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Hollande, Bayrou... Comment ils torpillent la rentrée de Macron

DÉCRYPTAGE - À un jour d'intervalle, l'ancien président de la République et l'ancien ministre de la Justice ont émis des critiques à l'encontre d'Emmanuel Macron dans les médias.

François Bayrou et Emmanuel Macron, le 12 avril 2017 à Pau
François Bayrou et Emmanuel Macron, le 12 avril 2017 à Pau
MariePierreHaddad75
Marie-Pierre Haddad
Journaliste RTL

La rentrée s'annonce périlleuse pour Emmanuel Macron et le gouvernement d'Édouard Philippe, avec la présentation des ordonnances aux partenaires sociaux pour la réforme du Code du travail, les manifestations prévues dès septembre et la chute de popularité du chef de l'État. Mais s'il y avait, peut-être, une chose que l'Élysée n'avait pas anticipé, c'est la pré-rentrée. 

Alors que les ministres ne sont toujours pas rentrés de vacances, l'opposition, incarnée par la France insoumise, inaugure ses "rendez-vous d'été" pour mieux affronter le président sur le terrain social avec la réforme du Code du travail. Le Parti socialiste multiplie les attaques envers la politique du gouvernement. François Hollande est venu en remettre une couche en déclarant aux journalistes que les méthodes employées par l'actuel chef de l'État n'étaient pas les plus adéquates. Il l'a mis en garde contre "les sacrifices" inutiles demandés aux Français. Critiques acerbes également de la part de François Bayrou, autrefois au gouvernement d'Emmanuel Macron.

Hollande s'octroie une liberté de parole

Cette pré-rentrée est devenue plus sportive que prévue pour Emmanuel Macron et Édouard Philippe. Surtout quand François Hollande a renchéri ses propos dans une interview accordée à TV5Monde. L'ancien président de la République a assuré qu'il n'abandonnait pas la vie politique : "Même quand j'ai décidé, pour les raisons que j'avais indiquées, de ne pas me représenter, il y avait une situation qui me paraissait trop dangereuse, j'avais dit que je ne me retirerai pas de la vie politique". Celui qui a gouverné la France de 2012 à 2017 ajoute qu'actuellement, il est "dans une forme de retrait" qui est due au fait qu'il était en poste y a encore quatre mois et qu'il ne veut "pas compliquer la tâche de son successeur". C'est donc pour cela qu'il s'est "astreint à une réserve, une retenue, que chacun peut comprendre"

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Ce retour de prise de position de la part de l'ex-chef d'État détonne avec les derniers instants de son mandat, lors de la passation de pouvoir avec Emmanuel Macron. Le président qui venait d'être élu et François Hollande se tenaient l'un à côté de l'autre pour les commémorations du 8 mai 1945. Ce dernier s'était montré avenant et paternaliste avec lui. Il confiait alors avoir ressenti "beaucoup d'émotion" à donner "la marche à suivre" à Emmanuel Macron, qui, dans son parcours politique, l'a "suivi" puis "s'est émancipé", sans le trahir, et "a été élu". Il avait même ajouté face aux caméras de France 2 qu'il voulait "qu'Emmanuel Macron puisse être là" avec lui "pour qu'une forme de flambeau puisse lui être passé puisque nous sommes aussi auprès de cette flamme" du Soldat inconnu.

Critiques du bilan de l'ancien gouvernement et multiples tensions

Mais, depuis, le climat s'est dégradé entre les deux hommes. Premier sujet de tension : le budget. Édouard Philippe s'était exprimé à ce sujet le 29 juin dernier. "Nous héritons d'un dérapage des dépenses de 8 milliards d'euros, c'est inacceptable ! Tous ces artifices placent la France dans une situation de grande fragilité vis-à-vis de ses voisins européens (...) 2.147 milliards d'euros de dette publique. Nous n'avons pas le droit de faire cela à nos enfants. Il ne leur revient pas de payer cette note". Plus tard, le Premier ministre avait réaffirmé dans un entretien au Parisien : "Avant d'être nommé, je me doutais que la situation n'était pas bonne, mais je ne pensais pas que les chiffres seraient aussi mauvais. Nous avons fait le choix de ne pas augmenter les impôts en 2017 et d'assumer les dépenses annoncées par nos prédécesseurs, mais qui n'étaient pas financées... Nous avons donc décidé de faire des économies sur la dépense publique". 

