements politiques des uns et des autres. François Hollande est très attaché à cette relation, avec des autres pays évidemment, il respecte aussi les institutions européennes, je pense notamment à la Commission. Mais on a besoin de cette relation forte, il n'y a aucune raison que cela ne puisse pas aller dans ce sens.

Première mesure prise ou annoncée,  jusqu'ici par François Hollande, était le blocage du prix de l'essence. Ca entrerait en effet quand, parce que ça, je suis sûr que nos auditeurs y sont sensibles.

Le plus vite possible.

Vous le ferez ?

Mais évidemment. Je pense que les engagements qui ont été pris par François Hollande, seront tenus. Mais permettez-moi, puisque nous sommes seulement quelques heures après l'élection, de laisser le soin à François Hollande de faire un certain nombre d'annonces quand il sera officiellement Président de la République, même si hier soir les Français l'ont élu.

Demain, 8 mai 1945, on se souviendra de ce jour-là particulier, donc nous serons le 8 mai 2012. François Hollande, sera-t-il, à votre connaissance, aux cérémonies commémoratives ?
Très sincèrement, je ne sais pas. Lui-même d'ailleurs, d'une manière ou d'une autre, va les commémorer. Il est attaché évidemment à cette date, mais je n'ai pas d'informations à vous donner sur ce point.

Ce serait bien qu'il le soit ?

Mais il ne demande rien. Il y a un Président de la République sortant, jusqu'au début de la semaine prochaine. Et encore une fois, François Hollande respectera le rythme de nos institutions et de la Constitution.

Le cas échéant, vous seriez prêt à assumer une tâche de chef de gouvernement, Manuel Valls puisque votre nom est souvent cité ?

Mais la question, vient de m'être posée par Yves Calvi...

C'est la deuxième couche !

C'est au cas où...

Mais moi d'abord, je suis d'abord candidat à ma réélection comme député, parce que je me permets de vous le rappeler, pour mettre en œuvre le projet que nous venons d'évoquer, il faut une majorité nette à l'Assemblée nationale. C'est la cohérence même de nos institutions qui le dictent, et c'est le choix des Français hier soir, pour le reste, c'est à François Hollande de décider quelles sont les responsabilités qu'il va donner à chacun. Mais moi, vous savez, j'ai le pieds sur terre, je suis déjà très heureux.

Laissez-moi vous dire ce mot plus personnel, d'avoir participé à cette belle victoire, je le répète depuis hier, me retrouver hier à la Bastille, alors que j'y étais jeune homme en 1981. A l'époque, je n'étais pas Français, je n'avais pas pu voter, j'étais d'origine espagnole, être aujourd'hui un député de la Nation, et trouver cette fierté d'être français, avoir entendu la Marseillaise, chantée hier soir, par des dizaines de milliers de personnes, c'est déjà pour moi une formidable étape franchie. Le reste ne m'appartient pas.

On est heureux de vous entendre optimiste, parce que hier soir, il y avait un caractère de gravité dans toutes les interventions des lieutenants de François Hollande. Heureusement qu'on avait son sourire, mais voilà ce matin, vous vous détendez un peu.

Les deux sont vrais. Il y a évidemment une victoire, mais la gravité est là. C'est la responsabilité évidemment de l'exercice du pouvoir.


Lire la suite
Chroniques Le choix de Yves Calvi Exclu RTL
Restez informé
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants