1 min de lecture Tibet

Les relations particulières entre la France et la Chine

Pourquoi le président de la République est-il le seul grand dirigeant d'Europe à ne pas avoir rencontré le dalaï lama ? La chronique de Thomas Legrand.

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La rédaction de RTL Journalistes RTL

Thomas, ce matin vous vous interrogez sur cette bizarrerie: pourquoi le président français est il le seul dirigeant d'un grand pays d'Europe à n'avoir pas rencontré le Dalaï-lama et à avoir assisté à la cérémonie d'ouverture des jeux de Pékin?

Pour ne pas mettre ça sur le dos d'une supposée soumission française au diktat chinois ou à des calculs impensables bien sûr, d'ordre commercial, on sera charitable;  alors on mettra la singularité de la position française sur le compte des relations particulières entre Paris et Pékin. Relations qui font de notre pays, un ami spécifique aux yeux des chinois; au début du siècle de nombreux intellectuels chinois, qui allaient devenir les inspirateurs des révolutions ont fait leurs études en France et se sont nourris des penseurs des lumières. L'idéal révolutionnaire et l'universalité des droits de l'homme avaient inspiré plusieurs jeunes futurs dirigeants comme celui qui fut l'un des créateurs du parti communiste puis premier ministre de Mao: chou Enlaï, avant un autre étudiant parisien célèbre Den Xiaoping… Les droits de l'homme que 60 ans de communisme n'ont pas vraiment honorés. Mais bon, c'est donc par une sorte de fraternité révolutionnaire que nos deux pays ont cultivé leur proximité. Et en 1964 le général de Gaulle sera le premier dirigeant occidental à reconnaître la Chine communiste, la sortant ainsi de son isolement diplomatique.

Les successeurs du Général de Gaulle ont toujours soigné cette relation privilégiée avec la Chine

oui, Pompidou, Giscard, Mitterrand et Chirac ont effectué de longs voyages en Chine. Chacun à sa manière avait su marquer un intérêt pour ce pays; Valery Giscard d'Estaing apprenait le chinois, François Mitterrand y allait très souvent et bien avant d'être Président, Jacques Chirac manifestait un intérêt érudit pour la culture chinoise. Il y a donc cette proximité particulière qui explique que les chinois ont très mal vécu les incidents qui ont émaillé le passage de la flamme à Paris; ils ont mal vécu que le président ait d'abord conditionné sa venue a Pékin à une reprise du dialogue avec les tibétains, puis changé d'avis, pour finalement faire un voyage express. Ils ont mal vécu ce suspens entretenu sur une éventuelle rencontre avec le Dalaï-Lama. Jean-Pierre Raffarin, qui était du voyage en Chine avec le Président refuse de le dire publiquement mais, il estime que les relations entre nos deux pays sont très affectées par le flou de la position française.

Quel est le message que souhaite délivrer Nicolas Sarkozy  en organisant une rencontre entre le chef bouddhiste et sa femme Carla Bruni-Sarkozy?

Et bien justement je ne sais pas parce que cette annonce ne s'est pas accompagnée d'explications. C'est inédit. La femme du Président n'a pas de statut en France. A quel niveau de représentation faut-il mettre Carla Bruni-Sarkozy assistant à une cérémonie religieuse, sur l'échelle très codée des rencontres diplomatiques.
Pourquoi n'a-t-on pas plutôt missionné un ministre, celui des affaires étrangères, celui des cultes ou Rama Yade, chargée des droits de l'homme pour rencontrer le Dalaï-Lama. Rappelons que le Dalaï-Lama n'est pas un chef d'opposition sulfureux; il est prix Nobel de la paix, il a répété à maintes reprises qu'il ne voulait pas d'une théocratie au Tibet, qu'il voulait une large autonomie pour son pays, même pas l'indépendance. Après des décennies d'exil celui qui prône toujours l'action pacifique ne méritait certainement pas, hier, cette réception en catimini au Sénat. On imagine que le silence de ces derniers jours de Rama Yade n'a rien à voir avec l'adage selon lequel "qui ne dit mot consent". On imagine que la secrétaire d'état aux affaires étrangères et aux droits de l'homme qui a vibré pendant la campagne présidentielle au discours d'un candidat qui affirmait vouloir remettre les droits de l'homme au cœur de la politique étrangère de la France, on imagine que Rama Yade a très envie de rencontrer le Dalaï-Lama

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