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Jean-Marc Ayrault : "Que ceux qui souhaitent se présenter en 2012 le disent vite !"

Le député-maire de Nantes, président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale, répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie mercredi matin. Après les déclarations d'Anne Sinclair, qui dit dans "Le Point" ne pas souhaiter que Dominique Strauss-Kahn effectue un second mandat à la tête du Fonds monétaire international (FMI), Jean-Marc Ayrault a déclaré qu'"on peut imaginer" que l'ancienne journaliste s'est exprimée avec l'accord de son mari et "on peut imaginer" que DSK soit disponible pour l'élection présidentielle.

Jean-Marc Ayrault invité de RTL le 12 octobre 2010
Jean-Marc Ayrault invité de RTL le 12 octobre 2010 Crédit : La rédaction de RTL
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et Jean-Michel Aphatie

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Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Jean-Marc Ayrault.

Jean-Marc Ayrault : Bonjour.

Nous allons parler des vacances égyptiennes de François Fillon. Mais avant, cette phrase d'Anne Sinclair dans le magazine "Le Point" qui sera en vente, demain. "J'ai lu, dit-elle, dans plusieurs journaux français que la réélection de Dominique (Dominique Strauss-Kahn) serait assurée à la tête du FMI. Pour ce qui me concerne, dit-elle, je ne souhaite pas qu'il fasse un second mandat." Donc, évidemment, elle parle avec l'accord de son mari, c'est une évidence.

On peut l'imaginer ! Enfin, maintenant si on en est rendu à l'exégèse des déclarations des épouses, eh bien...

Eh bien faisons-là ; et donc, ça veut dire que Dominique Strauss-Kahn est disponible pour être candidat à l'élection présidentielle !   

Peut-être ! En tout cas...

Pas peut-être. Pas peut-être.

On peut l'imaginer ; en tout cas, moi je n'ai fait aucun choix pour aucun candidat pour l'instant. Mais ce que je souhaite, c'est que tous ceux qui ont vraiment l'intention de se présenter à l'élection présidentielle le disent vite, même si nous avons des primaires, pourquoi ? Et ça vaut pour Dominique Strauss-Kahn comme pour les autres, il y a longtemps que je l'ai dit, je l'avais dit à propos de calendrier mais le calendrier est arrêté maintenant, ce sera en octobre.

Mais il faut qu'on sache avant, pourquoi ? Parce que le pays va mal et qu'une campagne électorale présidentielle, ce n'est pas quelques mois avant la Présidentielle, il faut être en contact avec le peuple, écouter un pays où les classes moyennes et populaires ont le sentiment d'être déclassées, où la France se déclasse. On le voit avec le commerce extérieur, la remontée du chômage massivement. Et puis, notre système éducatif qui n'est plus adapté...

Et on voit aussi la république qui se délite. Donc le travail à faire pour retrouver la confiance du peuple et lui redonner des perspectives politiques, il est considérable. Donc, ça vaut pour Dominique Strauss-Kahn comme pour les autres.

Comme pour les autres ! Donc Dominique Strauss-Kahn fait un pas vers la candidature ?...

Ecoutez, pour l'instant, moi j'attends qu'il le dise lui-même. Ca serait quand même la moindre des choses.

Et donc vous souhaitez qu'il le dise vite. Vous souhaitez aussi que Martine Aubry, du coup, dise vite quelles sont ses intentions ?

Eh bien oui. Je crois que ça vaut pour Martine Aubry ; pour les autres, on le sait un peu mieux. Et puis, les Français seront éclairés parce que je crois que c'est une manière de les respecter tout simplement tant le pays a besoin de retrouver un espoir parce que franchement, en ce moment, ça va très mal. Le pays va mal et il va mal dans ses profondeurs.

Et les socialistes sont absents !...

Non, ils ne sont pas absents puisque je suis là !

(Rire)

Les députés socialistes font leur travail, vous êtes quand même assez injuste mais là, il s'agit de l'élection présidentielle.

