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Les clubs parlementaires, ce "curieux mélange des genres"

DECRYPTAGE - Un fabricant de tabac a invité plusieurs parlementaires à un déjeuner, au moment de l'annonce par le ministère de la Santé de mesures contre le tabagisme.

Mathieu Dehlinger Journaliste RTL

Des parlementaires qui déjeunent aux frais d'un grand groupe de cigarettes, au moment où la ministre de la Santé annonce de nouvelles mesures pour lutter contre le tabagisme... L'invitation des membres du "Club des parlementaires amateurs de havanes" par la British American Tobacco fait débat, alors que députés et sénateurs seront amenés à voter des textes de loi sur la question. Ce déjeuner est dénoncé par Marisol Touraine : "Ce genre de pratiques devrait appartenir maintenant au passé" a-t-elle déclaré sur BFMTV. Faut-il voir là un conflit d'intérêt ? Quels sont ces clubs ?

Des clubs sans "existence officielle"

En février 2012, dans son premier rapport, Jean Gicquel, le déontologue de l'Assemblée nationale, avait tenté de s'intéresser aux "clubs parlementaires", non sans se heurter à une difficulté : "leur absence d'existence officielle". Ces rassemblements d'élus sont en général informels. Impossible donc de proposer une liste exhaustive, prévenait Jean Gicquel. "Ces clubs, pour autant que l'on ait pu cerner leurs contours, sont à l'origine initiés par des sociétés de relations publiques ou des grands groupes industriels", décrivait-il.

Et le déontologue de s'interroger à leur financement : "Les sociétés de relations publiques qui animent ces clubs parlementaires trouvent les financements auprès des grands groupes privés du secteur". L’objectivité revendiquée dans les travaux de ces clubs parait dès lors sérieusement sujet à caution, concluait Jean Gicquel qui voyait là un "curieux mélange des genres" et émettait de "sérieuses réserves".

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D'autant plus que les députés sont astreints à une certaine retenue par le règlement du Palais Bourbon. Selon l'article 23 de ce texte, "est interdite la constitution, au sein de l’Assemblée nationale (...) de groupes de défense d’intérêts particuliers, locaux ou professionnels et entraînant pour leurs membres l’acceptation d’un mandat impératif."

Des parlementaires tintinophiles

L'objet de certains de ses cercles discrets peut prêter à sourire, laissant transparaître l'image de bons vivants. Club parlementaire de la
table française, Club des amis du cochon ou encore Association nationale des élus de la vigne et du vin étaient ainsi recensés par Slate.fr en 2010.

Existe même un club des parlementaires tintinophiles, lancé par Dominique Bussereau. Les députés et parlementaires amateurs de l’œuvre d'Hergé ont fait parler d'eux en 2011. Est alors organisé un grand colloque autour de la question borduro-syldave, la Bordurie et la Syldavie étant deux pays imaginaires bien connus des passionnés de Tintin.

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Tintin est-il de droite ou de gauche ? Crédit Média : Dominique Tenza | Durée : | Date :

"On a rarement autant ri dans les parages de l'Assemblée nationale", écrivait alors Le Monde. "Les orateurs tintinophiles ont prouvé que
l'humour pouvait être une arme de destruction massive." Rien de bien méchant sur le plan de la morale et de l'éthique.

Des cercles liés aux industriels

Plus discutables, eux, les groupes liés de près ou de loin à des industries : agriculture, santé, énergies renouvelables... Leurs noms ? Club Cérès, club Prométhée, club Athéna... Nos députés et sénateurs semblent être de fins connaisseurs de la mythologie gréco-romaine. Tous ces noms correspondent à des clubs parlementaires, pour beaucoup en sommeil sur la toile depuis le rapport de Jean Gicquel, mais dont des traces sont encore visibles dans les archives d'Internet.

Le Figaro revenait ainsi sur le cas du club Hippocrate, dont a fait partie Gérard Bapt, avant de présider une mission sur le Mediator. Le cercle bénéficiait par exemple de "18.000€ [venant] de GSK, le groupe anglo-américain, numéro 2 mondial de l'industrie pharmaceutique", notait le quotidien, "un sponsoring qui fait mauvais effet".

Aujourd'hui, ces cercles de réflexion n'ont pas disparu. Exemple : le club parlementaire Sport-Economie-Cité dont les partenaires sont entre autres, Havas Sport, le PMU ou encore le Stade de France. Dernière réunion évoquée sur le site : janvier 2013.

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2013-06-04 16:12:40