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Laurent Fabius sur Bourgi : "Peut être un des plus gros scandales de la droite"

Le député socialiste de Seine-Maritime, ancien Premier ministre, répondait lundi matin aux questions de Jean-Michel Aphatie. Laurent Fabius (PS) a estimé lundi que les accusations de financement occulte portées par l'avocat Robert Bourgi contre la présidence Chirac, constitueraient, si elles étaient vraies, "un des plus gros scandales de la droite depuis des décennies". "La façon dont le récit est fait dans le 'JDD' est impressionnante", a-t-il jugé. Par ailleurs, remarquant que Claude Guéant, ministre de l'Intérieur, avait admis qu'il y avait eu jadis "des conversations" entre monsieur Bourgi et Nicolas Sarkozy sur ce système de financement, le responsable PS a rappelé : "il y a une règle de droit en France : quand une autorité publique est informée d'un délit ou d'un crime, elle doit déférer à la justice".

Laurent Fabius sur RTL le 12 septembre 2011
Laurent Fabius sur RTL le 12 septembre 2011 Crédit : RTL
Micro RTL
La rédaction de RTL et Philippe Corbé

Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Laurent Fabius.

Laurent Fabius : Bonjour.

L'avocat, Robert Bourgi, l'un des piliers de ce que l'on appelle la France Afrique, a raconté hier dans le "Journal du Dimanche", comment et combien de millions d'argent liquide il avait remis à Jacques Chirac de la part de certains dirigeants africains. Croyez-vous, Laurent Fabius, à la véracité de ce récit ?

La façon dont le récit est fait dans le "Journal du Dimanche", est impressionnante. Il y a toute une série de détails. Ce qui est sûr, c'est que si ces faits sont avérés, c'est l'un des plus grands scandales de la droite depuis des décennies.

On ne va découvrir que de l'argent africain a financé la vie politique française. On le savait. On peut le dire ?

Monsieur Bourgi cite des dizaines de millions de dollars, il dit que c'est lui même qui les a remis. Et d'autre part, il donne les destinataires avec des détails.

C'est un secret de Polichinelle, quand même ?

Non, non. Ce n'est pas un secret de Polichinelle ! Des détails comme ça, de la part de quelqu'un qui a porté les valises, on n'a jamais vu. En tous cas, moi je n'ai jamais entendu ça. Et donc il n'y a qu'une manière de faire la lumière, c'est la justice, la justice et rapidement.

Mais il y a un autre aspect. Il y a deux aspects là dedans. Il a l'aspect dont on vient de parler, et l'autre aspect c'est pourquoi monsieur Bourgi, et pourquoi maintenant ? Monsieur Bourgi, est le conseiller officieux, d'après ce que je comprends, de monsieur Sarkozy. Ca n'intervient pas à n'importe quel moment. C'est au moment où monsieur Chirac est en difficulté, monsieur De Villepin est en difficulté. Et d'autre part, c'est à votre micro, que monsieur Guéant hier, je crois, qu'il y avait eu une conversation....

Il a confirmé ce que monsieur Bourgi disait dans le "JDD", monsieur Bourgi disait que fin 2005, il en avait parlé à  Nicolas Sarkozy. Ce que Claude Gueant a confirmé.

Alors là, il y a une règle de droit en France. Quand une autorité publique est informée...

... Article 40 du Code de Procédure Pénale !

... D'un délit ou d'un crime doit déférer à la justice. Qu'est ce qu'il y a dans tout ça ? Donc il faut prendre ça très sérieusement.

François Mitterrand, ancien président de la République, enfin quand il était président de la République, a-t-il touché de l'argent de la part des dirigeants africains ?

A ma connaissance non. Il y a eu des affaires qui ont été portées en justice, je vous le rappelle, qui ont été jugées. Moi, je n'ai aucune autre information.

Mais vous n'avez jamais entendu, du temps des deux septennat de François Mitterand, que de l'argent africain circulait ?

