7 min de lecture Législatives 2017

Législatives 2017 : comment Les Républicains tentent de résister à Macron

DÉCRYPTAGE - Après la défaite de son candidat à la présidentielle, la droite entend décrédibiliser le projet de coalition dont rêve le président élu.

François Baroin, Alain Juppé, Laurent Wauquiez, Gérard Larcher, Xavier Bertrand et Nicolas Sarkozy
François Baroin, Alain Juppé, Laurent Wauquiez, Gérard Larcher, Xavier Bertrand et Nicolas Sarkozy Crédit : AFP/ MATTHIEU CUGNOT/ SIPA/ MATTHIEU ALEXANDRE/ MARTIN BUREAU
Ludovic Galtier
Ludovic Galtier
Journaliste RTL

Depuis l'élimination de son candidat, François Fillon, au soir du premier tour de la présidentielle dimanche 23 avril, la droite a requalifié les élections législatives en "revanche". Sur tous les plateaux, Laurent Wauquiez, que l'on présente comme l'un des futurs patrons potentiels des Républicains, et les sarkozystes, qui ont repris des forces, rue de Vaugirard - tant François Fillon avait sollicité Nicolas Sarkozy dans la période la plus tempétueuse de sa campagne - ont poussé pour que la position du "ni Emmanuel Macron, ni Marine Le Pen" s'impose au sein du parti.

Dans un esprit de synthèse, la droite appellera finalement quelques jours plus tard à "faire barrage au Front national" sans appeler clairement ses électeurs à voter pour le candidat "En Marche !". Ce manque de chaleur à l'égard de celui qui deviendra le huitième président de la Ve République dimanche 14 mai est le point de départ d'une stratégie qui vise à dire non à la coalition dont rêve Emmanuel Macron et oui à la cohabitation.

La nuance est de taille. Officiellement, la droite plaide pour une totale opposition à l'action d'Emmanuel Macron et de son gouvernement pendant les cinq ans qui viennent. "Nous ne souhaitons pas être la première force de l'opposition, nous souhaitons avoir la majorité pour gouverner le pays", espérait dans Le Figaro du 10 mai François Baroin, pressenti pour être le premier ministre de Nicolas Sarkozy, durant la primaire de la droite, puis de François Fillon, pendant la présidentielle, avant d'être promu leader de son camp pour mener la bataille des législatives. Et gare aux brebis galeuses qui seraient tentées de rejoindre les troupes de la majorité présidentielle. Elles risquent bonnement et simplement l'exclusion. 

Les Macron-compatibles mis en garde

Après avoir tenté le 10 mai de demander sur RTL aux Républicains de cesser "cette logique d'exclusion", Gilles Boyer, directeur de campagne d'Alain Juppé pendant la primaire de la droite, a fait machine arrière après avoir été rappelé à l'ordre en interne, raconte Pauline de Saint-Rémy, éditorialiste sur RTL. En comité politique, François Baroin, Christian Jacob et Bernard Accoyer lui ont demandé de prendre clairement position dans la foulée de son interview radio.

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Gilles Boyer a donc posté deux tweets remarqués pour faire taire les rumeurs, selon lesquelles il pourrait intégrer le premier gouvernement de l'ère Macron. "Quel que soit le premier ministre nommé lundi, je serai le candidat des Républicains et de l'UDI dans la huitième circonscription des Hauts-de-Seine." Et de poursuivre de manière très limpide : "Si Les Républicains et l'UDI gagnent les législatives, je siégerai dans la majorité. Sinon, je siégerai dans l'opposition."

Les éléments de langage ont été intégrés par l'ensemble des pointures la droite, qui font bloc et jouent la carte de l'unité face aux tentatives de "débauchage" d'Emmanuel Macron. Christian Jacob, patron des députés LR, est radical : "Il ne doit y avoir aucun compromis" avec le camp Macron.

Un temps dragué par le mouvement du nouveau président, Xavier Bertrand, président de la région Hauts-de-France, a dit "non" à Matignon. "Pour ma part, j'ai un engagement à la tête de ma région, je n'ai pas été élu pour 16 mois. Et j'ai encore beaucoup de travail. Je ne suis pas à la recherche d'un poste", a-t-il expliqué, fustigeant les "ralliements à l'ancienne comme en 1988 ou en 2007".

Infléchir le projet Fillon pour reconquérir la frange centriste

L'opération reconquête - contrainte ou forcée - de la frange centriste des Républicains est passé par une remise en question du projet de François Fillon, qu'ils estimaient pourtant en adéquation avec les attentes des Français pendant la campagne. François Baroin fait lui-même la promotion de cette nouvelle version pilotée par un autre sarkozyste, Éric Woerth. "L'objectif", c'est "le plein emploi", a affirmé l'ancien ministre du Budget, avec la transformation du CICE en diminution des charges patronales, l'allègement du Code du travail, la réduction de 10% de l'impôt sur le revenu, la suppression de l'augmentation de la TVA prévue dans le projet Fillon, alors qu'Emmanuel Macron "augmente massivement les impôts", argue le député de l'Oise.

