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Présidentielle 2017 : que proposent Macron et Le Pen en matière de sécurité ?

LE DUEL (11/14) - Les deux finalistes dans la course à l'Élysée apportent des solutions bien différentes en terme de sécurité intérieure et de lutte contre le terrorisme.

Un militaire patrouille sur les Champs-Élysée après la fusillade du 20 avril.
Un militaire patrouille sur les Champs-Élysée après la fusillade du 20 avril.
Cécile De Sèze
Cécile De Sèze

L'un était ministre pendant les premiers attentats de l'année 2015. L'autre n'a jamais gouverné. Le premier défend en partie l'action de François Hollande et ses ministres de l'Intérieur pour lutter contre le terrorisme. La seconde affirme que "rien n'a été fait". Tous deux sont qualifiés pour le second tour de l'élection présidentielle qui se déroulera le dimanche 7 mai prochain. 

En attendant, tout semble séparer Emmanuel Macron de Marine Le Pen. Parmi leurs différences profondes, leur programme respectif pour la sécurité des Français est un point important. Cette sécurité, dans le contexte actuel, passe particulièrement par la lutte contre le terrorisme mais aussi par les mesures concernant la police nationale, la poursuite ou non de l'état d'urgence ou encore tout ce qui touche à la justice et son fonctionnement, toujours plus ou moins liée, finalement, à cette menace d'attentats. 

Si le candidat d'"En Marche !" se concentre sur le renseignement, celle qui est désormais en retrait de la présidence du Front national axe davantage son projet autour de l'expulsion des étrangers fichés S et la fermeture des frontières. Deux positions différentes pour cet enjeu majeur, comme l'a tristement rappelé l'attaque sur les Champs-Élysées à deux jours du scrutin.

La politique internationale

Pour lutter contre le terrorisme, Marine Le Pen veut "retrouver nos frontières". Pour elle, il est "impossible de lutter contre le terrorisme si on ne sait même pas qui rentre dans notre pays ou qui en sort pour aller chercher des armes et commettre des attentats chez nous", comme elle l'a expliqué lors du grand débat des 11 candidats. C'est ainsi qu'elle entend lutter contre l'arrivée ou le retour de potentiels terroristes prêts à frapper sur le territoire. Elle promet la création de 6.000 postes de douaniers qui permettraient, selon elle, de "rétablir le contrôle aux frontières".

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À l'opposé de cette position, Emmanuel Macron plaide pour gonfler massivement les effectifs de l'agence Frontex, de 1.000 à 5.000 postes. Cette agence est chargée de contrôler les frontières extérieures des pays membres de l'Union européenne. En terme de politique extérieure, le candidat "En Marche !" milite également pour la poursuite de l'intervention française dans le Sahel, au nord Mali, pour "éradiquer la menace à son origine." Il souhaite par ailleurs renforcer la coopération internationale dans les pays gangrenés par le terrorisme comme la Tunisie, la Turquie et certains pays d'Afrique.

En ce qui concerne la Syrie et l'Irak l'ancien ministre de Manuel Valls fait de la lutte contre Daesh "une priorité" et penche pour une "solution politique inclusive et une transition pour un nouveau régime". Du côté de Marine Le Pen, on souhaite une "politique du réel" : "Le réel, c'est que Bachar al-Assad dirige la Syrie aujourd'hui, il dirige une armée et il n'y a pas d'autre moyen si on veut éradiquer l'État islamique que de s'associer dans le cadre d'une large coalition avec Bachar al-Assad pour pouvoir mener à bien ce processus d'élimination de l'État islamique". Les "terroristes" auxquels s'attaquent le dirigeant syrien et ses alliés de Moscou et du Hezbollah ne sont toutefois pas tous des membres de Daesh. Des opposants au régime actuel en Syrie feraient également partie des personnes visées.

Le renseignement

C'est en abordant le renseignement, point crucial pour la sécurité en amont des Français, qu'Emmanuel Macron a surtout parlé de la lutte contre le terrorisme. À commencer par un renforcement du renseignement territorial et une meilleure coopération européenne. Il veut également développer ce qu'il appelle une "task-force permanente". Une sorte de cellule auprès du président de la République "qui permet de suivre en permanence les informations dont nous disposons sur Daesh et toutes celles et ceux qui peuvent nous menacer", a-t-il expliqué.Toutefois, selon Le Monde, "un coordinateur national du renseignement, qui dépend de l’Elysée, existe déjà". 

Le candidat d'"En Marche !" propose aussi de construire une cyberdéfense "avec un lien renforcé", a-t-il précisé lors du débat d'entre-deux-tours du mercredi 3 mai. Là aussi, d'après le ministère concerné, elle fait déjà partie des priorités du gouvernement actuel. 

Pour celle qui s'est mise en "congé de la présidence du Front national", il faut rétablir le renseignement de terrain pour lutter contre les trafics criminels. Marine Le Pen milite dans son programme pour la création d'une agence unique de lutte antiterroriste rattachée directement au premier ministre et qui serait chargée de l'analyse de la menace et coordination opérationnelle. 

La police

En matière de sécurité, la police est un sujet central, garante de la paix sur le territoire. Marine Le Pen veut "redonner des moyens à notre police et notre armée" ainsi que "remonter le budget de l'armée". Pour ce faire, elle souhaite créer 15.000 postes de policiers et gendarmes. Dans son programme en ligne, la candidate prône un "désarmement des banlieues" et une "reprise en main par l'État des zones de non-droit", sans préciser ce qu'elle entend par ce terme.

