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Loi Travail : qui soutient encore le texte porté par Myriam El Khomri ?

INTERVIEWS - Le texte n'en finit pas d'être contesté. Une nouvelle manifestation est prévue ce jeudi 28 avril partout en France.

Myriam El Khomri occupait jusque-là le poste de secrétaire d'État chargée de la Politique de la ville
Myriam El Khomri occupait jusque-là le poste de secrétaire d'État chargée de la Politique de la ville Crédit : AFP / Charles Platiau
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Ludovic Galtier
Journaliste RTL

Nouvelle offensive contre la loi Travail, dont on ne compte plus les détracteurs. Jeudi 28 avril, sept syndicats de salariés, d'étudiants et de lycéens appellent à la grève contre le projet de loi de Myriam El Khomri. Les transports, notamment le RER B et l'aéroport d'Orly (annulation de 20% des vols), vont être fortement perturbés. L'aéroport de Roissy prévoit aussi quelques retards. La manifestation du 31 mars, celle qui a le plus mobilisé, avait réuni, selon les sources, entre 390.000 et 1,2 million de personnes dans toute la France et donné naissance au mouvement Nuit Debout, sur la place de la République à Paris.

La loi Travail est toujours au cœur de l'actualité. Après avoir retardé de deux semaines la présentation du projet de loi en Conseil des ministres pour être "pédagogue", le gouvernement a présenté le 14 mars une version remaniée de son texte en Commission des affaires sociales de l'Assemblée nationale, le 29 mars. Parmi les modifications majeures qui ont été apportées, on retrouve le non plafonnement des indemnités prud'homales mais aussi l'impossibilité pour les apprentis mineurs de travailler 10 heures par jour, comme c'était initialement prévu. Dans un premier temps favorables au texte, les TPE et les PME se rebiffent à leur tour. "À travers la loi El Khomri, le gouvernement s'apprête à réduire la place des TPE et PME dans les instances de représentation des entreprises, au profit du grand patronat, qui rassemble 2% des entreprises", s'offusquent-t-elles dans un communiqué. Le Medef de Pierre Gattaz n'a, lui, pas supporté la taxation des CDD, proposée par l'exécutif.

Pour le texte, dont l'examen est prévu au mois de mai, la route s'annonce encore longue. Il existe toutefois des personnalités, politiques ou non, et des organisations qui approuvent l'initiative du gouvernement. Qui sont-elles ?

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Dominique Reynié, le premier à avoir soutenu la loi

Dominique Reynié à Condom (Gers), le 11 juin 2015
Dominique Reynié à Condom (Gers), le 11 juin 2015 Crédit : PASCAL PAVANI / AFP

Il a osé affronter sur Internet la pétition "Loi Travail : non merci" de Caroline De Haas, qui a rassemblé plus de 1,3 million de signatures sur Change.orgDominique Reynié, tête de liste Les Républicains en Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées aux dernières élections régionales (18,6% des voix au premier tour), a lancé la pétition "Oui à la loi Travail, non au chômage!" Sur internet, il n'y a pas match. La pétition lancée par l'ancien politologue à la fin du mois de février, a convaincu 28.000 personnes, 40 fois moins que celle de son adversaire. La loi visant à "instituer de nouvelles libertés et de nouvelles protections pour les entreprises et les actifs", dite "Loi El Khomri", est une loi imparfaite, comme toutes, mais elle a l’immense mérite d’innover, de tenter, d’agir. Soutenons-là !", écrit-il.

La CFDT de Laurent Berger, le soutien inattendu ?

Laurent Berger, le numéro 1 de la CFDT
Laurent Berger, le numéro 1 de la CFDT Crédit : ALAIN JOCARD / AFP

Si la majorité des syndicats - la CGT de Philippe Martinez en tête - s'oppose à la loi de Myriam El Khomri, quelques syndicats dits "progressistes" font exception. En n'appelant pas à manifester le 31 mars contre le texte, La CFDT, emmenée par Laurent Berger, s'est démarquée de la politique menée par ses confrères de la Centrale. Celui qui a pris la succession de François Chérèque a accepté de s'essayer au difficile exercice de la négociation. Sur son blog, Laurent Berger écrit que la loi El Khomri est "une loi qui offre un haut niveau de garanties pour tous les salariés et des garde-fous pour que la négociation soit de qualité, c’est-à-dire pour qu’elle intervienne afin d’adapter le droit aux situations concrètes, et non pour diminuer le niveau de protection. La CFDT s’est battue pour que le projet de loi El Khomri intègre ces garanties (...) Le rôle protecteur de la loi est maintenu."

