8 min de lecture Législatives 2017

Législatives 2017 : pourquoi la bonne présidentielle de Mélenchon pourrait ne pas suffire

DÉCRYPTAGE - Si Jean-Luc Mélenchon croit officiellement en la victoire de la France insoumise aux législatives, celle-ci est loin d'être acquise.

Jean-Luc Mélenchon à son meeting à Rennes le 26 mars
Jean-Luc Mélenchon à son meeting à Rennes le 26 mars Crédit : David Vincent/AP/SIPA
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Ludovic Galtier
Journaliste RTL

Fort d'un score record au premier tour de la présidentielle (19,58%), Jean-Luc Mélenchon veut se présenter comme la première force d'opposition à Emmanuel Macron. Partant du principe que Les Républicains sont divisés entre les "Macron compatibles" et ceux qui veulent lui imposer leur ligne, que le Parti socialiste est réduit en miettes après la déroute de Benoît Hamon à la présidentielle et que le Front national n'est pas une solution envisageable, le leader de la France insoumise croit qu'un espace politique peut se dégager. "J'appelle tous ceux qui sont prêts à rompre avec le passé à se joindre à la France insoumise dont nous avons fait le mouvement de masse en tête dans tant de villes de notre pays", appelait-t-il le soir du 7 mai, avant de conclure : "Une nouvelle majorité parlementaire est possible autour de nous".

Les sondages, réalisés depuis l'élection d'Emmanuel Macron à la présidence de la République, confirment pourtant que le mouvement de La France insoumise est au niveau national encore une fois au pied du podium, derrière La République En Marche (28%), Les Républicains (20%) et le Front national (19%). Il serait largement distancé (15%) par ces deux derniers alors que Jean-Luc Mélenchon, à quelques centaines de milliers de voix près, avait fait jeu égal avec Marine Le Pen et François Fillon un mois plus tôt.

"Mauvais perdant", invectives... L'image de Mélenchon abîmée

Sa défaite à la présidentielle a été on ne peut plus difficile à digérer. Le candidat, qui a jugé bon de prendre son temps avant de commenter les résultats au soir du premier tour, s'est attiré les foudres de ses détracteurs et des éditorialistes politiques lorsqu'il a refusé de donner une consigne de vote pour le second tour. Emmanuel Macron l'accusait alors de commettre "une faute grave, lourde". Pour Alain Duhamel, "c’est une dérobade" et "une faute politique majeure". Alba Ventura, quant à elle, estimait qu'il "encourage l'abstention". En réponse aux commentaires des acteurs et des observateurs, Jean-Luc Mélenchon avait alors publié une vidéo pour se justifier. "J'irai voter. Je ne voterai pas Front national, tout le monde le sait. (...) Il y a un doute ? Un doute sur quoi ? Sur ce que je pense du Front national ? Mon opinion est affichée sur tous mes habits depuis cinq ans", disait-il en montrant sur son col le triangle rouge qui n'est autre que l'insigne des déportés politiques de la Seconde Guerre mondiale.

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Son image, qu'il avait réussi à lisser pendant la campagne, devenait alors plus dure et les invectives, qu'il avait un temps chassées de son vocabulaire, sont désormais plus courantes. En campagne le 24 mai, Jean-Luc Mélenchon a fustigé Bernard Cazeneuve, qu'il a qualifié de "bedeau du capital et du gouvernement", pour avoir critiqué son choix de ne pas donner de consigne de vote pour le second tour de la présidentielle. "Ce type ose la ramener avec son costume de bedeau. Oui le bedeau du capital et de ce gouvernement ! Qui est-ce qui a tué Rémi Fraisse sauf erreur ? C'est pas moi, non ? Pourtant c'est à moi que cet homme ose venir dire, ce génie, que je n'ai pas su prendre mes distances avec le Front national", a déclaré l'ancien candidat à la présidentielle.