Deuxième sujet : la polémique sur les APL. Après l'annonce de la réduction de cinq euros par mois de l'allocation, le gouvernement d'Édouard Philippe a mis en avant l'argument selon lequel cette "mesure découle du fait que le projet de loi de finances 2017 avait été sous-doté car le précédent gouvernement avait prévu, sans l'annoncer une baisse du montant de ces aides de 140 millions d'euros dans le budget". Réponse quasi immédiatement d'un ancien membre du gouvernement Christian Eckert : "En place depuis maintenant deux mois, le gouvernement tente d'esquiver le débat de fond. Il est légitime pour gouverner, par la loi, par ordonnances ou par décrets. Il ne s'est d'ailleurs pas privé de revenir sur certains choix de ses prédécesseurs et là, se prétend subitement lié à des décisions qui n'ont jamais été prises". 

Bayrou prédit une incompréhension entre le gouvernement et l'opinion

François Bayrou y va aussi de sa critique à l'encontre de l'équipe gouvernementale. L'éphémère ministre de la Justice d'Emmanuel Macron a expliqué, dans un entretien au Point, que "l'opinion ne voit pas clairement la direction" prise par le gouvernement. "C'est un fondement démocratique que d'avoir un gouvernement de plein exercice. Il doit mêler des expériences différentes, des membres de la société civile comme des poids lourds politiques, mais il est important que ce soient eux qui dictent la ligne à l'administration de Bercy ou aux autres grands corps de l'État (...) Aujourd'hui, c'est là qu'il y a une difficulté : les hauts fonctionnaires semblent avoir plus de poids que par le passé", ajoute-t-il. 

Le président du MoDem juge que "l'atmosphère suscitée par la baisse des APL, la hausse de la CSG et, en même temps, certains avantages fiscaux pour les plus favorisés" ont "fâché une partie des retraités et des fonctionnaires". "Une très grande partie de l'opinion publique fait crédit à Macron de sa nouveauté, de sa bonne volonté. Il y a ainsi un climat de bienveillance qui n'est pas une preuve d'engagement", prévient-il. Porteur dans un premier temps de la loi de moralisation de la vie politique adoptée début août à l'Assemblée, François Bayrou estime désormais qu'une "des priorités est la reconstruction du modèle démocratique, avec un Parlement nouveau, avec moins de députés et de sénateurs, et avec l'introduction de la proportionnelle".

Un discours inverse en juin dernier

Celui qui avait apporté son soutien à Emmanuel Macron lors de l'élection présidentielle, souligne la bienveillance de l'opinion publique mais estime qu'il ne s'agit pas d'une preuve d'engagement. Pourtant, au moment de sa démission du gouvernement, François Bayrou multipliait les signes de bonne volonté à destination du chef de l'État. "Le MoDem est désormais le deuxième partie de la majorité, le troisième groupe de l'Assemblée nationale. Ma conviction est qu'il faut mobiliser tous les efforts. L'élection d'Emmanuel Macron est une chance pour notre pays. Ma certitude est qu'il est à la hauteur de la fonction. Il a besoin d'une majorité large à deux piliers et ce n'est pas un hasard. Chacun de ces deux piliers doit participer à l'action. Je serai à côté du président de la République pour l'aider et le soutenir, fidèle à une entente politique et personnelle à laquelle j'attache du prix", déclarait-il.

À l'époque de son départ du gouvernement, il indiquait avoir "choisi la liberté de jugement et de parole". "Et je choisis de préserver la loi de moralisation et de confiance dans la démocratie. Je choisis de ne pas exposer le président de la République et le gouvernement que je soutiens. Nous ne pouvons pas vivre dans une société de perpétuelle et universelle dénonciation", précisait-il. 

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