J'ai entendu des choses, mais des choses précises comme ça, non.

D'accord. Les banques françaises sont menacées d'être rétrogradées par les agences de notation. La crise de l'Euro s'amplifie. On commence à évoquer en Allemagne l'insolvabilité ordonnée de la Grèce. Cette crise, Laurent Fabius, est-elle maîtrisable ?

Il n'y a pas de vision. Il n'y a pas de pilote dans l'avion. Ca fait beaucoup. La situation est très sérieuse. Les gens sont inquiets. Ils ont raison de l'être. Et il n'y pas trente-six solutions, il faut que les principaux pays, je pense en particulier à l'Allemagne et à la France, leurs dirigeants dégagent une vision, vers où on va et puis que l'on prenne des décisions.

En matière de banques, là, vous prenez l'exemple des banques, je lis dans les journaux que la situation objective des banques n'est pas si grave que ce que l'on dit. Oui, mais la situation objective, malheureusement en terme de marchés, ce n'est pas ça qui compte. Plusieurs choses à faire : d'abord vision à long terme, il faut contrairement à ce qu'on nous raconte, séparer les banques de dépôts, les banques d'affaires.

J'explique en un mot : il est normal que les dépôts des déposants soient garantis. Mais il n'est pas normal pas du tout de couvrir à perpétuité les errements de la part des dirigeants en matière de spéculation.

C'est l'immédiat qui nous intéresse pour le moment.

L'immédiat...

Ce qu'il faut convenir, pour être assez précis, que la Grèce ne pourra pas rembourser ses emprunts, et qu'il vaut mieux - c'est le ministre de l'Economie allemand qui le dit, Philippe  Rosnel -, "convenir de l'insolvabilité ordonnée de la Grèce". Est-ce qu'on peut le dire aujourd'hui ?

Je pense que les conditions qu'on a mises à la Grèce, elle ne peut pas rembourser. Parce qu'avec les prêts qu'on lui a consenti, sont à taux d'intérêts trop élevés et donc lui casse le peu de croissance qu'elle pourrait faire. Donc il faut renégocier les conditions. Mais on n'a eu déjà énormément de mal, France et Allemagne et d'autres à trouver un accord. L'accord du 21 juillet, il parait qu'il sera pris au mois de janvier. Moi, je suis septique, je le dis franchement sur la possibilité, aux conditions actuelles de rembourser.

Dans ce contexte, Laurent Fabius, que vous décrivez vous même comme très inquiétant...

En ce qui concerne les banques, si comme c'est le cas, mises en difficultés, il faut ou bien qu'elles puissent se porter sur le marché pour avoir un capital plus large, ou bien une fois de plus malheureusement...

... Que l'Etat amène de l'argent ?

Que l'Etat supporte....

Je me demande lequel ?

A ce moment là - ça peut être l'argent du Fonds européen -, mais à ce moment-là, avec des conditions précises, ce qui n'a jamais été fait la dernière fois.

Compte tenu de la gravité de la situation, Laurent Fabius, un programme socialiste, où on parle de créer 300.000 emplois jeunes, et de revenir à la retraite à 60 ans. Est ce que ceci est toujours d'actualité, ou est ce que ceci est totalement périmé ?

Ce ne sont pas ces deux propositions qui me choquent le plus. Je m'explique. En ce qui concerne la retraite, soyons clairs, ce que nous disons, pour et seulement pour, les personnes qui ont commencé à travailler très tôt, et qui ont toutes leurs annuités, là, il y aura la retraite à 60 ans. Ce n'est pas une retraite à 60 ans générale. Il faut être précis.

En ce qui concerne les emplois jeunes, c'est un passage pour mettre le pied à l'étrier.

Vous pensez que les Français puissent comprendre, que d'un côté vous disiez que la crise économique est très grave, même si c'est pour une catégorie limitée de personnes, de revenir à la retraite à 60 ans.

