1 min de lecture Le fait politique

L'abandon de la taxe carbone

Le projet de taxe carbone envisagé pour le 1er juillet a en pratique été abandonné mardi par le gouvernement. C'est un tournant politique ? La chronique d'Alain Duhamel.

La Semaine Politique - Duhamel
Alain Duhamel Journaliste RTL

C'est le nouveau cours sarkozyen. Celui qui va être mis en œuvre, maintenant, pendant deux ans. Il a deux objectifs :

- L'un : représidentialiser le chef de l'État. Ce sera pour l'international et on verra, à partir de demain, dès la réunion européenne.

- L'autre est de rassembler la droite parlementaire, serrer les rangs.

Pour ressembler la droite parlementaire, la première question est évidemment celle des réformes. On sait que l'accumulation des réformes, que leur simultanéité, que le fait qu'elles soient, assez souvent, mal préparées, qu'elles soient, encore plus souvent, mal expliquées. Tout cela a semé le trouble à droite et on sait ce qui, pour la droite, était devenu le symbole absolu de cet enchevêtrement, c'était la taxe carbone.

Donc, la taxe carbone, qui, au départ, a été présentée comme un grand projet et a été saluée comme une idée novatrice, ingénieuse, audacieuse, brusquement, était devenue le bouc émissaire des agriculteurs qui voyaient une catastrophe de plus s'abattant sur leurs têtes, des transporteurs. En règle générale, des chefs d'entreprise et des Français, persuadés qu'on allait leur donner une taxe de plus qui leur coûterait cher, même si c'est faux.

Du coup, Nicolas Sarkozy a décidé de sacrifier sa réforme favorite. C'est un cadeau de réconciliation avec la droite parlementaire. Mais ce n'est pas tout ! Il y avait aussi la question des nominations. On sait très bien qu'une partie de la majorité était au bord de la crise de nerfs parce qu'elle voyait qu'il y avait des nominations qui venaient de la gauche, et que c'était une humiliation perpétuelle, comme s'il n'y avait pas déjà des gens de valeur venus de la droite.

On a vu le départ de Martin Hirsch qui est, au fond, celui qui a apporté un ajout social spécifique venu de la gauche. Le seul dans le gouvernement. Dans la réalité, on voit maintenant les nominations à la tête de la HALDE. Il était question de Malek Boutih. C'est une femme de droite qui est nommée -  Jeannette Bougrab - et non pas un homme de gauche. Là aussi, c'est une sorte de geste de conciliation vis-à-vis de la majorité de droite.

Et puis, comme il y avait une gestion assez clanique sur le plan parlementaire, maintenant, il va y a voir un grand œcuménisme avec une journée parlementaire exceptionnelle, avec la réception des parlementaires UMP. et Nouveau Centre, par Nicolas Sarkozy, avec sans doute aussi, le premier ministre qui posera la question de confiance. Tout cela étant organisé. C'est le retour de "l'esprit de famille".

Cela signifie-t-il que le gouvernement va ralentir le rythme des réformes ?

Je crois que ça veut dire qu'on va les trier. C'est-à-dire qu'il y a des réformes qui sont difficiles, qui sont, quelquefois, inutiles. Qui sont quelquefois dangereuses. Typiquement, on peut s'interroger sur l'utilité de modifier la loi électorale dans la réforme des collectivités locales, par exemple. Ou bien, on peut se poser la question du statut du procureur dans la réforme de la procédure judiciaire. En revanche, s'agissant des réformes essentielles, c'est-à-dire, d'abord, des retraites et de la dépendance, c'est l'inverse. Il faut aller plus loin, être plus ambitieux, en sachant qu'en plus, on est surveillé par les marchés et par les autorités de Bruxelles, pour savoir si c'est compatible, ou pas, avec une réduction réelle des déficits publics. A partir de maintenant, il y aura moins de réformes, peu de réformes. Il y aura des réformes plus dangereuses, qui ne seront pas forcément populaires. Et c'est là-dessus que Nicolas Sarkozy sera jugé.

La secrétaire d'État chargée de l'Écologie, Chantal Jouanno, s'est dite "désespérée du recul sur la taxe carbone". C'est très inhabituel ?

C'est inhabituel, mais très sympathique. Pour une fois, cela ressemblait un peu à un cri du cœur, à quelqu'un qui croyait à ce qu'elle avait tenté de faire. Et je trouve que cela changeait agréablement du langage automatique, par exemple, des premiers tours d'élections régionales.

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