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Jean-François Copé : "Le voile intégral est un problème de sécurité publique"

Jean-François Copé, président du groupe UMP à l'Assemblée nationale était mercredi matin l'invité de RTL. Il répondait aux questions de Marc Tronchot notamment à propos du débat sur l'identité nationale et le voile intégral... qui sème la zizanie au sein même de l'UMP. Il a expliqué que "le voile intégral n'est absolument pas une question religieuse. Donc ce n'est pas un problème de religion, ce n'est pas un problème d'immigration [...]. C'est un problème qui a trait à deux choses : premièrement, le respect des femmes et deuxièmement, la question de l'ordre de la sécurité publique".

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La rédaction de RTL Journalistes RTL

Jean-François COPE, président du Groupe UMP à l'Assemblée nationale.

Bonjour, Monsieur Copé

Bonjour,

Qu'est-ce qui vous a pris de brûler les étapes en annonçant par surprise une proposition de loi sur la burqa alors qu'une commission parlementaire travaille sur le sujet ? C'est de l'impatience ou bien une certaine forme de raz-le-bol de voir du temps perdu, peut-être ?

Vous savez, nous, on ne veut vexer personne et on n'a rien contre les débats de pré-séance. Mais enfin, je crois que vraiment on en a parlé longuement hier, tous les députés UMP présents au groupe, dont d'ailleurs beaucoup sont membres de cette mission parlementaire. Et que maintenant, le temps de la décision politique est venu. Voilà six mois que nous avons débattu, nous avons fait d'ailleurs nous-mêmes UMP un groupe de travail, on a auditionné de très nombreuses personnalités, religieuses, laïques et je crois vraiment que le temps de la décision politique est maintenant venu.

Il y a trop d'atermoiements, c'est ça le déclencheur ? Les atermoiements du parti, l'indécision à peut-être plus haut niveau, encore ?

Non, mais je crois surtout que toutes les personnes qui y travaillent se rejoignent sur cette évidence. Enfin, attendez le voile intégral, d'abord c'est absolument pas une question religieuse. En aucun cas d'ailleurs, les responsables que nous avons auditionnés, que ce soient ceux de la communauté musulmane ou même laïques, d'ailleurs, nous ont tous dit que le fait de porter le voile intégral n'était pas prescription religieuse. Donc, ce n'est pas un problème de religion. Ce n'est pas non plus un problème d'immigration. Cela n'a rien à voir avec tout ça et moi je ne laisserais pas faire les amalgames. C'est un problème qui a trait à deux choses : premièrement le respect des femmes et deuxièmement, la question de l'ordre et de la sécurité publique.
Voilà. Le voile intégral, jamais je n'aurais imaginé il y a encore quelques années qu'en France on ait à évoquer cette question et pourtant, moi je suis maire de Meaux, et comme beaucoup de collègues députés, nous avons été confrontés à cette situation soit directement, soit indirectement, de personnes qui sont intégralement avec le visage recouvert. Ce n'est pas en cohérence avec à la fois le respect des femmes qui est une valeur absolument fondamentale sur laquelle moi, comme beaucoup de mes amis, nous nous battons depuis des années et d'autre part avec l'ordre public.

Monsieur Copé, je voudrais d'un mot revenir sur la procédure parce que en l'occurrence il y avait une mission en cours. Ce n'est pas très respectueux du Parlement pour un chef de groupe politique à l'Assemblé comme vous.

Écoutez. Je me permets de vous dire que les parlementaires eux-mêmes sont à l'initiative. Donc, après le problème du respect du Parlement il est de fait, consacré par le fait que ce sont des parlementaires qui sont à l'initiative et puis je ne crois pas tout à fait n'importe lesquels puisque c'est ceux de la majorité.
Mais je me permets de vous dire que dans l'opposition, le débat existe de la même manière.
J'entendais certains chefs socialistes hurler au loup. Enfin, je me permets de rappeler que deux éminents responsables socialistes : Manuel Valls et Aurélie Filippetti qui sont deux personnes de la nouvelle génération dans l'opposition ont signé il y a quelques jours une tribune préconisant quasiment mot pour mot ce que nous, députés UMP, préconisons à savoir une loi d'interdiction sur l'espace public qui soit assortie d'une résolution c'est-à-dire d'un texte qui rappelle les valeurs de la République, celles du vivre-ensemble. Je crois que c'est quand même beaucoup plus important que des polémiques personnelles. C'est pourquoi je me permets de le dire. J'ajoute que la mission, quand elle aura rendu ses conclusions, s'il y a des éléments qui viennent compléter notre dispositif, et moi je suis évidemment comme mes amis députés très ouvert à tout ça, mais je crois que ce n'est pas tout à fait le sujet. Les Français attendent d'abord de leurs parlementaires qu'ils soient en initiative : la nouvelle Constitution le permet. C'est quand même un sujet qui est très grave.

