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L'affaire Henri Proglio

L'annonce du montant et de la composition du salaire d'Henri Proglio avait déclenché une violente polémique. Le PDG d'EDF renonce à la part que devait lui verser Veolia. L'incident est-il clos ? La chronique d'Alain Duhamel.

Alain Duhamel
Alain Duhamel Journaliste RTL

Non, je ne crois pas l'incident soit clos. Peut être est ce qu'il s'apaisera, mais de toutes façons, il laissera des traces, et même des traces profondes. D'abord parce que Henri Proglio a, au moment même où on lui confiait la présidence d'EDF, c'est à dire une des principales entreprises publiques françaises, c'est à dire un des grands acteurs nucléaires au niveau mondial. A ce moment là, il a mis en avant une exigence, qui est totalement inédite, symbolique et provocatrice qui est de pouvoir continuer à être le véritable stratège d'une entreprise privée Veolia. Comme si public privé, c'était la même chose. Et comme s'il ne savait pas qu'il pouvait y avoir en plus des conflits d'intérêts entre les deux entreprises.

Disons qu'il s'est comporté comme l'empereur d'Autriche Hongrie, c'est à dire, comme s'il était une espèce d'aigle à deux têtes, avec une tête gauche, une tête droite pouvant s'ignorer et être indépendante l'une de l'autre.

L'autre chose, c'est qu'au moment où on prend la tête d'une entreprise aussi considérable qu'EDF, avec énormément d'atouts, mais aussi avec énormément de problèmes et de difficultés, il veut continuer quand même à donner une partie de son temps à une autre entreprise - privée -, comme si c'était un tel pur génie, un Einstein de l'entreprise, qu'il pouvait faire plus que les autres, qu'il pouvait s'occuper de deux très très grandes entreprises.

En même temps, c'est quand même aberrant, bon et puis il y a évidemment la question de son salaire. Il fait machine arrière sur la part venant du privé, Veolia, mais sur le fond il avait quand même demandé pour maintenir son propre niveau de vie, il avait demandé de doubler le salaire de son prédécesseur, lequel lui même l'avait énormément augmenté pendant le temps où il était à la tête d'EDF. On ne demande à des chefs d'entreprises d'être des bénédictins bien entendu. C'est pas la question, et on sait bien qu'il ne sera pas le mieux payé dans toute cette affaire, au sein du CAC 40 français. Ca c'est une évidence. Mais enfin par exemple, quand Christine Lagarde est entrée au gouvernement, et bien elle a accepté par rapport à ce qu'elle gagnait dans le secteur privé de diviser ses revenus probablement de cinq, peut être de 10 fois. Ca prouve qu'il y a des gens qui sont très élégants, et il y a des gens qui ne sont pas élégants du tout.

Mais justement ces grands dirigeants, ces responsables expérimentés, quand même, comment peuvent ils en arriver à des décisions de ce genre ?

Ce sont des gens qui sont brillants, qui travaillent comme des brutes, qui ont des qualités exceptionnelles en règle générale. Il faut reconnaître ce qui y est. Qui sont demandés partout. Si c'était pas EDF, ça aurait été ailleurs. Ca c'est sûr. Mais en même temps, ils ont un tel appétit d'additionner des salaires extravagants, des indemnités incroyables, des retraites particulières, des stocks options, des indemnités en cas de départ, etc., qu'il y a derrière ça, pour appeler les choses par leurs noms qui s'appelle de l'avidité, ou de la cupidité. Alors lui, par dessus le marché, Henri Proglio, il était dans une situation de force par rapport au gouvernement. Parce qu'il n'était pas demandeur d'EDF. Parce qu'il avait déjà refusé d'y aller. Et parce qu'on pensait qu'il avait des qualités particulières. Et bien disons que tout cela, je trouve que le gouvernement et Nicolas Sarkozy ont été quand même bien indifférents aux réactions prévisibles de l'opinion. Et puis que ces très grands chefs d'entreprises, banquiers, industriels, ont l'air d'oublier ce qui s'est passé pendant un an, que les gens eux, n'ont pas oublié et ils ne modifient pas leur comportement.

Concrètement Alain, quelles peuvent être les conséquences de cette polémique ?

Tout d'abord, je plains le DRH, le directeur des ressources humaines dans ses négociations avec les salariés. Quand il s'agira de savoir si ça se sera plutôt 1,3 , 1,4 ou 1,5 - et les entreprises publiques en général -. Je félicite les militants syndicalistes qui vont avoir un exemple à mettre sur leurs banderoles et dans leurs slogans pendant toute l'année au moins. Derrière ça, il y a quand même cette espèce d'irresponsabilité collective de ceux qui sont les plus brillants en matière économique . Ca c'est quand même un peu inquiétant.

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2010-01-22 07:24:00