Bernard Cazeneuve a répondu et dénoncé le 26 mai le "discours de haine" et les "accusations abjectes" proférées à son encontre par Jean-Luc Mélenchon, à qui il reproche "une faute politique et morale" pour "ne pas avoir appelé clairement à voter" pour Emmanuel Macron face à Marine Le Pen.

Son parachutage à Marseille sous le feu des critiques

Après avoir été attaqué à Paris, Jean-Luc Mélenchon a affronté une nouvelle vague de critiques à Marseille. Arrivé en tête au premier tour dans la cité phocéenne, il a choisi de se porter candidat à la députation dans la 4e circonscription des Bouches-du-Rhône, celle où règne en maître le socialiste Patrick Mennucci. "Les amis m'ont dit : 'Tu ne peux pas aller dire aux gens [que nous] nous repartons à la bataille, [que nous] nous allons être majoritaires à l'élection législative puis [que] tout le monde y est sauf toi'. On m'a dit : 'Ça ne tient pas debout'", a justifié le leader de la France insoumise sur BFMTV.

Largement favori selon les sondages, Jean-Luc Mélenchon, qui fustigeait le parachutage "des chefs" cinq ans plus tôt, balaie désormais d'un revers de main ceux qui l'accusent de céder à la facilité. Mais il a trouvé en Patrick Mennucci un adversaire adepte, lui aussi, du verbe haut.

À propos de l'invitation lancée par son adversaire de lui offrir une bouillabaisse, le socialiste ironise : "C'est juste la démonstration qu'il n'a rien compris, parce que la bouillabaisse, c'est un plat de touristes à Marseille. Les Marseillais n'en mangent quasiment jamais". Avant de lâcher : "Jean-Luc Mélenchon fait tout pour passer pour un Marseillais. Bientôt, il va se mettre à jouer aux boules et à boire du pastis. Tout cela est absolument lamentable". Ce duel explosif concentré sur les personnalités pourrait avoir pour première conséquence de faire oublier l'essence de la candidature de Jean-Luc Mélenchon, celle qui lui a permis de s'imposer dans le quatuor de tête à la présidentielle, à savoir son programme, "L'Avenir en commun".

Les candidats pour les élections législatives dans la 4ème circonscription des Bouches-du-Rhône sont Jean Kergomard (DVG), Jeanne Marti (FN), Jean-Victor Shilling-Ford (DIV), Ferdinand Richard (DVG), Martine Carpentier (extrême droite), Nora Ahazzane (DIV), Cyril Bret (DIV), Corinne Versini (REM), Léo Hassan Tahiri (DIV), Lydie Gandon (écologiste), Jean-Luc Mélenchon (FI), Mohamel Naïli (DIV), Gabriel Duplaix (DLF), Selma Boudouaya (DVD), Julie Bouhet-Massiani (régionaliste), Solange Biaggi (LR), Isabelle Bonnet (extrême gauche), Halidi Aboubacar (DVG), Patrick Mennucci (socialiste), Zita Etoundi (DIV).

Pas d'accord national avec le Parti communiste

L'accord entre la France insoumise et le Parti communiste n'aura pas survécu à la présidentielle. Si le parti de Pierre Laurent a été contraint par ses militants de s'associer à Jean-Luc Mélenchon pour l'élection à la fonction suprême, il n'en sera pas de même aux élections législatives. Le leader de la France insoumise impose une "campagne nationale sur un programme national", ce que refusent le Parti communiste et Europe Écologie-Les Verts. Seuls des accords locaux ont été scellés. Si les deux partis en question ne sont plus les poids lourds d'antan, leurs voix pourraient manquer aux 577 candidats de la France insoumise.

Un SMS envoyé par Jean-Luc Mélenchon à Pierre Laurent le 4 mai, révélé par Le Canard Enchaîné, en dit long sur l'état des relations entre les deux leaders nationaux. "Vous créez la confusion dans tout le pays en vous appropriant mon portrait et mon nom sans parler du logo Front de Gauche ! Bravo l'identité communiste ! Tout ça pour après des mois d'injures et manœuvres pour saboter ma campagne (sic). Et vous recommencez ! Vous êtes la mort et le néant. Dix mois pour me 'soutenir', dix minutes pour soutenir Macron. Sans oublier les accords que vous ne respectez pas. J'en ai assez. Je vais donc annoncer notre rupture politique dès mon retour à Paris. Et je vais dire pourquoi." Pierre Laurent, secrétaire général du PCF, espère malgré tout former un groupe parlementaire à l'Assemblée nationale avec "une vingtaine de députés".