Enfin, le président de l'Assemblée nationale a considéré comme une initiative prématurée venant de votre groupe. Vous lui avez dit quoi ?

Écoutez, ce n'est rien, il est dans son rôle, ce n'est pas grave. L'important n'est pas forcément là. Je crois quand même que l'important c'est de voir de quoi l'on parle. Le voile intégral, c'est quoi ? C'est quand même des pratiques qui se multiplient, qu'il ne faut absolument pas banaliser. Il faut surtout pas stigmatiser et moi je veille à cela : comme beaucoup de mes amis, nous sommes très attentifs parce que  la stigmatisation ce ne serait pas acceptable contre, notamment, une communauté religieuse, ça c'est surtout pas sujet puisque ça n'est pas une question religieuse. Mais par contre, le voile intégral, qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? C'est la négation de soi, c'est la négation de l'autre, c'est la négation de la vie en société. C'est ça que nous devons refuser et c'est l'intérêt de cette proposition de loi qui serait évidemment précédée d'une phase, avant sa mise en application de dialogue avec les personnes concernées sur le terrain, par l'intermédiaire des maires, des associations, des médiateurs. Moi, je voudrais que l'on puisse parler avec ces femmes qui sont avec le voile intégral, c'est-à-dire que l'on ne voit plus du tout leur visage et puis aussi avec leurs maris pour qu'ils nous expliquent qu'est-ce qu'ils trouvent comme satisfaction à voir leurs femmes ainsi totalement recouverte.

Monsieur Copé, votre proposition s'appuie sur l'ordre public. Il vous paraissait menacé pour que vous décrétiez l'urgence comme ça.

Non, l'ordre public c'est un terme juridique. Si vous préférez parlons de sécurité au quotidien. Écoutez je vais vous donner deux exemples.
Quand un enseignant libère un enfant à la sortie de l'école primaire par exemple, et qu'il le remet à une personne. Cette personne a le visage totalement couvert, il ne remettra pas cet enfant à cette personne pour des raisons de sécurité.
De la même manière nous sommes de nombreuses villes à avoir développé avec les encouragements d'ailleurs des pouvoirs publics, des cameras de videoprotection dans les quartiers. Reconnaissez avec moi que si on se déplace le visage totalement couvert ce n'est quand même pas tout à fait la même chose;

Donc un lieu public ça peut être la rue ?

Bien sûr. C'est l'espace public. Ce qui est derrière ça, c'est à la fois je le répète, une question de sécurité et puis une question de respect des femmes. Et donc l'idée est que la loi ait pour fondement la sécurité, que la résolution, ce texte que nous proposons de rédiger ensemble, parlementaires et d'y associer d'ailleurs si elle le souhaite l'opposition, c'est un texte dans lequel on rappelle les valeurs de la république parce que je pense qu'aujourd'hui personne ne peut souhaiter cette pratique. Et je crois qu'il ne faut pas craindre, parce que la France est attendue sur ce sujet par beaucoup d'autres pays européens, il ne faut pas craindre aussi d'utiliser notre réseau diplomatique pour aller expliquer, y compris d'ailleurs dans le monde arabe, les raisons pour lesquelles nous préconisons ce choix, sachant d'ailleurs que dans beaucoup de pays arabes donc dans lesquels on a acté de la même manière - ce n'était pas une prescription religieuse - le voile intégral n'est pas permis.

Monsieur Copé, c'est aussi pour damner le pion au Font national que vous avez voulu agir vite ?

Non. Vous savez, je  crois que la question du Front national est fréquemment posée en ce moment, y compris par rapport au débat sur l'identité. Moi je suis à titre personnel vraiment militant depuis très longtemps d'un débat sur l'identité française parce que je pense que ce sujet est national.

Vous êtes derrière Eric Besson donc ?

...non, mais l'un ou l'autre. Pour moi, les deux expressions se valent parce que pour moi, ce débat était absolument vital, c'est parce que nous n'en avons pas parlé pendant des décennies, parce que nous avons été dans le déni qu'aujourd'hui nous voyons des tensions, parce que quand on ne parle pas des choses, forcément, elle s' exacerbent et nous, nous avons un objectif : c'est retrouver les vraies raisons, les vraies volontés de vivre ensemble et pour ça il faut se parler, s'écouter, se respecter, se connaître et la réalité c'est que beaucoup de compatriotes, aujourd'hui, ne se parlent pas parce qu'ils ne se connaissent pas et qu'ils ont peur les uns des autres. Et donc c'est pour ça que ce débat sur l'identité est absolument essentiel. Et c'est ne pas en avoir parlé pendant des années qui, aujourd'hui, coûte  si cher à un pays qui se cherche pour construire ensemble son avenir.

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