4 min de lecture Présidentielle 2017

Macron à Whirlpool : comment le site de l'usine est devenu le "Florange" de 2017

DÉCRYPTAGE - Les salariés de l'usine d'Amiens, à la fois courtisés par Marine Le Pen et Emmanuel Macron, et médiatisés lors de l'entre-deux-tours, sont devenus l'image de cette campagne présidentielle.

Emmanuel Macron et Marine Le Pen  à l'usine Whirlpool d'Amiens le 26 avril 2017
Emmanuel Macron et Marine Le Pen à l'usine Whirlpool d'Amiens le 26 avril 2017 Crédit : CHRISTOPHE ARCHAMBAULT, John MACDOUGALL / AFP
MariePierreHaddad75
Marie-Pierre Haddad
Journaliste RTL

Marine Le Pen, Emmanuel Macron et les salariés de Whirlpool. En une journée, le site de l'usine située à Amiens a reçu les deux candidats à l'élection présidentielle. Entre visite surprise, court-circuitage, mégaphone et échanges musclés, les candidats se sont intéressés à la situation des 290 salariés. L'entreprise avait annoncé en janvier dernier sa volonté de recentrer la production de sèche-linges d'Amiens, à Lodz, en Pologne. L'objectif affiché est de bénéficier de "plus fortes économies d'échelle" et ainsi "sauvegarder sa compétitivité" dans un contexte "de plus en plus concurrentiel". 

Initialement, Emmanuel Macron devait discuter avec l'intersyndicale depuis la Chambre de commerce et de l'industrie d'Amiens. Pendant que le candidat répond aux questions des journalistes, Marine Le Pen tente un coup de poker en se rendant, au même moment, sur le site de l'usine Whirlpool. La candidate soutenue par le Front national déclare alors : "Je suis là, au côté de salariés, sur le parking, pas dans des restaurants amiénois". C'est ainsi qu'a commencé la journée qui pourrait bien devenir le tournant de cette élection présidentielle. 

Un coup politique

L'ancien ministre de l'Économie est donc allé à la rencontre des salariés de Whirlpool. "C'est un coup de communication réussie pour Marine Le Pen. Il s'agit même d'un coup politique. Les images étaient très difficiles pour Emmanuel Macron, qui discutait dans un bureau avec l'intersyndicale. Il reste dans son image d'une personnalité politique dans une bulle. Emmanuel Macron a déjà prouvé qu'il n'était pas à l'aise dans une campagne de terrain", analyse pour RTL.fr Virginie Martin, politologue. Emmanuel Macron avait taclé François Hollande lors de L'Émission Politique sur France 2, du 6 avril 2017 : "Je ne vais pas aller sur un camion et dire qu'avec moi, ça ne va pas fermer. Ce n'est pas vrai !". Face aux sifflets et aux questions des salariés, le candidat s'est d'abord muni d'un mégaphone pour s'adresser à eux, avant de prendre un micro et de diffuser son entretien avec eux en Facebook Live. "C'est un moment très fort de la campagne et très symbolique par rapport à l'affrontement de deux projets. Celui libéral d'Emmanuel Macron et celui qui veut fermer les frontières de Marine Le Pen", ajoute Laurent Bouvet, professeur de Sciences politique à l'université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines contacté par RTL.fr.

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L'usine Whirpool d'Amiens était un lieu stratégique à la fois pour Emmanuel Macron et pour Marine Le Pen. Pour le candidat "En Marche !", il s'agissait de "revenir sur ses terres", puisqu'il y est né. Le cas de ces salariés avait d'ailleurs été abordé lors de L'Émission Politique. L'ancien ministre avait alors expliqué : "Une campagne présidentielle n’est pas pour faire des propos d’estrade, faire des propositions qu’on ne peut pas tenir. Je ne me suis pas saisi des cas chauds de restructuration car c’est de la démagogie complète, ça a été fait il y a 5 ans, il y a 10 ans. Mon silence n’est pas une indifférence, mon silence est un refus de manipuler les situations. C'est trop facile ! Je ne vais pas vous dire : avec moi on ne fermera pas".

Amiens est aussi une terre de choix pour Marine Le Pen. Lors du premier tour de l'élection présidentielle, Emmanuel Macron y a récolté 28,01% des voix, Jean-Luc Mélenchon 24,87% et la candidate du Front national 18,42%. Depuis sa qualification pour le second tour, cette dernière courtise particulièrement le vote des Insoumis. "Est-ce que sérieusement vous envisagez de voter pour Emmanuel Macron, qui a annoncé qu'il allait mener une guerre sociale éclair, dès son élection, par ordonnances ? Il veut aussi lancer les entreprises les unes contre les autres", déclarait-elle sur TF1

"Un match de boxe" qui s'est joué sur le terrain

"Les ouvriers de Whirlpool sont dans le viseur de Marine Le Pen. Et elle connaît bien cet électorat", note Virginie Martin. Plus généralement, la candidate a "compris qu'elle devait être plus présente sur le terrain. Lors de la campagne du premier tour, elle n'a pas élargi son socle électorale. Pour le second tour, elle risque d'avoir du mal à rassembler les électeurs mélenchonnistes sur l'économies et les électeurs fillionistes sur les valeurs. L'électorat de François Fillon ont peur de sa proposition de sortir de l'Union européenne. Si elle décide de le faire, elle perd alors les Insoumis. Marine Le Pen se trouve dans une difficulté stratégique", analyse Laurent Bouvet. 

Selon Jean Petaux, politologue à Sciences Po Bordeaux, joint par RTL.fr : "On voit bien que Marine Le Pen a décidé de mettre en avant son électorat. Elle a challengé Emmanuel Macron en s'engageant dans un match de boxe. Et pour elle, ça passe par la gestion des conflits sociaux. L'usine Whirlpool fait partie de ces lieux médiatisés par la campagne électorale, comme Florange en 2012 ou encore Goodyear". Comme le rappelle LCI, "Florange, ce site sidérurgique de Moselle appartenant à ArcelorMittal, avait été l'objet en février 2012 d'un affrontement entre Nicolas Sarkozy et François Hollande". Le candidat socialiste s'était rendu sur place pour exprimer sa "solidarité" aux métallos. Assurément un temps fort de sa campagne où on voit le futur président, perché sur la plate-forme d'un camion, haranguer les salariés désespérés. 

Emmanuel Macron s'est mis en danger et s'en est bien sorti

Laurent Bouvet, professeur de Sciences politique à l'université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines
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Une différence de taille subsiste toutefois entre les deux événements, comme le souligne Laurent Bouvet. "Emmanuel Macron n'a pas fait de promesses à Whirlpool, comme François Hollande l'avait fait à Florange. Tout reposait sur ses promesses et c'est un piège dans lequel n'est pas tombé l'ancien ministre. Il a réussi à rattraper la situation en se rendant à la rencontre des salariés. Il s'est mis en danger et s'en est bien sorti. Il fallait un certain aplomb car il a dit ce qu'il avait à dire, sans transiger", explique-t-il. Jean Petaux insiste sur le fait que le candidat a fait preuve de "courage". "Il a pu rattraper une campagne qui avait mal commencé avec la polémique sur La Rotonde et la sortie ratée de l'hôpital de Garches. Mais attention à ne pas tomber dans la prophétie auto-réalisatrice, à force de répéter qu'il a raté son entrée dans la campagne de l'entre-deux-tours". 

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