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Laurent Fabius : "Pas de retraite à 60 ans pour tout le monde !"

Le député socialiste de Seine-Maritime, ancien Premier ministre, répondait jeudi matin aux questions de Jean-Michel Aphatie.

Laurent Fabius sur RTL le 9 novembre 2011
Laurent Fabius sur RTL le 9 novembre 2011 Crédit : RTL
Micro RTL
La rédaction de RTL et Jean-Michel Aphatie

Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Laurent Fabius.

Laurent Fabius : Bonjour, Jean-Michel Aphatie.

On va procéder par quelques questions simples, si vous en êtes d'accord sur la question des retraites, parce que visiblement, tout le monde ne comprend pas ou alors tout le monde ne dit pas la même chose.

Allez-y !

Je ne sais pas. Si vous revenez au pouvoir, si François Hollande est élu à l'Elysée, rétablirez-vous le droit pour chaque salarié de prendre sa retraite à 60 ans, éventuellement en subissant une décote ?

Il y aura deux cas de figure. D'abord, il y aura une décision immédiate qui sera prise qui concerne toutes les personnes qui ont commencé à travailler avant 18 ans. Toutes ces personnes, à condition qu'elles aient 41 annuités puis quarante et une et demi, auront le droit à partir à 60 ans à taux plein. Ca, c'est la décision immédiate.

Ensuite, à la fin de l'année 2012, il sera ouvert une négociation qui portera sur l'ensemble des paramètres, ceux qu'a indiqués monsieur Duhamel, c'est-à-dire à la fois la décote, la durée de cotisations, la pénibilité, le financement. Et dans ce cadre-là évidemment, la question des 60 ans pour les différentes catégories sera posée.

Donc, éventuellement, tout le monde pourra partir à la retraite à 60 ans, peut-être en subissant une décote, peut-être ... Mais l'idée du projet socialiste et donc du candidat socialiste, c'est que la négociation peut déboucher sur "tout le monde pourra partir à 60 ans". C'est ça ?

Ne nous faisons pas d'illusions, monsieur Aphatie. La situation financière des régimes de retraite qui n'a pas été réglée par le gouvernement et la situation financière générale du pays fait qu'on ne peut pas raser gratis. Mais il faudra prendre cas par cas et l'ensemble des paramètres sera sur la table.

Donc, deux phases très distinctes. Immédiatement pour toutes les personnes qui sont dans les situations les plus injustes, parce que si vous avez commencé à travailler très tôt et que vous êtes obligé avec le régime Fillon-Sarkozy, de travailler jusqu'à 42 ans, 43 ans, 44 ans, vous êtes fini, vous êtes crevé.

Il y a déjà un dispositif carrière longue !

Oui mais qui s'arrête en-deçà de 18 ans, vous le savez. Là donc, ça ouvrira un droit concret pour beaucoup, beaucoup de gens ; et ensuite, la deuxième phase des négociations portant sur la totalité des paramètres.

La totalité des paramètres, donc. J'essaie d'être clair. En fait...

Eh bien moi aussi !

Vous ne serez pas en situation de dire pendant la campagne électorale quelle est exactement la réforme des retraites, puisque vous renvoyez...

... Je viens de vous le dire.

... L'essentiel à la négociation.

Je viens de vous le dire.

J'ai bien formulé les choses ? Vous renvoyez l'essentiel de la réforme à la négociation.

Non, pas à l'essentiel.

Vous changez un dispositif tout de suite...

... Oui.

... 18 ans ...   


Ca concerne des centaines de milliers de gens.

Voilà. Mais à part ça, le reste, c'est renvoyé à la négociation ?

Oui, avec évidemment la volonté de privilégier tous ceux qui ont eu des carrières pénibles et qui ont commencé à travailler tôt.

Est-ce que vous convenez, pour essayer d'être clair, d'un recul par rapport à la formulation du projet socialiste : l'âge légal de départ à 60 ans à la retraite, et l'âge de départ sans décote à 65 ans. Vous convenez d'un recul ?

Disons que c'est plus précis. Mais en ce qui concerne le candidat qui est François Hollande, je rejoins ce qu'a dit monsieur Duhamel, il y a un instant : il n'a pas caché quelle était sa position. Dans les primaires, il l'a exposée, c'était une position qui était différente, peut-on comprendre de d'autres candidats ; mais c'est lui-même qui a prévalu et c'est cette position qui prévaut.

C'est cette position qui prévaut et qui est un peu différente de celle du projet socialiste ?

Qui tient compte aussi du fait, soyons parfaitement lucide, que la situation économique non seulement aujourd'hui mais demain et après-demain compte tenu (on va en parler sans doute) de tout ce qu'on peut savoir, va se détériorer et qu'il ne faut évidemment pas payer les gens en monnaie de singe.

