1 min de lecture Le fait politique

Les dérives de l'anti-sarkozysme

La violence impressionnante des attaques contre Nicolas Sarkozy commence à susciter un débat. Certains, même à gauche comme François Hollande, s'inquiètent des outrances et de la place dans le débat de l'anti-sarkozysme. Comment en est-on arrivé là ? La chronique d'Alain Duhamel.

Alain Duhamel
Alain Duhamel
Alain Duhamel
Alain Duhamel Journaliste RTL

Vous avez raison de souligner que c'est un phénomène extraordinaire parce que je crois que le déferlement de haine auquel on assiste en ce moment est pratiquement sans précédent. Bien sûr, il n'est pas le premier chef de l'État à être attaqué. Parmi les grandes figures françaises, Clemenceau avait été accusé pendant des décennies d'être "vendu aux Anglais". Le Général de Gaulle a fait l'objet d'une dizaine d'attentats. François Mitterrand s'est vu attribuer un magot en Suisse et des palais à Venise ou sur la Côte d'Azur, bien sûr.

Mais avec Nicolas Sarkozy, il y a quelque chose de particulier. En dehors de l'intensité et de la violence des attaques proprement politiques, qui sont légitimes, il y a une dimension personnelle et presque privée. Et je crois que pour remonter à un exemple comparable, il faut aller jusqu'à Mazarin. Alors, bien sûr, il a sa part de responsabilité dans cet état de fait. Il est évident qu'à partir du moment où il veut être l'hyper-Président, il est l'hyper-cible. Il est évident qu'à partir du moment où il veut tout assumer, il est critiqué tous les jours. Il devient le Saint-Sébastien, il le sait, c'est sa vocation. Je dirais que c'est presque sa décision. Par dessus le marché, sa stratégie bloc contre bloc, les thèmes qu'il choisit en ce moment notamment et puis son style, et puis son ton, et puis sa façon de s'exprimer, et puis même son vocabulaire, à qui, on le sait bien, il arrive plus d'être 93 que Neuilly-sur-Seine. Tout ça joue bien sûr. C'est vrai qu'il fabrique de l'électricité et que dans ce registre, il est même plutôt centrale nucléaire que dynamo de bicyclette.

Mais, comme ses adversaires vont loin, on a parfois l'impression que les digues du débat démocratique sont emportées.

Alors, il faut distinguer. En ce qui concerne les attaques venant d'hommes ou de femmes politiques, je dirais qu'elles sont violentes, elles sont lourdes, elles sont primaires même souvent. Mais elles ne sont pas tout à fait neuves. Quand François Mitterrand a publié "Le coup d'État permanent", il accusait le Général de Gaulle d'être "un duce" ou "un condottiere" ou "un caudillo". Bon. La grande différence, c'est la presse. La grande différence, c'est que quand vous regardez les couvertures des hebdomadaires, vous voyez, sur un hebdomadaire "Le voyou de la République". Vous voyez sur un autre la tête d'un forçat. Vous en voyez un troisième qui se demande soit s'"il est nul", soit s'il est fou". Vous savez que la presse étrangère embraye. Vous écoutez des débats à la radio et à la télévision, les criques, ce n'est pas qu'elles fusent, c'est qu'elles explosent littéralement. Tous ceux qui défendaient la thèse selon laquelle il y aurait une emprise de Nicolas Sarkozy sur la presse et sur les médias, alors, franchement, qu'est-ce que ce serait ? Et puis, derrière ça, si, par dessus le marché, on a l'imprudence de regarder ce qui se passe sur internet, on voit des appels au meurtre. On voit des injures sexuelles, racistes, religieuses à faire rougir le plus habitué à ce genre de chose. On est dans une période bizarre.

Oui, mais certains experts disent que tout cela ça peut servir Nicolas Sarkozy.

Oui, alors, il y a des gens très malins, qui croient effectivement qu'à force d'être attaqué de façon outrancière, les choses vont se renverser en sa faveur, qu'il va mobiliser son camp et qu'il va toucher des modérés. Moi, je n'y crois pas du tout. Je crois qu'on est dans une phase qui ressemble beaucoup en réalité à la fin du septennat de Valéry Giscard d'Estaing quand, après les histoires de diamants, etc, brusquement tout le monde lui est tombé dessus de façon démesurée. Simplement, cette fois-ci, c'est beaucoup plus lourd, beaucoup plus violent et beaucoup plus général.

Lire la suite
Le fait politique Chroniques Politique
Restez informé
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants
article
5953266362
Les dérives de l'anti-sarkozysme
Les dérives de l'anti-sarkozysme
La violence impressionnante des attaques contre Nicolas Sarkozy commence à susciter un débat. Certains, même à gauche comme François Hollande, s'inquiètent des outrances et de la place dans le débat de l'anti-sarkozysme. Comment en est-on arrivé là ? La chronique d'Alain Duhamel.
https://www.rtl.fr/actu/politique/les-derives-de-l-anti-sarkozysme-5953266362
2010-10-01 07:22:00
https://cdn-media.rtl.fr/cache/U64C1ewPzf612uxPEf_v-Q/330v220-2/online/image/2010/0915/5951261655_alain-duhamel.jpg