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Jean-Marie et Marine Le Pen : une relation politique au bord de la rupture

DÉCRYPTAGE - L'estime mutuelle que se portent père et fille paraît désormais insuffisante face à la multiplication de leurs dissensions.

Jean-Marie Le Pen devant une affiche de Marine Le Pen
Jean-Marie Le Pen devant une affiche de Marine Le Pen
Crédit : MEHDI FEDOUACH / AFP
Romain Renner
Romain Renner

Le Front national va-t-il vivre la rupture des Le Pen ? Promise depuis de longs mois, la scission politique des deux grandes figures du FN semble inéluctable. Marine Le Pen vient une nouvelle fois de désavouer son père, dont l'interview accordée ce mercredi 8 avril à Rivarol fait scandale.

Sa défense des pétainistes, de l'Algérie française et du "monde blanc", ainsi que ses critiques contre les propositions actuelles du FN et les "origines politiques" de certains de ses responsables ont amené sa fille à "s'opposer" à sa candidature aux régionales en PACA. Pis, des sanctions pourraient être prises à son encontre, dans les semaines à venir.

Un précédent récent

"Mme Le Pen doit se poser la question de savoir si ce qu'elle fait est utile à la cause qu'elle prétend servir", répond le principal intéressé, au micro de RTL ce mercredi 8 avril. Une situation qui rappelle la crise traversée par le parti il y a moins d'un an. En juin 2014, Jean-Marie Le Pen avait déjà été
désavoué par sa fille à la suite de ses propos controversés sur les artistes qui s'opposent au FN

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Alors que Marine condamnait sa "faute politique" - elle parle aujourd'hui de "suicide politique" -, le président d'honneur du parti qu'il a fondé en 1972 répliquait sans ménagement : "La faute politique est de s'aligner sur la pensée unique". 

Reste à savoir si ce mercredi 8 avril marque une rupture définitive, comme semblent l'espérer plusieurs responsables frontistes, parmi lesquels Florian Philippot, Louis Aliot et Nicolas Bay, ou un énième accroc dans une relation politique tumultueuse, sujette à de réguliers soubresauts depuis l'accession au pouvoir de Marine.

Du respect et de l'admiration

Car sans préjuger de l'état de leur vie de famille, c'est bien d'un point de vue purement politique que le lien entre les Le Pen se distendent depuis plusieurs mois, voire années. Voilà désormais Jean-Marie le belliqueux de plus en plus enclin à créer le scandale pour se rappeler aux bons souvenirs de l'époque où il incarnait à lui seul la ligne idéologique du Front national. Et à Marine d'éteindre les incendies pour, aujourd'hui, le rappeler à l'ordre. Loin de l'image de la benjamine en pleurs, le soir du 21 avril 2002, ou de celle de la jeune première du parti, qui a tranquillement gravi les échelons aux côtés de son père.

Prenant en 2011 la succession de Jean-Marie Le Pen, Marine a tout pour plaire à son père. Ce dernier ne manque d'ailleurs pas de le souligner. "J'espère qu'elle sera meilleure que moi, invoque-t-il au cours d'un reportage consacré à sa fille. J'ai fait le bulldozer, j'ai tracé la route. Elle peut aller plus loin". En 2011, il estime même que Marine "sera au second tour", notamment grâce "à ses qualités exceptionnelles" qui font d'elle "un meilleur candidat que (lui)".

Des styles différents

En retour, Marine Le Pen évoque "une série de qualités, la lucidité et le courage" de son père. Mieux, elle le défend bec et ongles. "Il est l'une des dizaines de millions de victimes de la guerre (…) Pupille de la Nation, qui a perdu son père, il veut élargir la mémoire collective à l'ensemble des victimes et le fait sûrement de manière maladroite", plaide-t-elle dans l'émission Ripostes, alors qu'elle est interrogée à propos de la Shoah, "détail de l'histoire", selon son père.

Mais depuis qu'elle est en poste, Marine Le Pen commet également quelques crimes de lèse-majesté qui ont probablement réveillé les ardeurs de son père. C'est elle qui permet notamment la montée en puissance de Gilbert Collard, député du Rassemblement bleu marine. Ce même Gilbert Collard qui était l'avocat de Pierrette Le Pen au moment du divorce de ses parents. C'est également elle qui s'entoure de plusieurs ex-chevènementistes, tels que Florian Philippot, pour diriger le parti. Jean-Marie Le Pen ne manque d'ailleurs pas de critiques lorsqu'il s'agit d'évoquer Jean-Pierre Chevènement, "un homme (...) tout à fait détestable (...) qui a les apparences d'un patriote alors qu'il est au fond un marxiste".

Relégué par Marine

C'est également elle qui occupe tout l'espace médiatique et ne laisse à son père que des miettes telles que le discours d'ouverture du défilé du 1er mai. Pis, le fondateur du parti semble désormais écarté des grandes décisions. "Tout est décidé entre Marine Le Pen et Florian Philippot", constate d'ailleurs un soutien de Marine dans les colonnes du Monde.

Son Rassemblement bleu marine, censé ouvrir les portes du Front national au plus grand nombre, sonne enfin comme le point final, si ce n'est le désaveu, de la stratégie électorale du finaliste de la présidentielle de 2002. "C'est une espèce de formation bizarre, sans consistance", considère-t-il même.

L'intérêt commun

En 2012 déjà, Jean-Marie Le Pen s'en prenait à sa fille dans le Times de Londres en la qualifiant de "petite bourgeoise", par opposition à "l'homme du peuple" qu'il est. Avant de prendre la défense des "courageux et dynamiques militants qui se sont fait remarquer parce qu'ils avaient le crâne rasé et qui ont été écartés".

Mais père et fille auront toujours en commun un engagement politique et un sens de l'intérêt commun qui semblent dépasser leurs clivages. Ainsi Jean-Marie Le Pen reste-t-il le leader du FN dans le Sud-Estoù il a réalisé son meilleur score, le 25 mai 2014, lors des européennes. Mais le temps faisant, le président d'honneur du FN voit son statut perdre de sa superbe et sa remplaçante toute désignée n'est autre que Marion Maréchal-Le Pen, sa petite-fille, à qui il serait, selon ses propres dires, prêt à céder la place.

S'imposant dans Rivarol en candidat naturel aux prochaines régionales, nul ne peut prévoir quelle sera sa réaction s'il se voyait privé de cette campagne par le bureau politique du Front national. Jusqu'à aujourd'hui, Jean-Marie Le Pen a toujours su se recentrer lorsque le besoin s'en est fait ressentir : "Marine peut être présidente et elle doit l'être". Jusqu'à aujourd'hui...

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