On peut imaginer que ceux qui ont signé des accords avec vous, les écologistes notamment, ne vont pas être contents de cette lecture, celle que vous faites ce matin au micro de RTL ?

Non, je crois que tout le monde comprend qu'il faut une politique qui change les choses et qui, en même temps, soit sérieuse.

Vous y avez fait rapidement référence mais commençons par ce qu'a dit François Hollande, ici lundi. "Si je gagne, si je suis élu Président, je renégocie l'accord trouvé à Bruxelles la semaine dernière."

Oui.

Et le gouvernement dit : ça, ce n'est pas responsable.

Non. François Hollande a raison. Cet accord, il y a deux, trois aspects principaux.

Le premier aspect, c'est essayer d'introduire plus de sérieux dans la gestion des finances budgétaires. C'est le souhait des socialistes d'introduire plus de sérieux. Simplement, la proposition qui est faite ne colle pas avec cette histoire de la règle d'or. Si monsieur Sarkozy nous avait fait voter la "règle d'or" - vous devez savoir, vous le savez certainement - que déjà aujourd'hui, elle ne correspondrait pas à l'accord européen. Donc, on voit bien que ce n'est pas pertinent.

Donc, nous, nous sommes pour le sérieux mais pas sous cette formule de "règle d'or". Il y aura une loi sur les finances publiques, il y aura des engagements précis qui seront pris, il y aura un collectif budgétaire immédiatement mais pas cette gymastique technocratique qui est proposée.  Premier point.

Deuxième point : il y a une situation d'urgence. Et là alors, l'accord ne répond absolument pas à la situation d'urgence. Il faudrait,  je lisais ça dans un journal spécialisé, il aurait fallu un bazooka pour tuer la spéculation ; et le journaliste disait : On a une collection d’arbalètes.  C'est exactement de ça qu'il s'agit. Je ne vais pas entrer dans la technique, sauf si vous le souhaitez ; mais ça ne permet pas de casser la spéculation et de répondre  à l'urgence. Donc, c'est la raison pour laquelle sur les marchés en ce moment, ça dégringole.
   
Mais  vous pourriez appliquer l'accord et demander à parler d'autre chose. Mais appliquer l'accord. Renégocier l'accord, c'est quelque chose qui est particulier.

Je vais y venir, excusez-moi ! Le troisième point, c'est la question de la croissance. Et là alors, c'est le grand absent. Vous ne pouvez pas arriver à relancer la machine économique, à diminuer le chômage, à faire en sorte que les finances publiques soient équilibrées si vous ne relancez pas la croissance, ce qui nécessite une autre attitude de la Banque centrale européenne : des eurobonds et une taxe sur les transactions financières. Rien de tout ça n'est dans l'accord.

Et à partir de ça, François Hollande a tout à fait raison de dire  -c'est un principe-   vous interrogiez l'autre jour un membre de la Droite et je ne suis pas d'ailleurs l'interprète de votre pensée, mais vous disiez : mais enfin, écoutez c'est impossible. Vous nous dites : il n'y a qu'une solution ; c'est oui ou oui. Quand on est en démocratie...

... Vous synthétisiez ma pensée.

Enfin, je la simplifie. Non, mais enfin l'idée c'était ça, on est bien d'accord.

Appliquer un accord... Dire : on va...

... Non, non, il ne sera pas ratifié...

Vous souhaitez qu'une majorité, éventuellement de Gauche à l'Assemblée, ne ratifie pas l'accord. C'est ça ?
   
Evidemment que non !

D'accord.

Si monsieur Sarkozy négocie un accord, que cet accord est mauvais pour la France, est mauvais pour l'Europe, un autre Président de la République est élu qui dit les choses clairement, François Hollande, eh bien on ne va pas s'empresser de ratifier cet accord. Il y aura donc une modification de cet accord.

François Hollande est désigné depuis deux mois candidat du Parti socialiste. Ca n'était pas votre candidat. Vous êtes convaincu depuis deux mois par le futur Président Hollande ?

Mais je le soutiens totalement et nous faisons le maximum pour gagner. Je pense qu'il y a dans cette élection un grand choix : ou bien la poursuite de la catastrophe actuelle, et il faut voter Sarkozy ; ou bien, un redressement qui sera difficile, et c'est le choix de François Hollande.

Evidemment présenté comme ça !

Et c'est la réalité.

Laurent Fabius, je ne sais pas s'il y avait du flou, je ne sais pas s'il reste des loups ; mais enfin, voilà, c'était ce matin sur RTL.
2012 et vous

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2011-12-15 11:07:00
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