Dans le détail, la "stabilité fiscale est promise, les heures supplémentaires défiscalisées restaurées. 300.000 emplois de fonctionnaires seront supprimés au cours du quinquennat, ce qui revient à fixer un délai de sept ans au lieu de cinq pour atteindre l'objectif de 500.000 fixé dans le projet Fillon. L'objectif de baisse de 100 milliards d'euros de dépenses publiques est maintenu".

Cette inflexion du projet de François Fillon ravit Jean-Christophe Lagarde, président de l'UDI. Il a été "retravaillé pour prendre en compte ce qu'ont dit les Français lors de la présidentielle, a-t-il expliqué. C'est un projet plus équitable, qui met l'accent sur "la défense du pouvoir d'achat et la protection des plus faibles". Laurent Wauquiez, vice-président LR, a, quant à lui, salué un projet qui est "un signal au niveau des classes moyennes et des catégories populaires".

Le Maire, Juppé, Estrosi... Les craquements ne sont pas loin

Si le contexte est plus trouble que jamais - Emmanuel Macron a laissé la porte ouverte à certains députés sortants de droite en ne présentant pour le moment pas de candidat La République en Marche face à eux -, Bernard Accoyer se montrait optimiste le 11 mai quant à la fidélité des députés de droite aux Républicains. "Il n'y a pas de candidat aux législatives des Républicains qui ait cédé à ces appels du pied", a-t-il assuré. 
Bruno Le Maire pourrait être l'un des premiers à le faire mentir. Il faut dire que la tentation est grande pour ceux qui se sont senti mal à l'aise et ont pris la poudre d'escampette pendant la campagne. Au lendemain de la victoire d'Emmanuel Macron, l'ancien candidat à la primaire de la droite, premier ténor à avoir quitté le navire lors de l'annonce de la future mise en examen de François Fillon le 1er mars, ne se disait pas contre "avancer" avec le nouveau président de la République. Au micro de RTL, le député de l'Eure assurait avoir eu des contacts directs avec lui et ses équipes. "Je pourrais travailler dans une majorité de gouvernement, a-t-il enchaîné, insistant sur sa "proximité" idéologique avec le successeur de François Hollande.

De son côté, Alain Juppé, a, lui aussi, mis en garde la droite contre les risques d’une "obstruction systématique" et d'une "opposition frontale" au futur gouvernement d'Emmanuel Macron. "Pourquoi faire des législatives une revanche ?", s'est encore interrogé Christian Estrosi après la réunion du comité politique. Selon lui, "si Emmanuel Macron échoue, ce sera l'échec de la France". Celui qui va redevenir maire de Nice avait cependant démenti le 8 mai toute volonté d'entrer dans le futur gouvernement d'Emmanuel Macron.

Macron veut "déstabiliser" une partie de la droite

La première décision d'Emmanuel Macron est si déterminante pour la recomposition de l'échiquier politique qu'elle cristallise l'attention. Le président élu présentait ouvertement sa stratégie dans un documentaire diffusé dans Envoyé Spécial jeudi 11 mai sur France 2. "Il faut déstabiliser une partie de la droite qui ne se retrouve pas dans le vote Fillon. Est-ce que vous qui avez soutenu NKM, Monsieur Juppé, qui êtes à l’UDI ou au MoDem, vous vous retrouvez dans la candidature de François Fillon ? Vous ne partagez rien de commun mais beaucoup plus avec nous. Pour des raisons politiques, les états-majors ne viendront pas. On le sait très bien. On en a fait le diagnostic très tôt. Donc je ne cherche pas à les faire venir, je cherche à les déstabiliser en leur ouvrant les bras."

À peine quelques jours après l'accession d'Emmanuel Macron à l'Élysée, la droite pose donc les premiers jalons de l'opposition qu'elle entend incarner. Reste à savoir si cette unité de façade, qui n'a pas fait disparaître les dissensions en interne, résistera si le président de la République venait piocher un premier ministre dans ses rangs. Édouard Philippe, maire du Havre et soutien d'Alain Juppé à la primaire, tiendrait la corde pour Matignon.

Un risque d'implosion en cas de nomination d'un premier ministre de droite ?

Contre la volonté de son camp, Bruno Le Maire, qui n'a pour le moment aucun candidat La République En Marche face à lui dans sa circonscription de l'Eure, appelle ouvertement Emmanuel Macron à choisir un premier ministre issu de la droite et du centre. Condition sine qua non pour qu'"avec d'autres élus de droite", il accepte de "travailler avec le président de la République". La question du choix du premier ministre d'Emmanuel Macron est au cœur de cette semaine post-présidentielle. Selon les informations recueillies initialement par RTL, Emmanuel Macron et Alain Juppé auraient échangé en vue de faire entrer plusieurs proches du maire de Bordeaux dans le futur gouvernement.

Le finaliste de la primaire de la droite a démenti avec la plus grande fermeté. Le 13 mai encore, le maire de Bordeaux soulignait qu'il n'a pas eu de contact téléphonique avec le le nouveau président depuis son élection et rappelle qu'il soutient dans la campagne législative les candidats LR et UDI qui ont été investis. Pour lui, les informations dévoilées par RTL - et qu'il conteste donc - ont pour but de "semer le trouble" dans sa famille politique. Si Emmanuel Macron réussit son pari, le semblant d'unité de la droite pourrait très vite voler en éclats.

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