Les Français satisfaits de l'entrée en matière de Macron

Au soir de sa qualification pour le second tour de la présidentielle, Emmanuel Macron n'avait pas été épargné par la critique. Trop-plein d'assurance, fête à la Rotonde mal perçue, manque de retenue face au score élevé du Front national... L'enthousiasme des militants d'"En Marche !" contrastait avec le sentiment général, qui gagnait les Français. Et s'il a été jugé plus convaincant au cours de l'épisode Whirlpool et le débat de l'entre-deux-tours et s'est imposé plus largement que prévu face à Marine Le Pen le 7 mai (66,1% contre 33,9%), le nouveau président a dû faire face à la perplexité de nombre d'électeurs, illustrée par l'explosion du nombre de votes blancs et nuls (plus de 4 millions de bulletins) et une abstention de plus de 26%.

Pourtant, deux semaines plus tard, le maximum de défiance a laissé place à une once de bienveillance. La nomination le 15 mai à Matignon du maire Les Républicains du Havre, Édouard Philippe, et la composition d'un gouvernement mixte politiquement le 17 mai semble avoir convaincu une partie des Français récalcitrants.

66% des Français se déclaraient, par exemple, satisfaits de ce gouvernement, le 19 mai dans un sondage Odoxa pour France Info. Une bonne opinion que l’on retrouvait chez les sympathisants de droite (70%), de gauche (58%) et plus encore chez ceux de La République En Marche (95%). Plus spécifiquement, la nomination du juppéiste Édouard Philippe a été jugé positive par 75% des électeurs de droite, 58% des électeurs de gauche et 48% du Front national. Quant à la cote de popularité du Président, elle atteignait 62% quand celle de son premier ministre avoisinait 55%, selon un sondage Ifop pour le JDD. Un résultat meilleur que celui obtenu par le tandem Hollande-Cazeneuve, qui apparaît comme une mauvaise nouvelle de plus pour la France insoumise.

Le combat contre la loi Travail n'imprime pas... pour le moment

À peine Emmanuel Macron était élu président que la France insoumise, par les voix de Jean-Luc Mélenchon bien sûr mais aussi de son porte-parole Alexis Corbière, n'avait pas attendu pour pourfendre la nouvelle version de la loi Travail, souhaitée par ordonnances par Emmanuel Macron. Pour Jean-Luc Mélenchon, invité de RTL le 24 mai, l'intention du Président est claire : "Il veut remettre en cause le Code du travail dans un sens que l'on connaît : c'est toute une philosophie qui veut que la loi recule devant le contrat". Dans le projet de réforme du président, "tout est à jeter".

La veille, Emmanuel Macron a reçu les partenaires sociaux et entamé les négociations. Une main tendue qui semble satisfaire les envies des Français. Selon un sondage Odoxa pour France Info publié le 24 mai, 63% d'entre eux plébiscitent le dialogue social et souhaitent que le gouvernement tienne compte le plus possible de l'avis des syndicats, quitte à revoir la réforme si les partenaires sociaux s'y opposent. Une série d'ordonnances sur le sujet devrait être prise d'ici à la rentrée de septembre pour une entrée en vigueur de la loi à l'automne 2017. Le timing très serré des élections législatives - seulement trois semaines de campagne - pourrait empêcher l'émergence d'un vif débat sur la loi pourtant controversée. Et donc favoriser la consolidation d'Emmanuel Macron à la tête de l'État et l'arrivée massive de députés République En Marche à l'Assemblée.


Pour retrouver tous les scores du premier tour des élections législatives circonscription par circonscription, rendez-vous sur notre moteur de résultats.

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