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Jean-François Copé : "La victoire de Hollande est peut-être une grande illusion"

VIDEO - Au lendemain du second tour de la Présidentielle qui a vu la victoire du socialiste François Hollande, le secrétaire général de l'UMP répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie et d'Alain Duhamel lundi matin.

Jean-François Copé sur RTL le 7 mai 2012
Jean-François Copé sur RTL le 7 mai 2012 Crédit : F.BUKAJLO Abacapress/RTL
Jean-Michel Aphatie et Alain Duhamel

Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Jean-François Copé.

Jean-François Copé :
Bonjour.

Pourquoi Nicolas Sarkozy a t-il perdu l'élection présidentielle ?

Pour ce qui me concerne, c'est un peu tôt pour faire ce type d'analyse. Je le dis très simplement. Je ressens ce matin, évidement beaucoup de tristesse, parce que je me suis énormément engagé avec tous mes amis de l'UMP, aux côtés de Nicolas Sarkozy. C'était une campagne courageuse, vaillante dans un contexte de crise que chacun connaît. D'ailleurs vous le savez, tous les grands responsables en place depuis 2008 dans les grands pays d'Europe, ont été balayés souvent très durement. Alors, certes Nicolas Sarkozy, nous tous avons été battus, mais vous l'avez vu, le score est quand même relativement étroit.

Un problème de stratégie ?

Non, un problème de stratégie, non, encore une fois je le répète.

Vous n'avez pas envie, vous avez une idée, mais vous n'avez pas envie de le dire, pas encore ?

Non, non, attendez, dîtes ce que vous voulez que je dise.  Mais si vous voulez me laisser finir ma phrase, je veux simplement vous dire sur ce point, que de mon point de vue, l'heure n'est pas à cela et puis pour tout vous dire que les historiens fassent aussi ce travail. Ils auront peut-être le recul que les commentateurs d'aujourd'hui, ou les acteurs n'ont pas forcément.

Moi, mon intuition, c'est qu'il restera dans cette période si troublée, un grand Président de la République, un homme d'Etat qui a eu beaucoup de courage, qui a été très attaqué, souvent dans des proportions qui me paraissent vraiment trop extrêmes pour être justes, et qu'il a pris des décisions très courageuses durant toutes ces années, qui ont permis que la France tienne son rang dans des périodes très difficiles.

Alain Duhamel : Est-ce qu'on peut dire qu'il y a une bonne stratégie, quand ça s'achève par une défaite ? Quand je dis bonne stratégie, je ne veux pas dire stratégie de l'entre deux tours, ou même stratégie de la campagne, mais stratégie sur la longueur ?

Ecoutez, que voulez-vous que je vous dise ? J'ai deux options, soit pour complaire au moment, je me lance dans une autoflagellation, peut-être...

... Ce n'est pas obligatoire.

Ca peut satisfaire tel ou tel. Ca n'est pas mon état d'esprit. Je reconnais bien volontiers la défaite, j'ai été tout d'ailleurs le premier à le faire, comme mes amis dès 20 heures, en saluant dans l'esprit républicain qui m'anime, la victoire de François Hollande. En même temps, je suis quand même obligé de dire, que cette victoire n'est pas totalement exempte d’ambiguïté de François Hollande. Nous allons peut-être entré dans un processus de grande illusion, quand même, on le droit de le dire. Je vous entendais Alain Duhamel, qu'il était le premier président social-démocrate. Je sais pas, je n'ai pas reconnu beaucoup de Schroeder dans ce qu'il a promis dans cette campagne.

Vous n'avez pas reconnu Che Guevarra ?

Oui sans doute entre Che Gevarra et Schroeder, il y a peut-être quelque chose, une modération européenne, je ne l'ai pas entendue. J'ai entendu un François Hollande promettre beaucoup, beaucoup de dépenses publiques, ne pas annoncer une seule réforme de structure. Mais peut-être ai-je mal entendu.

Je l'ai entendu annoncer, qu'il allait revenir en arrière sur la réforme des retraites, qu'il allait accroître le nombre de fonctionnaires. Bon peut-être que tout ça est faux, qu'il va dire : "Non, non pas du tout que tout ça est faux, je vais être très rigoureux". Je ne l'ai pas entendu. Donc, je dis simplement, compte tenu des rendez-vous qui nous attendent, c'est peut-être une grande illusion.

Ma question en fait, référence à ce qu'a dit Jean-Louis Borloo, qui regrettait que depuis deux ans, c'est pour ça que je vous dis - la question ne concernait pas seulement l'entre deux tours, ni même la campagne à proprement parler - mais de savoir, si depuis deux ans, il n'y aurait pas dû avoir, ce que Jean-Louis Borloo appelle une "inflexion sociale".