Je vais extrêmement précis, monsieur Apathie. Nous avons chiffré tout cela. Nous aurons au maximum à disposition, à condition qu'il y ait retour sur des niches, économies de toutes parts, nous aurons en tout et pour tout 5 milliards d'euros à disposition pour les choses nouvelles. 5 milliards d'euros, c'est pas énorme du tout. Nous avons sur cette base arrêté un projet, qui a d'ailleurs été adopté à l'unanimité. Mais quand j'entends jour après jour, des éléments nouveaux être rajoutés, je dis "là attention, ça n'est pas raisonnable", parce que moi, je ne vois pas, dans les conditions de l'économie qui seront celles du mois de juin, nous pourrons faire ça.

Qui a rajouté des éléments nouveaux ?

J'en entends tous les jours.

Qui, vous pensez à qui ?

J'entends, les différents candidats.

Non, vous pensez à qui ?

Les différents candidats.

Non, non, il n'y pas les différents candidats, vous pensez à quelqu'un ?

Non, je...

... Pourquoi vous ne le dîtes pas.

Qui est ce que vous avez à l'esprit ?

François Hollande (60.000 emplois d'enseignants). Pourquoi vous ne le dites pas ?

Prenons cet exemple là.

Pourquoi vous ne le dites pas ? Je rappelle que vous soutenez Martine Aubry. Donc François Hollande n'est pas sérieux.

Oui, je soutiens Martine Aubry. Vous me laissez trente secondes ? Il y a la proposition que j'ai entendue l'autre jour de François Hollande, qui par ailleurs est un homme sérieux : 60.000 à 70.000 emplois d'enseignements...
   
... Pendant la législature...

Une remarque... D'abord d'un point de vue strictement éducatif, il faut arrêter - ça j'en suis tout à fait d'accord -  le fait de supprimer un emploi sur deux qui part à la retraite, ça, ça n'a pas de sens. Mais éducativement, de dire que la priorité absolue, c'est de rajouter 70.000 emplois ce n'est pas, je crois, la réalité. La réalité c'est de faire en sorte qu'il y ait davantage de formation de professeurs, qu'ils puissent travailler en groupe, etc.

Deuxièmement d'un point de vue économique, si dans la situation générale du pays, on dit priorité numéro 1 (70.000 emplois d'enseignants en plus), on ne sera pas crédible et les enseignants le savent bien.
 
Plusieurs dizaines de féministes se sont rassemblées hier devant le domicile de Dominique Strauss-Kahn. Qu'est-ce que vous en pensez ?

Ecoutez, je pense que chacun s'est exprimé sur cette affaire et je crois que maintenant, il faut passer à une autre étape.

Laquelle ?

La justice américaine a dit ce qu'elle pensait. Dominique Strauss-Kahn est rentré en France. Voilà.2012 et vous

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Laurent Fabius sur Bourgi : "Peut être un des plus gros scandales de la droite"
Laurent Fabius sur Bourgi : "Peut être un des plus gros scandales de la droite"
Le député socialiste de Seine-Maritime, ancien Premier ministre, répondait lundi matin aux questions de Jean-Michel Aphatie. Laurent Fabius (PS) a estimé lundi que les accusations de financement occulte portées par l'avocat Robert Bourgi contre la présidence Chirac, constitueraient, si elles étaient vraies, "un des plus gros scandales de la droite depuis des décennies". "La façon dont le récit est fait dans le 'JDD' est impressionnante", a-t-il jugé. Par ailleurs, remarquant que Claude Guéant, ministre de l'Intérieur, avait admis qu'il y avait eu jadis "des conversations" entre monsieur Bourgi et Nicolas Sarkozy sur ce système de financement, le responsable PS a rappelé : "il y a une règle de droit en France : quand une autorité publique est informée d'un délit ou d'un crime, elle doit déférer à la justice".
https://www.rtl.fr/actu/politique/laurent-fabius-gare-aux-fausses-promesses-7717719900
2011-09-12 09:33:00
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