3 min de lecture Jean-Louis Debré

"Le président du Conseil constitutionnel doit être un homme libre", avertit Jean-Louis Debré

REPLAY / DOCUMENT RTL - Après neuf ans de mandat, le président du Conseil constitutionnel va quitter son bureau de la rue de Montpensier le 5 mars. En exclusivité, il se livre et évoque sa succession.

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"Le président du Conseil constitutionnel doit être un homme libre", avertit Jean-Louis Debré Crédit Image : RTL / Rémi Sulmont | Crédit Média : Rémi Sulmont | Durée : | Date : La page de l'émission
Rémi Sulmont
Rémi Sulmont et Loïc Farge

Le 4 mars prochain avant minuit, Jean-Louis Debré va devoir remballer sa collection de bustes de Marianne. Il va quitter l'un des plus beaux bureaux de Paris. C'est un fait : la terrasse sur les jardins du Palais-Royal est fabuleuse. L'ancien ministre de l'Intérieur, si brocardé sous Chirac, laissera une institution qu'il a métamorphosée. A commencer par le fronton. "Sur la façade, il n'y avait même pas marqué en gros Conseil constitutionnel. J'ai fait mettre en gros Conseil constitutionnel", raconte-t-il. "Cette maison était non lisible. Il y a une année où le Conseil n'a rendu aucune décision, une autre année où il en a rendu trois. D'une manière générale, il en rendait autour de dix par an. Tout le monde s'en fichait !", poursuit-il.

Louanges des grands constitutionnalistes

Jean-Louis Debré explique que le Conseil Constitutionnel a rendu, en cinq ans, plus de décisions qu'en cinquante ans. Il a construit une salle d'audience pour examiner les "questions prioritaires de constitutionnalité" (QPC) qui, depuis 2010, permettent à chaque citoyen de contester la loi française et de faire plancher les neuf Sages.

Les grands constitutionnalistes sont à l'unisson. "Un grand président du Conseil", juge Dominique Rousseau. "Son intuition de politique lui a permis de comprendre que la révolution de la QPC pouvait tout changer", dit Dominique Chagnollaud. "Jean-Louis Debré, fait remarquer Didier Maus, s'est retrouvé à mener la plus grande réforme du Conseil  fondé par son propre père, Michel Debré".

Je suis probablement le seul président du Conseil constitutionnel à n'avoir jamais été décoré

Jean-Louis Debré
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La grande question maintenant, c'est de savoir qui va lui succéder. On parle avec insistance de Laurent Fabius. "On dit que c'est lui", répond habilement Jean-Louis Debré qui a passé un message à François Hollande, à qui il revient de nommer son successeur. "Quand on rendait trois à dix décisions par an, on pouvait avoir des loisirs ! Aujourd'hui on travail, il faut s'investir maintenant dans cette maison". Voilà les candidats prévenus. En plus, il n'y a plus que quatre chauffeurs pour neuf Sages. Il faut partager.

Pas un job de retraité

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Autrement dit, la présidence du Conseil constitutionnel n'est pas un job de retraité : cinq heures d'audience, plus les heures de délibération, plus des rapports à rédiger. Même s'il serait préférable qu'il soit exercé par quelqu'un qui a l'âge de la retraite, à entendre Jean-Louis Debré. "Il faut que ce soit un homme libre, qui ne dépend de personne et qui n'ait plus rien à prouver", martèle-t-il. "Si on a encore une carrière à faire, fatalement, il y aura des arrière-pensées qui apparaîtront", estime-t-il. "Je suis probablement le seul président du Conseil constitutionnel à n'avoir jamais été décoré. Je refuse toute décoration. Le président du Conseil constitutionnel ne doit rien attendre du pouvoir", tonne-t-il. C'est tout le paradoxe du Conseil constitutionnel : le président est nommé par le pouvoir et doit ensuite faire preuve d'indépendance et d'ingratitude.

Si on a encore une carrière à faire, fatalement, il y aura des arrière-pensées qui apparaîtront

Jean-Louis Debré
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Le chiraquien Jean-Louis Debré racontera au printemps dans un livre comment Nicolas Sarkozy a "missionné un juriste" pour tenter de le déloger du Conseil et comment il a dû faire refroidir son téléphone après un coup de fil du même Nicolas Sarkozy. Visiblement, ça s'est mieux passé avec le Président François Hollande. Pendant neuf ans, le président Jean-Louis Debré a tout noté, tous les soirs. Peut-être a-t-il déjà écrit sur celui ou celle qui occupera son bureau jusqu'au mercredi 4 mars 2025.

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