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Loi Travail : "Un 49.3 qui arrange tout le monde", décrypte Alba Ventura

REPLAY / ÉDITO - Manuel Valls a dégainé cette arme constitutionnelle pour faire adopter sans vote le projet de loi El Khomri. Cela va laisser des traces.

Des personnes manifestent contre le 49-3 le 10 mai 2016 à Nantes
Des personnes manifestent contre le 49-3 le 10 mai 2016 à Nantes
Crédit : AFP / Jean-Sébastien Évrard
Loi Travail : "Un 49.3 qui arrange tout le monde", décrypte Alba Ventura
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Alba Ventura & Loïc Farge

Manuel Valls a donc engagé l'article 49.3 sur la loi El Khomri qui permet de faire passer un texte sans vote. Les Républicains et les centristes de l'UDI ont déposé une motion de censure (le vote aura lieu jeudi 12 mai après-midi). Le gouvernement ne va pas tomber, et la loi Travail va être adoptée. Pour tout dire, ce 49.3 arrange tout le monde.

Il arrange bien sûr le gouvernement. Manuel Valls a beau dire que "ça lui fend le cœur", ça lui permet d'arrêter les frais, de couper court au spectacle des divisions - même si elles sont toujours là - et de faire passer cette loi qu'il considère finalement ni trop à gauche, ni trop à droite. Mi-chèvre, mi-chou.
Ce 49.3 arrange aussi la plupart des socialistes, parce qu'il abrège leurs souffrances. Même chez les plus légitimistes, ceux qui soutiennent le gouvernement, nombreux sont ceux qui n'étaient pas très enthousiastes vis à vis de cette loi El Khomri. Au fond, ce 49.3 c'est le meilleur moyen pour eux de dire à leurs électeurs : "Ce n'est pas moi c'est le gouvernement, je n'y suis pour rien".

Même les "frondeurs", d'une certaine manière, ça les arrange. Ils auront montré à leurs électeurs qu'ils se sont battus comme des diables, et c'est parce qu'ils ont montré leurs muscles qu'ils ont contraint le gouvernement à dégainer le 49.3. Un frondeur c'est d'abord un élu. Et même si ça le démange de faire chuter le gouvernement, ça pense à sa réélection.

Cela arrange bien sûr la droite, qui va pouvoir se compter sur une motion de censure. Donc l'honneur est sauf. L'opposition se paye à bon compte finalement sur une réforme qu'elle n'a jamais osé faire.

Manuel Valls apparaît comme le Premier ministre du 49.3 ; et François Hollande, comme le Président des occasions ratées

Alba Ventura
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Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes ? Pas vraiment, non ! Parce que si plus ou moins tout le monde y trouve son compte, ce genre d'arrangement politique laisse plus de traces dans l'électorat qu'à l'Assemblée nationale. Il faut se souvenir qu'il y a six mois, on nous annonçait qu'on allait réformer le Code du travail. Sauf qu'à force de concessions et de retournements en tout genre, on a abouti à ce 49.3 qui escamote le débat et qui vient encore plus fragiliser l'exécutif.

Ce 49.3 ne tient pas compte de l'opinion, de ceux qui voulaient aller plus loin ou de ceux qui trouvent le texte trop libéral. Il ne tient pas compte des manifestations. Ce 49.3 n'enlève rien au fait que ce texte manque cruellement d'ambition et qu'il ne résoudra pas grand-chose sur le front du chômage. Ce 49.3 c'est un coup de massue sur une noisette. On n'est plus dans la réforme, on est dans l'habillage de la réforme.
Manuel Valls apparaît comme le Premier ministre du 49.3, lui qui s'était érigé en grand réformateur ; et François Hollande, comme le Président des occasions ratées. Alors avec ce 49.3, on tourne peut-être la page de la loi El Khomri. Mais tout ce qui peut s'arranger politiquement risque de se payer très cher à la présidentielle.

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