C'est une bonne nouvelle quand même que Dominique Strauss-Kahn s'avance un peu ?

Mais je viens de vous donner ma réponse.

Oui, c'est vrai, mais oui elle ne me satisfait pas ; c'est pour ça que j'insistais. On parle des vacances égyptiennes de François Fillon. Vous avez demandé à plusieurs reprises vous-même, Jean-Marc Ayrault, en tant que président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale, la démission de Michèle Alliot Marie pour l'utilisation d'un jet  privé lors de ses vacances tunisiennes.

Oui, pas seulement, pas seulement. Pas seulement pour ça.

Quoi, pas seulement ?

Pas seulement pour ça !

Oui d'accord. Vous attendez sa démission pour le fait qu'elle soit en Tunisie au moment où elle y était !

Absolument. C'est ça la plus grave faute politique.

Alors, demandez-vous aussi la démission de François Fillon pour avoir été en Egypte ?

Mais non. Ce n'est pas la même chose... Je crois qu'il faut... D'abord, si vous voulez... Premièrement, je viens d'écouter Alain Duhamel sur l'Egypte qui dit que c'est un peu différent de la Tunisie mais ça reste le problème fondamental qui est le même : c'est l'aveuglement des dirigeants français qui se sont profondément...
   
Est-ce que vous saviez, vous, qu'il y aurait une révolution en Egypte ?
 
Oui, je n'ai pas dit que je savais à l'avance  qu'il y aurait une révolution ; mais si on s'intéresse un peu à ce qui se passe dans ces pays, il faut quand même en respectant ces peuples leur donner la chance que simplement, soit la dictature, soit l'islamisme et ce qui s'est passé, ça s'est passé aussi en France, ça s'est passé aussi en Europe à d'autres époques, c'est en quelque sorte le printemps des peuples qui monte ; et ils ont droit eux aussi à avoir la démocratie, la liberté et la justice. Ils se sont révoltés.

Et madame Alliot-Marie passe ses vacances en Tunisie. Elle choisit ce pays au moment où il y a déjà une répression à balles réelles. Il y a quelqu'un qui s'est immolé par le feu ; il n'est peut-être pas mort mais en tout cas, c'est un terrible drame et elle va passer ses vacances comme si de rien n'était avec un ami qui est un des principaux hommes d'affaires tunisiens, proche de Ben Ali. C'est une faute, très grave faute politique et qui a entâché l'image de la France. Sa démission, je l'ai demandée dès le 19 janvier.

Et les vacances de François Fillon, selon vous, n'ont pas le même aspect choquant ?

Mais ça révèle quelque chose qui est pour moi la confusion des genres. Ca vaut pour François Fillon qui essayait d'avoir une image un peu meilleure que celle de Nicolas Sarkozy  mais sur ce plan-là, c'est raté. Donc, l'aveuglement des dirigeants...

Quelle faute a fait François Fillon ?

La faute qu'il n'a pas commise ?  C'est d'aller en Egypte trois semaines avant le déclenchement des émeutes. Ca, c'est clair. Après, ce qui s'est passé en ce qui le concerne, c'est le mélange des genres entre les vacances privées et la partie publique. Je crois qu'il faut extrêmement faire attention. Ca s'est déjà passé avant  mais ça s'est aggravé.

On dit des noms ?

Non.

François Mitterrand pendant ses deux septennats a fait ça !

Mais oui mais... Attendez !  Et alors, s'il y a un délitement de l'esprit public qui s'est dégradé...

On n'a pas encore vu des socialistes critiquer François Mitterrand !

Mais moi je ne suis pas en train de vous parler du passé. Je vous parle du présent. Le passé, il y a eu des erreurs...
 
Parce que le passé est embarrassant pour vous ?

