3 min de lecture Immigration

Loi asile et immigration, la bombe à retardement qui menace Macron

DÉCRYPTAGE - Ce projet de loi qui est présenté en Conseil des ministres ce 21 février prochain soulève de nombreuses critiques au sein de La République En Marche. Des députés de la majorité s'organisent pour mener la contestation face au gouvernement.

Gérard Collomb et Emmanuel Macron
Crédit Image : CHRISTOPHE ENA / POOL / AFP

Le temps passe et la "circulaire Collomb" divise toujours. Issue du projet de loi asile et immigration qui sera présenté en Conseil des ministres ce mercredi 21 février prochain, elle prévoit d'envoyer, dans les centres et hôtels sociaux, des "équipes mobiles", constituées d'agents des préfectures et de l'Ofii (Office français de l'immigration et de l'intégration ndlr), pour recenser les personnes hébergées selon leur droit au séjour.

Le ministre de l'Intérieur met en avant un système permettant de connaître "ces publics et de les orienter en fonction de leur situation afin de désengorger des centres saturés", indique l'AFP



Associations et oppositions politiques sont montées au créneau pour critiquer vigoureusement le projet d'Emmanuel Macron et du gouvernement, évoquant un "tri" des migrants. Le Conseil d'État a été saisi en urgence par une vingtaine d'associations sur ce sujet. L’institution doit s'y pencher, ce vendredi 16 février. 

Des députés frondeurs

Le gouvernement pourrait être mis en difficulté par ce projet de loi, non pas à cause de la grogne des associations et de l'opposition, mais de la fronde provenant... de La République En Marche. En décembre 2017, une députée de la majorité, Sonia Krimi, a interpellé Gérard Collomb à l'Assemblée. "Ce dispositif détourne l’hébergement d’urgence et les lieux d’accueil gérés par les associations de leur finalité et les utilisent pour mettre en œuvre la politique de gestion des flux migratoires", a-t-elle dénoncé.

Plus tard dans la journée, l'élue avait minimisé ses propos. Au HuffPost, elle déclarait : "Je ne suis pas particulièrement inquiète, je souhaitais juste préciser... Depuis la campagne d'Emmanuel Macron, on était très clair sur le sujet. Alors, j'exprime aujourd'hui une voix de majorité".

Un mois plus tard, un autre député La République En Marche, François-Michel Lambert, juge que "la méthode ne convient pas. Les circulaires sont sorties, les remontées de terrain laissent entendre que déjà les choses sont enclenchées avant même que la loi soit présentée, encore moins votée. Cela crée des crispations", expliquait-il au micro de RTL. Le député des Bouches-du-Rhône avait affirmé qu'il ne voterait pas ce texte de loi "s'il va au-delà du programme d'Emmanuel Macron". 

Une contestation interne qui s'organise

Une trentaine de députés issus du mouvement politique fondé par le président de la République ont décidé de "défendre des amendements visant à assouplir une proposition de loi sur le droit d'asile, contre l'avis du gouvernement", rapporte L'Express. Pas question d'employer le mot "frondeur", mais "dublinés". Une "référence à la réglementation en vigueur : le règlement Dublin. Ces demandeurs d'asile ont pour particularité d'avoir laissé leurs empreintes digitales au moment de leur arrivée dans l'UE. En vertu du droit communautaire, la France se trouve aujourd'hui fondée à les renvoyer dans ce pays d'arrivée", explique le magazine. 

La députée Martine Wonner indiquait à L'Express : "Nous voulions un échange dans l'hémicycle, pas en milieu confidentiel. C'est le droit du parlementaire de déposer un amendement, dans un objectif de démocratie et d'échange. Selon les réponses qui seront apportées par le ministre, je déciderai ou non de retirer ces amendements". Mais selon le magazine, il s'agit d'une "légère pression sur Gérard Collomb, pour que celui-ci formule plus clairement ses promesses de retrait des dispositions critiquées devant la représentation nationale". 

On risque ainsi de voir se reconstituer (des) campements indignes

Jean-Michel Clément, député La République En Marche
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L'un des deux rapporteurs d'une mission d'information parlementaire, le député En Marche Jean-Michel Clément, s'est aussi prononcé pour le retrait de la circulaire organisant le recensement des migrants dans l'hébergement d'urgence. "Ceci va à l'encontre du principe d'inconditionnalité d'accès à l'hébergement d'urgence" et "risque d'avoir des effets pervers" en "dissuadant les ressortissants étrangers de se rendre dans les centres d'hébergement, par peur d'être contrôlés. On risque ainsi de voir se reconstituer (des) campements indignes", ajoute-t-il.

Et Gérard Collomb dans tout ça ?

Selon nos informations, Gérard Collomb s'était senti "un peu" abandonné pour défendre le projet de loi. "Au moment où un premier vent de fronde s'est levé dans la majorité, au mois de décembre, le locataire de la place Beauvau aurait été 'vexé' par le manque de soutien dans ses rangs. Un tout proche du président de la République confirme qu'il n'a aucun doute sur le bien-fondé de son projet : "Collomb c'est un franc-maçon, un humaniste, il ne veut pas passer pour l'affreux facho", explique Vincent Derosier, journaliste politique de RTL.

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