4 min de lecture Présidentielle 2017

L'élection présidentielle en France peut-elle se faire pirater ?

Les risques de piratage pesant sur le scrutin inquiètent les autorités et incitent les formations politiques à la prudence.

Un bulletin de vote lors de la primaire de la gauche, le 22 janvier 2017
Un bulletin de vote lors de la primaire de la gauche, le 22 janvier 2017 Crédit : GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP
Benjamin Hue
Benjamin Hue
Journaliste RTL

L’élection présidentielle française est-elle à l’abri d’un piratage informatique ? À moins de 90 jours du premier tour du scrutin, le 23 avril prochain, les autorités sont en état d’alerte. "Nous serons en veille permanente pour ce qui est des attaques de messages, les attaques visant à troubler le scrutin et sa sincérité", a promis le ministre de l'Intérieur, Bruno Le Roux. Le risque de dysfonctionnement du processus électoral est réel et plutôt indirect. Le vol de courriels de responsables démocrates pendant la présidentielle américaine et son influence sur le scrutin est encore dans tous les esprits. Les partis politiques sont invités à la vigilance et le gouvernement prend très au sérieux le risque de manipulation de l’opinion par la désinformation en ligne.

Pas de menace directe sur le scrutin

Du fait de son mode de scrutin, l’élection présidentielle française est logiquement à l’abri d’une manipulation informatique directe. Le vote électronique n’est pas utilisé pour cette élection. Les électeurs votent avec des bulletins en papier. Le décompte est effectué à la main, dans chaque bureau de vote. Il existe un risque de perturbation du scrutin par l’intermédiaire des listes électorales, qui sont gérées par les mairies sur ordinateur et sont donc exposées à des logiciels malveillants.

L’autre incertitude concerne les machines à voter. Autorisées en France depuis les années 1960, elles sont utilisées dans une cinquantaine de commune, pour 1,1 million d’électeurs potentiels. Le député socialiste Sébastien Pietrasanta a soulevé le problème auprès des autorités et demandé à ce qu’elles ne soient pas utilisées en mai prochain. Le numéro un de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (ANSSI), Guillaume Poupard n’est "pas inquiet car cela concerne peu de communes et même en cas de manipulation, l’impact sera très faible dans le résultat final".

Les formations politiques prises pour cible

La principale menace concerne les partis politiques. "Un parti politique et une équipe de campagne sont des organisations qui utilisent des technologies de l’information. Elles sont exposées au risque de piratage dès lors qu’elles sont connectées et qu’elles sont détentrices d’informations qui peuvent avoir de la valeur", souligne Nicolas Arpagian, directeur stratégie d’Orange Cyber Defense. Comme aux États-Unis, des pirates pourraient s’emparer de courriers électroniques et de fichiers compromettants pour un candidat et les rendre publics pour orienter le vote des électeurs.

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Les autorités ont jugé la menace suffisamment importante pour réunir les représentants des principales formations politiques cet automne afin de les mettre en garde contre d'éventuelles intrusions dans leurs systèmes informatiques et leur dispenser les pratiques à respecter en matière de cybersécurité. Faire attention aux mots de passe, mettre les logiciels à jour, demander une double authentification, restreindre l’accès aux données sensibles, utiliser des messageries chiffrées...Une hygiène à laquelle les partis seraient aujourd’hui totalement sensibilisés.

Une menace disproportionnée

"Dès qu’on a fait le choix d’utiliser une plateforme numérique, c’était une problématique évidente", assure le directeur de la campagne de Jean-Luc Mélenchon, Manuel Bompard. "Nous avons mis en place des logiques de protection et de sauvegarde, un accès aux données fortement réglementé, très restreint pour les données sensibles qui sont limitées à une poignée de personnes, nous utilisons des messageries cryptées pour certains types d’échanges".

Le sujet est tout autant "pris au sérieux" chez Les Républicains, où en passant de la primaire à la présidentielle, on est passé "un cran au-dessus en terme de veille et de sécurité". Le directeur de campagne de François Fillon, Gauthier Guignard, précise toutefois que "des chantiers sont en cours au niveau des serveurs pour isoler et sécuriser l’hébergement et au niveau du site pour anticiper les failles avec des développeurs et des agences".


"La question n’est pas de savoir si les partis sont sérieux ou pas. Ils le sont", observe Guillaume Poupard. "Le problème aujourd’hui est que les partis sont des PME avec des moyens limités et qu’ils font face à des services qui ont la puissance d’un État. La menace est disproportionnée". Le directeur général de l’ANSSI souhaiterait d'ailleurs ouvrir une réflexion sur la sortie des dépenses en sécurité dans les comptes de campagne des partis, qui privilégient d'autres postes de dépenses afin de rester dans les clous.

La manipulation par la désinformation

Les autorités redoutent également le risque de manipulation du scrutin par des campagnes de désinformation sur Internet et la propagation de discours haineux sur les réseaux sociaux. Aux États-Unis, où près d’un Américain sur deux utilise Facebook comme source d’information, le réseau social est accusé d’avoir favorisé l’élection de Donald Trump en laissant proliférer les articles de désinformation allant dans le sens du discours du candidat républicain. Google a été pointé du doigt pour avoir fait remonter sur son moteur de recherche des articles pro-Trump publiés sur des sites complotistes.

En France, Alain Juppé et François Fillon ont subi pendant la primaire de la droite des attaques sur leur supposée collusion avec des organisations islamistes radicales à travers la diffusion sur YouTube et sur les réseaux sociaux de contenus les caricaturant en "Ali Juppé" et "Farid Fillon". Emmanuel Macron fait depuis quelques jours l’objet d’un intérêt appuyé des médias russes liés au Kremlin, comme Russia Today et Sputnik News, le présentant comme le "chouchou des médias français", soutenu par "un très riche lobby gay" et étroitement lié aux banques américaines. 

Sollicités par les autorités, Facebook et Google ont mis en place avec une quinzaine de médias français des outils de signalement des informations erronées, non vérifiées et autres articles susceptibles de manipuler l'opinion. Le site de campagne de François Fillon comporte maintenant une page "stop intox" avec des billets en ligne sur la sécurité sociale et le nombre de fonctionnaires, "deux thématiques qui faisaient l'objet d'un grand nombre d'intox en ligne", explique Gauthier Guignard. Les autorités vont également mettre en place une veille sur les réseaux sociaux afin de repérer d'éventuelles anomalies.

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