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Julien Dray : "Le Parti socialiste n'aborde pas les vraies questions"

Le député socialiste de l'Essonne répondait mercredi matin aux questions de Jean-Michel Aphatie.

Julien Dray sur RTL le 30 mars 2011
Julien Dray sur RTL le 30 mars 2011 Crédit : RTL
Micro RTL
La rédaction de RTL et Jean-Michel Aphatie

Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Julien Dray.

Julien Dray : Bonjour.

La crise de l'UMP vous réjouit-elle ?

Jamais les crises d'un parti politique ne me réjouissent, parce que ça veut dire que le débat ou la qualité du débat politique va en souffrir ; parce que quand le parti majoritaire étale à ce point, ses divisions, ses tensions, c'est clair que l'ensemble des commentateurs vont évidemment se jeter sur ces divisions ; et que les vraies préoccupations, les vraies questions qui sont en cause dans la société vont être mises à l'écart.

Et puis, surtout, on a l'impression que le Parti socialiste n'en profite pas beaucoup ? Claude Guéant remarquait, hier à l'Assemblée nationale - alors, les députés socialistes n'étaient pas contents - mais est-ce qu'il a tort, Claude Guéant, le ministre de l'Intérieur, que le bloc de Gauche avait perdu des voix en 2011 aux Cantonales par rapport à  la série de 2004 ? Et puis, j'ai pris "Paris Match", parce que tout le monde fait la même analyse : "Cantonales, les déçus de la république". Il met ça à sa "Une", "les déçus de la république". Ca veut dire que le Parti socialiste ne les a pas enchantés, eux non plus !...

Ecoutez, moi je pense, il faut dire la vérité. Les Cantonales ne sont pas, je dirais, comme je pouvais les attendre...

... Pour le Parti socialiste ?

... Pour le Parti socialiste. J'aurais préféré que la Gauche, comme dans les années 70 lorsqu'elle préparait sa victoire de 1981, ait des élections intermédiaires qui lui soient extrêmement favorables, c'est-à-dire qu'on rentre en campagne, non pas avec une petite vaguelette rose mais avec une grosse vague rose.

Et pourquoi il n'y a pas eu de vague rose, alors ?

Parce que je pense qu'on n'aborde pas assez les vraies questions.

Le Parti socialiste ?

Oui.

D'accord.

Je pense qu'on  n'aborde pas les vraies questions et qu'on donne le sentiment qu'on esquive un certain nombre de questions importantes. Je pense que la question de la maîtrise des flux migratoires est une question qui reste importante, qui taraude la société française et que le sentiment qu'il y ait une sorte d'invasion rampante ; et donc, tant qu'on n'abordera pas frontalement cette question-là en montrant qu'on est capable de maîtriser, de réguler, d'organiser ces flux migratoires, la question de la ghettoïsation ou plus exactement la ghettoïsation ethnique de la société française n'ait pas abordé...

... Le Parti socialiste a peur d'en parler ? Les dirigeants socialistes ont peur d'en parler ?

Mais je pense que beaucoup de dirigeants ont peur d'ouvrir ces débats-là avec le fait que ça fasse le lit du Front National ; et moi je pense qu'une société qui cache, qui refuse les débats, c'est une société qui me donne le sentiment qu'elle a peur. Et donc à partir de là, ceux qui exploitent ces peurs sont en situation favorable. J'ai pris cela. Je pense que sur la question des salaires, la réponse, pour l'instant, du Parti socialiste est encore très, je dirais, en filigrane, la question de la répartition des richesses, la question même, je dirais même plus généralement de cette mondialisation, de cette économie de marché telle qu'elle s'est organisée. Il ne faut pas donner le sentiment que finalement, on est débordé par les événements. Et donc tout ça, évidemment, ça va être en débat. Donc, la question des Primaires qui arrive va être une question importante.

On va y revenir. Mais tout de même, je voudrais juste m'arrêter sur les notions que sont les mots que vous avez employés : invasion, immigration...

Oui, je les emploie à juste titre parce que c'est comme ça que c'est ressenti. Ca ne veut pas dire que je partage ces opinions-là.

Claude Guéant, le ministre de l'Intérieur, a raison de dire ce qu'il dit quand il dit : "Les Français veulent que la France reste la France", sous-entendu certains ont peur qu'elle ne soit plus la France et qu'il faut travailler pour ?

Oui, mais la vraie question qui est posée derrière ces propos repris par Claude Guéant et qu'on entend, il faut avoir l'honnêteté de le dire : dans les réunions d'appartement, dans les porte à porte...

Donc vous, vous ne condamneriez pas Claude Guéant ?

Si, je le condamne dans la mesure où il ne sait pas ce que ça veut dire.

Pourquoi ?

Pourquoi ? Parce que c'est quoi la France de chez nous ?

Bah, il ne sait pas ce que ça veut dire. Enfin, vous n'en savez rien ! Enfin, je veux dire : pourquoi est-ce qu'il ne le saurait pas ? Puisqu'il en parle c'est qu'il sent bien qu'il y a quelque chose ?

Mais non, parce que personne n'est capable, aujourd'hui. C'est d'ailleurs le problème majeur de définir ce que c'est la France nouvelle. La France est métissée. La France est différente. Et donc, il y a le sentiment, d'ailleurs  -à juste titre pour une partie de la France-  d'une nostalgie de cette France qui n'existe plus, qui n'existera plus. Et le problème qu'il y a c'est que nous ne sommes capables de dépasser ce métissage pour redéfinir la France nouvelle, pour donner le sentiment qu'il y a un projet commun. Regardez tous les éléments que nous avons encore, y compris ce matin sur la jeunesse. Ce pays a peur de sa jeunesse, et il a peur de la jeunesse des quartiers qui pourtant, aujourd'hui, est un élément moteur dans bien des secteurs économiques.