Elle demande aussi la présomption de légitime défense pour les fonctionnaires de police. En février dernier, une loi élargissant les conditions de légitime défense des policiers, réclamée par le corps policier depuis l'agression de quatre agents à Viry-Châtillon, a pourtant été adoptée. Marine Le Pen veut donc aller plus loin. Autre point : "Rendre systématiquement anonymes les plaintes des fonctionnaires de police afin de ne pas rendre les agents identifiables pour leurs agresseurs".

Pour Emmanuel Macron aussi, il faut renforcer les effectifs dans le métier. Il prévoit alors 10.000 postes supplémentaires de policiers et gendarmes sur les 5 années de son mandat. Une sorte de police de proximité sera également prévue, sous le nom de "police de sécurité quotidienne". Il entend aussi lutter contre les "pratiques abusives des contrôles d'identité" et rétablir les contrats locaux de sécurité.

L'état d'urgence

Depuis l'attentat du 13 novembre, et le vote du Congrès, la France est dans un état d'urgence permanent, souvent reconduit après l'annonce de son retrait. Mais pour Marine Le Pen, c'est un état d'urgence "de pacotille, qui ne sert à rien, qui n'est pas utilisé par le gouvernement pour mettre les Français en sécurité au maximum possible". Comme indiqué dans son programme et comme elle l'a répété pendant le débat, la candidate FN entend lutter contre le terrorisme en "brisant les réseaux fondamentalistes islamistes." "La France est une université des jihadistes", affirme-t-elle. 

Côté Macron, il faut poursuivre l'état d'urgence, et même l'étendre à la Guyane, explique-t-il dans une interview à France Ô, alors que la Guyane est le théâtre d'une grève générale et d'un profond malaise social. L'ancien ministre de l'Économie entend le maintenir dans l'Hexagone "aussi longtemps que la sécurité de nos concitoyens le justifie, aussi longtemps que les perquisitions administratives que seul permet l’état d’urgence sont indispensables", a-t-il déclaré lors de son passage au JT de France 2 le 19 mars, soit le lendemain de l'agression de militaires à Orly

Le fondamentalisme islamiste et la radicalisation

Pour lutter contre le terrorisme, Marine Le Pen veut "fermer les mosquées extrémistes recensées". Et pour "éradiquer l'idéologie du fondamentalisme islamiste" et lutter contre la radicalisation des jeunes, la fille de Jean-Marie Le Pen entend également "s'attaquer à toutes les associations sportives, sociales, culturelles qui se sont développées partout sur notre territoire dans lesquelles il y a des revendications religieuses qui sont inadmissibles". "La radicalisation doit être gérée par les tribunaux", martèle-t-elle. Pour elle, il faut également arrêter les financements étrangers de la part de "pays comme le Qatar, l'Arabie saoudite".  

Du côté d'Emmanuel Macron, le candidat veut "interdire" et "démanteler", "toutes les associations qui invitent à la violence, à la haine, à la division et qui font le jeu des jihadistes". En terme de radicalisation, le candidat qui marche s'interroge sur le fait que "des jeunes français et françaises, qui sont nés et ont grandi en France suivent des fanatiques et détruisent nos propres enfants" et en conclut que la France a une "part de responsabilité". 

Si ces "enfants qui sont nés dans la République, en arrivent là", "ça veut dire qu'il y a des malades psychiatriques et qu'on ne les suit plus, des déséquilibrés" et pour ce problème, il propose un "travail préventif" : "Notre République doit donner une place à chacun. Or notre République ne donne plus une place à tous nos jeunes, elle enclave, elle assigne à résidence des jeunes par l'échec scolaire, par l'échec économique et social", constate-t-il, mais sans exposer la manière dont il voudrait redonner cette "place" à chacun. 

Justice et prisons

Au niveau de la Justice, Marine Le Pen plaide pour appliquer "la déchéance de nationalité" pour les binationaux et "rétablir l'indignité nationale". Surtout, elle entend expulser les fichés S "toute de suite" et les étrangers condamnés ainsi qu'envoyer aux assises toute personne soupçonnée d'"intelligence avec l'ennemi". En ce qui concerne l'expulsion des fichés S, son projet se heurte toutefois à la réalité. Libération rappelle dans un article que la fiche S "n'a pas de vocation opérationnelle" mais "un rôle d'alerte" et de "collecte d'informations". Une personne fichée S n'a pas forcément commis d'acte puni par la loi. D'un point de vue judiciaire, sa proposition est donc difficilement tenable.

En termes purement juridiques, la candidate bleue marine veut abroger les lois pénales "laxistes", prenant l'exemple de la loi Taubira, rétablir les peines planchers et supprimer les remises de peines automatiques. Autre idée : supprimer les aides sociales aux parents de mineurs récidivistes et établir un peine de perpétuité réelle. Concernant les prisons, elle prévoit 40.000 places de prison supplémentaires. Et pour faire encore plus de places, elle envisage des "accord bilatéraux avec les pays dont sont issus les étrangers incarcérés pour qu'ils aillent faire leur peine dans leur pays d'origine". Elle souhaite aussi augmenter le nombre de magistrats. 

Emmanuel Macron milite également pour davantage de places en prison mais table sur 15.000 et 80% des détenus en cellule individuelle. Il ajoute un parcours de détention avec des activités, l'application des principales règles du code du travail en prison. "Toute personne condamnée à une peine de prison ferme inférieure ou égale à deux ans sera effectivement incarcérée" mais avec examen automatique d'un aménagement aux deux tiers de la peine, a-t-il expliqué. Il envisage également des alternatives à l'incarcération et pense à l'élaboration d'une agence qui se consacrerait à la question. Il souhaite aussi augmenter les effectifs des conseillers d'insertion et probation pour mettre l'accent sur la réinsertion des prisonniers et éviter la récidive.

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