Le leader de l'organisation syndicale n'est pas peu fier des concessions obtenues du gouvernement. "Le rôle d’un syndicat n’est pas de faire la loi mais de peser pour que ceux qui sont chargés de légiférer fassent des textes qui répondent à des objectifs porteurs de progrès. Alors oui, nous avons pesé. Je l’assume", a-t-il confié dans une interview à L'Obs.

Le collectif de gauche Les Gracques, créé en 2007, démonte les arguments d'Aubry

Les Gracques est un mouvement libéral de gauche qui ne tarit pas d'éloges sur la loi Travail. Sur son site internet, l'association créée en 2007 explique que "si le projet n’est pas adopté, des centaines de milliers d’emplois potentiels pour nos jeunes seront perdus au profit des mêmes, les champions de l’immobilisme." Dans Le Point daté du 3 mars, le collectif, composé d'anciens directeurs de cabinets de ministres, de hauts fonctionnaires, d'enseignants ou encore de médecins et d'avocats, a répondu à Martine Aubry, l'une des auteurs de la charge contre l'exécutif baptisée "Trop, c'est trop !", publiée dans le quotidien Le Monde quelques jours auparavant. "Le projet de loi ne remet en question aucune des protections fondamentales dont bénéficient les salariés. Il ouvre de nouveaux espaces à la négociation. Il permet aux entreprises de mieux s'adapter à la conjoncture, dans un cadre juridique moins aléatoire".

Un texte "porteur d'avancées" pour Alexandre Leroy, président de la Fage

L'Unef et la Fage - la Fédération des associations générales étudiantes -, les deux premiers syndicats étudiants de France, ont adopté deux stratégies différentes autour de ce projet de loi Travail. La première demande son retrait pur et simple quand la seconde juge "plutôt positive" la nouvelle mouture du texte. Contacté par RTL.fr, Alexandre Leroy, président de la Fage, qui aspire à devenir le premier syndicat étudiant en France, estime que le texte du gouvernement est "porteur d'avancées". "L'avant-projet de loi était très agressif. Même si nous n'avons pas applaudi des deux mains la deuxième version, sa philosophie est bonne." Selon le président élu en 2014, le texte permettra "l'amélioration des conditions de travail et du dialogue social dans l'entreprise et donnera un large accès à la formation professionnelle."

Alexandre Leroy (Fage) après un rendez-vous entre les organisations syndicales étudiantes et le gouvernement à Matignon
Alexandre Leroy (Fage) après un rendez-vous entre les organisations syndicales étudiantes et le gouvernement à Matignon Crédit : Sipa

En attendant le vote du texte qui devrait intervenir au cours du printemps, Alexandre Leroy continue ses combats. "Il y a encore des choses à amender. Il faut notamment préciser la définition de la situation économique difficile d'une entreprise et donner davantage d'ampleur au Compte personnel d'activité. Et si Alexandre Leroy parle "d'erreur originelle du dialogue social" pour qualifier la séquence qui a suivi la présentation de la première mouture du texte, il termine : "Appeler au retrait du texte, c'est appeler au statut-quo, ce serait terrible."

La tribune de 17 parlementaires de la droite et du centre ne tient plus

À l'annonce de l'avant-projet de loi Travail, 17 parlementaires de la droite et du centre ont cosigné le 25 février dernier une tribune intitulée "Projet de loi Travail : "S'il n'est pas édulcoré, nous pourrons voter ce texte", dans L'Opinion. "En donnant un cadre plus objectif au licenciement économique, en prévoyant un barème clair pour les indemnités de licenciement et en rendant possible le recours au référendum en entreprise, le projet de loi va dans le bon sens. Nous soutenons ces mesures. Nous voterons ce texte en disant "enfin !' car nous avons traversé, depuis 2013, pas moins de douze lois modifiant le Code du travail, sans qu’une vraie réforme ne soit proposée. Nous le voterons avec l’objectif de le renforcer et nous proposerons d’aller plus loin."

Le député-maire de Châlons-en-Champagne, Benoist Apparu, à l'Assemblée nationale, en septembre 2013 (photo d'Archives).
Le député-maire de Châlons-en-Champagne, Benoist Apparu, à l'Assemblée nationale, en septembre 2013 (photo d'Archives). Crédit : AFP / JACQUES DEMARTHON

Depuis la publication de cette tribune signée notamment par Nathalie Kosciusko-Morizet et Jean-Christophe Fromantin, le texte a été modifié par le gouvernement. Contactés par RTL.fr, les attachés parlementaires de Philippe Vigier, président du groupe UDI à l'Assemblée nationale, et de Benoist Apparu, ancien ministre du Logement de Nicolas Sarkozy, ont confirmé que le soutien ne tenait plus. Les deux parlementaires ne devraient donc pas voter ce texte.

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