Et donc le Parti socialiste ne comprend pas plus que d'autres ce qu'est cette nouvelle France métissée ?

Le Parti socialiste n'est pas en pointe. Je vous donne un exemple : il n'y a pas assez de conseillers généraux issus de l'immigration qui ont été élus ce week-end ; et ça, c'est un signe politique, si vous voulez, très important, d'intégration, de cette France Nouvelle et ça, c'est le décalage qui s'installe.

Alors, comme de la même manière que nous ne sommes pas capables aujourd'hui de donner les éléments clefs en matière de répartition des richesses, voilà. Et donc le sentiment, et je vais revenir là-dessus aussi, que l'euro est finalement une formidable machine à détruire le pouvoir d'achat des Français s'est installé. Si on faisait un sondage, aujourd'hui sur la sortie de l'euro, je serais très inquiet du résultat. C'est-à-dire que le projet européen tel qu'il est aujourd'hui est totalement à redéfinir.
 
Sortie de l'euro ? Vous voteriez oui ?
 
Non, mais la question est posée. La question est posée ; et on ne peut pas simplement répondre en disant : "L'euro nous protège des dévaluations à venir".

Non mais en vous écoutant, on comprend le succès de Marine Le Pen, alors ?Immigration - euro, ça fait des voix !

Non mais... Il y a deux solutions.
- Soit on dit : ça n'existe pas tout ça ; et à ce moment-là, on se rassure et on pense que l'anti-Sarkozysme va nous faire gagner les élections présidentielles.
- Soit on dit : ça existe mais à partir de là, on apporte nos réponses.

Moi je n'apporte pas les réponses de Marine Le Pen. Vous ne m'avez pas entendu dire qu'il fallait rejeter les Immigrés. Je dis, au contraire, que la question qui est posée :
- c'est comment on redonne un sens à ces phénomènes migratoires qui sont de toute manière des phénomènes inscrits dans l'avenir de l'Humanité.
-  Donc, comment on évite qu'ils soient parqués dans des ghettos et qu'ils aient le sentiment qu'ils sont toujours rejetés.
- Comment on évite, par exemple, qu'ils soient systématiquement stigmatisés.

Revenons, par exemple, sur le débat - si vous me permettez - sur l'islam parce que je ne voudrais pas qu'on se quitte sans que je dise quelque chose.

Rapidement...
 
Quand Jean-François Copé fait une lettre, par exemple, à un "ami musulman", il montre la manière dont il se trompe. Parce que le vrai débat n'est pas sur l'islam. Le vrai débat, il est sur la laïcité ; et là, tous les partis politiques doivent en discuter. Et donc, le problème, ce n'est pas d'aller discuter d'une religion et donc de donner le sentiment qu'on la stigmatise. Le problème c'est de redéfinir des règles communes, y compris sur les pratiques religieuses qui interpellent aujourd'hui dans notre pays.

Rapidement alors, quel est, selon vous, le bon candidat pour le Parti socialiste pour la prochaine élection présidentielle ?

Le bon candidat, c'est celui qui va répondre à toutes ces questions-là.

Il n'existe pas aujourd'hui ?

Et donc ma réponse, vous allez la voir tout de suite. Pour l'instant, il n'existe pas.

Ah, ce n'est pas gai !
 
Il faut le fabriquer.

On va gagner cette élection !

Mais non justement, c'est ça l'intérêt des primaires. Voyez bien qu'il y a un certain nombre de socialistes...

En même temps, vous connaissez les postulants. Donc, si aujourd'hui, aucun postulant ne vous séduit, il n'y a pas de raison que dans huit jours...

Mais non, c'est un défi qui est lancé aux postulants et aux postulantes parce qu'il n'y a pas que des hommes pour que justement, ils puissent répondre à ces questions-là. Et je pense, moi si vous voulez, que dans ces primaires, celui qui va répondre à ces questions-là, qui va les aborder de front, et bien c'est celui qui gagnera.

Plusieurs appels, ce matin, dans la presse pour que le Parti socialiste ne soutienne plus Jean-Noël Guérini qui va, à nouveau, être président du Conseil général des Bouches-du-Rhône ; et la fédération marseillaise dans son fonctionnement est aussi contestée. Est-ce qu'il faut ne plus soutenir Guérini ?

Ecoutez, il y a une chose qui a été faite, hier soir, au bureau national, c'est une bonne chose. Il y a une commission qui a été installée pour étudier par une personnalité qui est incontestable. On va regarder ce qui se passe et on en tirera les conséquences. Mais moi je fais attention de ne pas brûler avant d'avoir les preuves exactes des accusations.

Mais Arnaud Montebourg vous a fait un rapport détaillé avec beaucoup de choses dedans !

Oui mais vous savez, Arnaud Montebourg, il se transforme souvent d'avocat en procureur.

Donc, Guérini, on n'y touche pas pour l'instant ?

On va y toucher si, par hasard, les preuves sont apportées ; mais excusez-moi, ce n'est pas la question la plus importante à ce stade parce que je n'ai pas les éléments concrets là-dessus.

Julien Dray qui attend encore un bon candidat pour le Parti socialiste...

Non, qui va en fabriquer un ! Ce n'est pas pareil !

Ah oui... ça, c'est une info, ça, tiens !  Bonne journée.          

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