Ecoutez, moi personnellement je pense qu'il est un peu difficile d'imaginer dans une période où nous avions - et nous avons encore - des contraintes budgétaires énormes, que notre pays, je crois que c'est bon de le rappeler , est celui qui en Europe a parmi le niveau de dépenses sociales, le plus élevé d'Europe : plus de 30% du PIB est consacré à la solidarité. C'est bien plus que beaucoup d'autres pays y compris l'Allemagne.

C'est très social-démocrate !

Exactement ! Pouvions-nous et pouvons-nous encore aujourd'hui financer un nouvel effort social. Encore une fois, de poser cette question, au lendemain de la victoire de François Hollande, c'est à dire à un moment où tous ceux qui se sont opposés à lui, vont être réputés avoir tort. Mais je le dis quand même. Il faut bien de temps en temps prendre date. Le discours de François Hollande hier soir, vous l'avez... ?

... Lequel ? Tulle ?...

Oui, j'ai entendu Tulle. En tous cas, celui de Tulle, avec l'accordéon, la fête etc. Celui que j'ai entendu, était très "fleuri", je vous ai entendu ce matin, il était sans doute "très fleuri", reste qu'à partir d'aujourd'hui, on va être obligé de laisser un tout petit peu de côté les fleurs, et que l'on va être obligé de parler du concret. Hors concrètement que va-t-il faire ? Va-t-il considérer qu'accroitre très fortement les impôts des plus favorisés, va tenir lieu de politique budgétaire sérieuse ?

Pardon, d'insister là-dessus : il y a pour nous dans cet esprit de mobilisation générale, à laquelle j'ai appelé tous mes amis pour les législatives. Il y a quelques marqueurs, le renoncement à la règle d'or budgétaire, engagement majeur avec les Européens. François Hollande confirme, le droit de vote pour les étrangers, dans un moment où la Nation est tout de même fragilisée, il confirme. Quid du retour à la retraite à 60 ans pour une partie de nos compatriote, il confirme. Voilà des sujets, sans oublier le nucléaire, qui évidemment est un élément extrêmement inquiétant pour l'indépendance énergétique.

Jean-François Copé sur RTL le 7 mai 2012 (F.BUKAJLO, Abacapress/RTL)
Jean-François Copé sur RTL le 7 mai 2012
Vous l'avez dit Jean-François Copé, maintenant ce qui est tout de suite, immédiatement devant vous, ce sont les élections législatives. On a compris. Vous le confirmerez très rapidement. Nicolas Sarkozy, n'y participera d'aucune manière ?
 
C'est ce qu'il a dit hier, dans un discours d'ailleurs très digne, qu'il a prononcé. Je réunis moi, cet après-midi, le bureau politique de notre mouvement, pour tout de suite enclencher bien sûr avec tous mes amis, la campagne pour les législatives.

Dans chaque campagne électorale, Jean-François Copé, il faut un patron, un chef, quelqu'un qui représente un camp, ça sera vous ?

Enfin, aujourd'hui, je crois qu'aujourd'hui n'est pas l'heure à désigner les chefs et les sous-chefs. Moi, j'ai toujours eu une vision extrêmement collective dans la manière dont je travaille. J'ai évidement proposé à tous mes amis d'y participer. Nous allons faire quelque chose de très collectif et de très rassemblé.

Mais qui mènera la campagne des Législatives ?

Il faut un patron !

On va le faire ensemble.

C'est un problème de répondre à cette question aussi ?

D'ailleurs, je n'ai pas donné le sentiment d'avoir de problèmes depuis que je suis avec vous ce matin, pour vous répondre. La seule chose, c'est que je n'ai pas une vision égocentrique des combats que nous menons. Donc, les fonctions qui sont les miennes, m'amènent naturellement à animer avec tous mes amis , j'insiste là-dessus parce que c'est bien l'esprit qui est le mien. J'ai d'ailleurs eu de nombreux contacts.

Je vois François Fillon ce matin, j'ai eu Alain Juppé, je l'aurai à nouveau aujourd'hui au téléphone. Jean-Pierre Raffarin, Jean-Claude Gaudin, et puis aussi tous mes amis qui vont s'engager dans cette campagne. Nous sommes très nombreux, c'est toute une équipe qui travaille, et vous l'avez noté hier, qui est très soudée, les uns avec les autres, toutes générations confondues.

Il y a des risques de divisions de l'UMP aujourd'hui ?
 
Je ne le souhaite pas, et je ne le crois pas. Parce qu'on s'est beaucoup parlé les uns les autres. J'entendais les déclarations très positives de personnalités comme Christian Estrosi, comme François Baroin, Valérie Pecresse, Christian Jacob, comme Bernard Accoyer. Enfin, bref nous sommes les uns et les autres très nombreux à être mobilisés aujourd'hui et je le dis d'autant plus, je crois que c'est bien l'esprit qui est le nôtre. Regardez, faut-il que la gauche ait tous les pouvoirs, et que ce soit la meilleure de formule pour notre pays. Je ne le crois pas.

La cohabitation vaut mieux ?

