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Macron président : peut-il redorer le blason de l'Europe avec Merkel ?

ÉCLAIRAGE - Le président de la République a affiché son optimisme après sa rencontre avec Angela Merkel, lundi 15 mai.

Emmanuel Macron et Angela Merkel à Berlin, lundi 15 mai 2017.
Emmanuel Macron et Angela Merkel à Berlin, lundi 15 mai 2017. Crédit : Tobias SCHWARZ / AFP
Ludovic Galtier
Ludovic Galtier
Journaliste RTL

Le chantier est énorme. Emmanuel Macron sait qu'il est attendu au tournant tant défense de l'Europe a été l'une des pierres angulaires de sa campagne présidentielle. Au premier mais surtout au second tour lorsque le candidat "En Marche !" était opposé aux europhobes Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan, celui que la candidate du Front national avait désigné comme étant son premier ministre. Dès son premier discours de président dimanche 14 mai dans la salle des fêtes de l'Élysée, Emmanuel Macron a donné le cap.

"L'Europe dont nous avons besoin sera refondée et relancée car elle nous protège et nous permet de porter dans le monde nos valeurs." Europhile convaincu, Emmanuel Macron a amplifié encore son désir d'Europe : "Nous aurons besoin d'une Europe plus efficace, plus démocratique, plus politique, car elle est l'instrument de notre puissance et de notre souveraineté. J'y œuvrerai."

Comment cette ambition peut-elle se traduire dans les faits ? D'abord par un symbole : la visite à la chancelière Angela Merkel - Nicolas Sarkozy et François Hollande avaient fait le même choix en 2007 et 2012. Emmanuel Macron, qui a déjà rencontré celle qui dirige l'Allemagne depuis 2005 lorsqu'il était candidat à la présidentielle mais aussi locataire de Bercy (2014-2016), a prononcé depuis Berlin un discours aux accents réformateurs, lundi 15 mai.

Réformer la zone euro ?

Le nouveau tandem européen entend en effet consolider la dimension "historique" du couple franco-allemand tout en refondant l'Europe, en réponse à "la montée des populismes" et le risque de "délitement" de l'Union européenne. Enthousiaste après l'élection d'Emmanuel Macron, la chancelière semble étonnamment prête à revenir sur l'un des points de friction entre France et Allemagne, sur lesquels Nicolas Sarkozy et François Hollande se sont cassé les dents, à savoir la réforme des traités européens, et notamment celui de la zone euro. Le rejet en France du projet de Constitution européenne en 2005 a laissé de mauvais souvenirs et la perspective de devoir faire valider un nouveau changement de traité par ratification dans tous les pays européens suscitait des réticences.

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"Du point de vue allemand, il est possible de changer les traités si cela fait sens", explique désormais Angela Merkel. Avec un bémol. "Sa marge de manœuvre est très limitée. Avec son ouverture aux migrants, elle a perdu beaucoup de capital politique et ne peut tirer trop sur la corde avec son parti de droite", confie l'un de ses ministres sous couvert de l'anonymat. Dans le même sens, Emmanuel Macron garantit qu'il n'y a "pas de tabou"... à une exception près tout de même. Le président français a d'emblée exclu l'idée d'une mutualisation des dettes "du passé" des pays de la zone euro, qui conduirait, selon lui, à "une politique de déresponsabilisation". Une hypothèse également inenvisageable pour l'Allemagne, qui craint de devoir payer pour les autres.

Le chef de l'État appelle en particulier de ses vœux la création d'un poste de ministre des Finances de la zone euro. Celle-ci disposerait d'un budget propre avec trois fonctions (investissements d'avenir, assistance financière d'urgence et réponse aux crises économiques), d'un Parlement et d'une capacité d'emprunt. "Ce dont la zone euro a besoin, c'est d'une politique volontariste en termes publics et privés et donc de réfléchir aux moyens d'injecter de l'argent neuf", a-t-il expliqué.

Réformer en France pour rassurer l'Allemagne ?

Le calendrier électoral en Allemagne - élections législatives en septembre 2017 - implique qu'aucune réforme en profondeur de l'Europe, aucune impulsion majeure, ne verrait le jour avant l'automne. De plus, insistent les analystes, la méfiance est toujours de mise outre-Rhin. Pour Berlin, ce qui compte avant tout, c'est que la France fasse d'abord des efforts chez elle, en réformant son marché du travail - Emmanuel Macron s'y emploiera vraisemblablement dès cet été avec une loi travail votée par ordonnance dès cet été - et en assainissant ses finances publiques.

"Avant de porter des réformes de l'UE, la France doit redonner confiance à ses partenaires et donner des gages en matière budgétaire", estime Charles de Marcilly, de la Fondation Robert Schuman. "Si vous parlez aux Portugais, Espagnols et Irlandais, ils pensent aussi que la France doit d'abord faire des efforts, car eux aussi, ils ont dû en faire", renchérit Judy Dempsey, auteure d'une biographie sur Angela Merkel. Selon les statistiques les plus récentes de la Commission, la France pourrait être en effet le seul pays des 19 de la zone euro à afficher un déficit public supérieur à 3% du Produit intérieur brut (PIB) en 2018, limite fixée par les règles européennes.

Apaiser l'hostilité des Français vis-à-vis de la mondialisation

Ces obstacles aux réformes en Europe empêcheront-ils Emmanuel Macron d'aller au bout de son idée ? Le nouveau président envisage de lever les angoisses liées à la mondialisation, argument notamment avancé par le Front national. "Nous exigerons que soit mis en place un socle de droits sociaux européens, en définissant des standards minimums en matière de droits à la formation, de couverture santé, d’assurance chômage ou de salaire minimum (à des niveaux tenant compte de l'inégal développement des États membres)", écrivait-il dans son programme. "Nous défendrons un 'Buy European Act' permettant de réserver l’accès aux marchés publics européens aux entreprises qui localisent au moins la moitié de leur production en Europe.

Tripler le nombre de bénéficiaires d'Erasmus

Emmanuel Macron souhaite en outre que 200.000 Français (contre 70.000 aujourd'hui) bénéficient chaque année du programme Erasmus, soit 25% d'une classe d'âge. "Le nombre de Français bénéficiant d’un échange universitaire ou professionnel chaque année dans l’UE sera triplé, ce qui renforcera les liens et la compréhension commune avec les autres pays européens", expliquait-il dans son programme. Invité de LCI lundi 15 mai, le mathématicien, Cédric Villiani, candidat aux législatives, assure qu'il faut "augmenter Erasmus" afin qu'il "touche une classe d'âge plus importante."

Lancé en 1987, le programme, qui permettait à l'origine d'aller étudier plusieurs mois dans une université européenne, a été largement enrichi. Lucas Chevalier, porte-parole d'Erasmus +, explique à RTL.fr que la première vertu de ce projet, porté par la Commission européenne, est désormais "l'insertion professionnelle grâce à une expérience à l'étranger".

Trente ans après sa création, les publics du programme ont, eux aussi, évolué. Au-delà des étudiants des universités, Erasmus contribue à l'enrichissement professionnel des apprentis, par le biais des Chambres de commerce et d'industrie, des étudiants issus d'écoles de l'enseignement supérieur privé mais aussi des demandeurs d'emploi. Le budget Erasmus + pour la France s'élève à 1,2 milliard d'euros par an (2014-2020).

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