Le passé, il y a eu des erreurs, c'est ce que je viens de vous dire. Ce n'est pas parce qu'il y a eu des erreurs dans le passé - est-ce qu'il y a eu des fautes dans le passé ? - que pour autant on doit effacer les graves fautes qui se sont aggravées sous Nicolas Sarkozy. Aujourd'hui, le délitement de l'esprit public il est au sommet de l'Etat. Vous vous souvenez de l'affaire de l'EPAD. L'EPAD, c'est le Président de la République qui veut imposer son fils quelque part ; et puis après, je pourrais faire la liste de tout ça... Je pourrais faire aussi la liste de la crise au niveau des ministères régaliens, que ce soit l'Armée, que ce soit l'Intérieur, que ce soit la Justice, que ce soit la diplomatie... Il y a un problème qui ne va plus dans notre république et Nicolas Sarkozy en porte la principale responsabilité.

Donc, il faut premièrement que tout de suite, le gouvernement présente un projet de loi sur les conflits d'intérêts qui vaudra pour tout le monde, quel que soit le niveau de responsabilités publiques. Donc, ça vaut pour nous aussi. Je le dis : il faut que les dirigeants politiques... C'est encore plus vrai aujourd'hui qu'hier ; la crise l'exige encore plus qu'il y ait une vrai éthique de comportements.

Et les règles n'existent pas. Elles ne sont pas suffisamment claires. Et je pense aux conflits d'intérêts que nous avions dénoncé en disant : monsieur Woerth est ministre du Budget, le jour ; et il est Trésorier de l'UMP la nuit avec monsieur. Sarkozy qui rencontre les principaux donateurs, c'est-à-dire ceux à qui on promet le bouclier fiscal et à la suppression de l'ISF. Donc, cette loi je la demande tout de suite.

Il ne faudra plus, à l'avenir, qu'un Premier ministre, un Président de la République acceptent l'invitation d'un chef d'Etat étranger pour prendre des vacances ?

Ce sont deux choses différentes ; mais il n'est pas obligé de se faire payer ses vacances par ce chef d'Etat.

Mais je vous pose la question. Donc, il ne faudra plus, à l'avenir, qu'un Président de la république et un Premier ministre acceptent d'aller en vacances à l'invitation d'un chef d'Etat étranger ?

Il vaut mieux que les choses soient claires. Je le dis ici parce que s'il n'y a pas...

Donc, il ne faut plus accepter ces invitations ?

Non. On peut partir en vacances en disant : je prends mes vacances et si à l'occasion des vacances, il y a une opportunité pour rencontrer le chef d'Etat, évidemment il faut le faire quand on est Premier ministre ou Président de la République ; mais il faut peut-être aussi choisir les pays où on va en vacances. Alors, vous allez me dire : il y a beaucoup de pays où on ne peut pas y aller parce qu'il y a des dictatures.

Mais là, je pense quand on est Premier ministre comme François Fillon, on est bien informé. Et en tout cas, quand on est ministre des Affaires étrangères, on l'est totalement et on ne peut pas imaginer, un seul instant, et ça,  on m'en a fait le reproche du côté d'Alliot-Marie que je faisais une affaire personnelle à l'égard d'Alliot Marie. Je n'en fais aucune affaire personnelle. Pour moi, c'est la crédibilité de la France. Donc, de toute façon, la question de la crédibilité de la France est posée et la fonction d'Alliot-Marie...

Vous n'avez pas obtenu sa démission.

Ah, mais il n'est pas trop tard !

Elle a dit qu'elle ne dirait plus rien...

Eh bien écoutez, moi je demande à monsieur Sarkozy ce qu'il a dit à nous dire là-dessus. Est-ce qu'il a conscience que par ses déclarations qu'il a faites, concernant les juges - qu'il a voulu en faire des boucs-émissaires -  qu'il a porté atteinte au coeur même de l'Etat et de la République et qu'il y a urgence, et ça sera le choix des Français de 2012 de remettre la République à l'endroit.

Jean-Marc Ayrault, président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale, était l'invité de RTL ce matin. Bonne journée.

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