C'est l'objectif que je fixe en tous cas pour nos amis, c'est que l'on ait le plus de députés UMP possible, et si possible, une majorité qui permettrait de rééquilibrer les choses, président socialiste, gouvernement socialiste, sénat socialistes collectivités locales socialistes. Peut-être peut-on imaginer que si l'Assemblée Nationale est d'une autre couleur politique d'équilibrer les choses, à un moment où il faut éviter les folies.

Comment vous vous imaginez dans la suite, pas dans cette campagne législative, mais dans la suite, le rôle de Nicolas Sarkozy, parce qu'il a expliqué - à la fois qu'il n'était plus un acteur politique, mais en même temps qu'il ne quittait pas l'univers politique ? Donc comment vous sentez les choses, disons à terme, un an, deux ans ?

Ecoutez, il m'est très difficile de parler à sa place. La seule chose que je peux vous dire, c'est que j'ai eu de nombreux entretiens avec lui, tout au long de ces dernières semaines et de ces derniers mois, que nous avons eu durant cette période, nous avons eu un lien très fort, parce que vous l'avez vu, nous étions très engagés à ses côtés, les uns et les autres. Je l'ai été à titre personnel, même si parfois, il nous est arrivé d'avoir des différences de ces années, mais j'ai été très engagé à ses côtés et mon lien avec lui, est, et demeurera très fort.

Et si vous en avez beaucoup parlé avec lui justement, pour répondre à la question d'Alain, qu'est-ce qu'il va faire dans la suite ?

Ecoutez, vous comprendrez que ce n'est pas à moi de le dire à votre micro, même si pour le reste, je suis à votre dispostion.

Alors, je vais poser la question autrement : compte tenu de la manière dont vous avez fonctionné pendant toute cette période, quel est le rôle que vous souhaiteriez vous, qu'il joue dans un an, deux ans, bien sûr une fois passé la phase initiale ?

Je dois vous dire qu'aujourd'hui, nous sommes un peu le nez sur le guidon. Nous entamons la campagne pour les Législatives, et donc ça m'est impossible de vous dire, la manière de me projeter ou encore mieux de la projeter lui, Nicolas Sarkozy dans un an ou deux ans. La seule chose que je peux vous dire, à l'heure où je vous parle, c'est que compte en ce qui me concerne, conserver s'il le veut bien, un lien d'amitié très étroit avec lui, parce qu'il a joué un rôle absolument majeur au service de notre pays, c'est pour ça que je vous disais en commençant notre entretien aujourd'hui, c'est encore le temps des commentateurs, quand ça sera celui des historiens, mon intuition est que l'Histoire retiendra qu'il a été un grand président dans une période de tourmente.

Quand on regarde les résultats, un peu plus d'un million de voix, séparent François Hollande et Nicolas Sarkozy. Et on constate, et c'est un record, plus de deux millions de bulletins blancs. Vous pensez que le Front National, est en partie, grande partie responsable de la défaite de Nicolas Sarkozy.

On peut le penser en tous cas, vous savez que Marine Le Pen a travaillé méthodiquement à la défaite de Nicolas Sarkozy, et il m'a semblé d'ailleurs, trouvé des bouts d'alliances objectives d'ailleurs le parti socialiste et le Front National dans une vieille vieille ficelle mitterrandienne, qui consistait à s'entraider par des propositions qui stimulaient l'autre, le droit de vote des étrangers en étant la carricature, puisqu'on sait qu'à chaque fois ça fait des poussées à l'extrême droite.

En même temps, ça a deux conséquences : vous parliez de l'écart de voix entre François Hollande et Nicolas Sarkozy, je rappelle que les intentions de votes prêtaient, huit ou neuf ou dix points d'écart entre les deux candidats. On est loin de tout cela aujourd'hui. Et puis les bulletins blancs..

... 6%...

Ca veut dire quelque chose d'assez cruel, c'est que l'actuel président de la république n'a pas été élu avec la majorité absolue des exprimés. Ce qui n'est pas si fréquent que cela, dans l'histoire politique de la Vème République. Ce qui est un problème de légitimité. Il n'y a aucun problème de légitimité, je me permettais simplement de le dire, par ce que je me dis que si je ne le fais pas, les commentateurs pris dans la ferveur du moment... oublieraient de le faire....

... Pourquoi, vous n'avez pas confiance ?...   

Et dans leur aveuglement naturel....

Je n'ai pas parlé d'aveuglement je me suis contenté de parler de ferveur. Notez que mes mots sont choisis, je sais que les vôtres le sont aussi, Alain Duhamel, acceptez que je puisse le faire.

On vous parlait dans la ferveur ce matin par nos questions ?

Non, absolument pas. Je ne l'ai pas pensé un instant. Ee n'est pas à vous que je faisais cette remarque. C'était d'une manière suffisamment globale pour que chacun autour de cette table, ne puisse se sentir concerné, mais que les autres éventuels, leurs oreilles ouvertes du côté de RTL, l'entendent.
2012 et vous OK

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